Vie de parent

Migrants : les nier dans cette crise,
c'est tous nous condamner

Des parents solidaires de la plateforme citoyenne nous rapportent d'inquiétantes nouvelles des centres fermés en lien avec la crise que l'on traverse. Nous avons confronté ces témoignages aux dernières infos dont dispose le Ciré, dont la directrice Sotieta Ngo tire une conclusion sans appel : si la Belgique veut sortir de l'urgence sanitaire, elle doit prendre en compte tous ces citoyens.

Migrants : les nier dans cette crise, c'est tous nous condamner

Plusieurs parents désemparés, ne sachant plus à qui s'adresser, se sont tournés vers nous. C'est Achille, père de deux filles de 5 et 9 ans, qui est notre premier lanceur d'alerte. Un de ses invités, d'origine éthiopienne, condamné à mort dans son pays d'origine pour des raisons politiques, est placé au centre fermé de Bruges.

Les conditions qu'il rapporte à Achille sont édifiantes. « Zéro geste barrière, zéro prévention ou aménagement en vue de protéger les détenus d'une éventuelle contamination ». Des scènes absurdes se produisent. Son copain a été conduit à l'aéroport en vue d'être reconduit dans son pays d'origine. Annulation de la liaison. Un coup pour rien. En plein confinement, les règles de solidarités sanitaires ? Elles sont bel et bien bafouées.

Zéro info

Le quotidien des centres fermés ? Bagarre, révolte, panique. Les détenus ont peur, ils entendent parler de crise sans infos claires. Les rumeurs vont bon train. Tous sont coupés de l'extérieur.

On partage cela avec Sotieta Ngo, directrice du Ciré, asbl de terrain, spécialiste des problématiques et initiatives des demandeurs d'asile, des réfugiés et des étrangers avec ou sans titre de séjour. Elle n'est absolument pas surprise.

« Oui, c'est ça, on nous rapporte de tout concernant les centres fermés depuis le début de la crise. Seulement, les organisations comme la nôtre n'y ont plus accès. Nous sommes tributaires des informations que les autorités veulent bien nous donner. On doit se débrouiller pour trouver des contacts, parce qu'évidemment, on veut nos propres sources. Vous vous doutez bien que les autorités ne sont pas toujours très contributives... En tout cas, de Bruges, on ne sait plus grand chose, là où à Liège, ça va déjà mieux ».

On vide les centres fermés

Doria, maman d'un ado de 14 ans, solidaire du parc Maximilien à Bruxelles, nous donne des nouvelles du front. « Beaucoup de personnes sortent des centres fermés et retournent au parc Maximilien. Soit parce qu'elles sont larguées et procèdent à une sorte de retour à la case départ, soit parce que les familles qui s'occupaient d'elles avant leur arrestation ne leur ouvrent plus leur porte, confinement oblige ».

L'office des étrangers libère en effet 50 % des centres fermés avec ordre de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Que penser du fait de remettre des personnes dans la rue, dans le contexte actuel ? Que deviennent ces 300 personnes livrées à elles-mêmes ?

Sotieta Ngo explique : « Certains d'entre eux ont un réseau, un travail, ils sont là depuis plusieurs dizaines d'anées et retournent donc à leur vie d'avant. D'autres vont retrouver leurs contacts solidaires. Ils sont comme un membre de la famille qui les héberge. Impossible pour les citoyens qui leur ont ouvert les portes de les laisser à la rue, quitte à prendre le risque d'une contamination. Et, bien sûr, beaucoup n'ont aucune connaissance du pays où ils débarquent. Ni du contexte sanitaire actuel. Ils n'ont pas les clés, pas les codes. Et là, c'est la panique. Ils se mettent en danger. Ils mettent les autres en danger et rien n'est fait pour pallier cela. »

Des mineurs dorment dehors

Toujours plus inquiétant, le signal lancé par SOS jeunes à propos des mineurs non accompagnés (MENA) qui arrivent en ce moment sur le territoire. Le procédé habituel consiste à placer sous tutelle les moins de 15 ans en vue de leur trouver immédiatement un logement. Seulement les tests osseux pour établir leur âge sont arrêtés, protection sanitaire oblige. Il se peut donc que des gamins de 12 ans qui en paraissent plus dorment dans la rue, en pleine épidémie. Impossible de savoir combien ils sont. Ni à quel sort ils vont être livrés.

Face à toutes ces urgences, les ONG et asbl en première ligne bricolent. Les JRS ont mis sur pied des hébergements d'urgence. La plateforme citoyenne, qui dispose de lieux d'hébérgement, les maintient désormais ouverts 24h/24. Un hub humanitaire a vu le jour à Bruxelles. Il s'agit d'un dispositif de Médecins du monde et Médecin sans frontières, encore sous-exploité.

Les acteurs de terrain ont bon espoir que cette permanence Covid-19 donne de la visibilité aux différentes personnes dans la rue. La seule et unique solution à tout cela ? Ne plus laisser personne dehors. Mettre en place une vraie solution. Au delà de trouver un lit, l'urgence consiste à répondre aux besoins sanitaires de toutes et tous.

« Que chaque personne qui nous lit réalise qu'on ne sortira pas de cette crise si on ne protège qu'une partie de la population. Quel est cet État qui laisse la situation empirer de la sorte ? Pour en venir à bout, il faut mettre tout le monde à l'abri, qu'ils soient migrants, alcolos, toxicos, majeurs, mineurs, sans papiers, plein de mauvaise volonté... on s'en fout. Voilà où nous mène la régression politique en matière d'abri. La crise exacerbe l'urgence. Il faut donc metttre la pression. Au delà des pétitions, le monde fonctionne sur les résaux sociaux actuellement, c'est le moment de faire entendre sa colère ».

Yves-Marie Vilain-Lepage

En savoir +

L'appel au secours de la coordination des sans papiers de Belgique.