9/11 ans

Mixité dans le sport : oui sur le terrain, non dans les vestiaires

Si filles et garçons cohabitent sans aucun problème dans le jeu jusqu’à parfois 14 ans, il n’en va pas de même pour l’après-entraînement ou l’après-match. À l’heure de la douche, jusqu’à quand joueuses et joueurs peuvent encore être ensemble ? On a posé la question aux responsables sportives et à la psychologue Mireille Pauluis.   

Mixité dans le sport : oui sur le terrain, non dans les vestiaires

Clara a 9 ans. Sa grande passion sportive, c’est le basket. Aux entraînements, deux fois par semaine, et le samedi ou le dimanche en match, la jeune fille s’éclate sur le terrain avec ses copines et ses copains. En effet, Clara joue dans une équipe mixte, ce qui est loin d’être un cas unique dans les catégories d’âge entre 8 et 12 ans, voire même 14 ans.
Malheureusement, dès l’entraînement ou le match terminé, la belle histoire prend une tournure moins positive. C’est à ce moment que se pose le problème de la cohabitation entre garçons et filles dans les vestiaires. Pour certains parents, la situation ne présente pas de problème et, pour eux, la mixité sur le terrain peut se poursuivre dans le vestiaire et sous la douche. Pour d’autres parents, comme ceux de Clara, il y a, là, un vrai souci. Et ils souhaitent que leur fille puisse prendre sa douche dans un vestiaire exclusivement féminin.

Pas de règlement officiel, juste du bon sens

Du côté réglementaire, que ce soit au niveau de l’Adeps (Administration de l'éducation physique, du sport et de la vie en plein air) ou de l’AWBB (Association Wallonie-Bruxelles de basket-ball), rien n’est stipulé dans un règlement intérieur, un code de jeu ou une quelconque charte. « Si rien ne figure officiellement, il va de soi que le bon sens et la bonne intelligence des représentants des clubs doivent primer, souligne Lucien Lopez, secrétaire général de l’AWBB. Et, évidemment, la priorité des priorités est d’être attentif au bien-être et à l’épanouissement des enfants ».
Mireille Pauluis, psychologue, va même plus loin et parle du « respect du territoire intime physique de l’enfant ». En effet, le rapport au corps est déjà un vrai sujet de réflexion dès 7 ans, voire même parfois plus tôt. « Les premiers signes apparaissent chez les enfants de 6-7 ans, comme par exemple le fait de fermer la porte de la salle de bain, souligne la psychologue. Et il est important pour les parents de respecter la pudeur de l’enfant. Ensuite, arrive ce qu’on appelle l’âge de raison, celui où les enfants posent et se posent des questions sur tout, notamment sur le corps et sur la sexualité, et développent ainsi leur esprit critique ».

Dans la nudité, chacun de son côté

Si avec ses 9 ans, Clara n’est plus tout à fait dans cette période, elle est néanmoins en plein dans une étape de construction de son identité où la découverte de son corps a son importance. Pour Mireille Pauluis, le partage des vestiaires n’est clairement pas une bonne idée. « Cette étape de découverte, de construction de soi doit se faire à chacun son rythme. Et dans la nudité, il est impératif qu’au contraire du terrain, garçons et filles soient chacun de leur côté. Cela va à la fois leur permettre les comparaisons, mais aussi de trouver des réponses à leurs questions et de constater que les copains, les copines, vivent les mêmes changements ».
Après la théorie, la pratique. Cap sur une salle de sports pour voir si les éducateurs et entraîneurs sont au diapason. Audrey, 21 ans, entraîne une équipe mixte U12, composée de joueuses et de joueurs âgés de 10 à 12 ans, à laquelle des 9 ans - surclassés - se joignent parfois. « D’un point de vue technique ou tactique, j’ai la même exigence pour tous mes joueurs et joueuses. Mais physiquement, j’adapte mes demandes en fonction de l’âge, du développement. Et pour les douches, là, c’est clair, c’est les filles dans un vestiaire, les garçons dans l’autre. Je peux avoir jusqu’à trois ans d’écart entre deux jeunes sportifs, donc des vrais préados côtoient des enfants pour qui le tout début de la puberté est encore bien loin ».

Pas plus de deux ans d’écart

Sur cette question des âges, Mireille Pauluis rejoint Audrey dans ses propos. « Une différence d’âge de plus de deux ans, c’est une situation qui n’est plus normale quand on entre dans la préadolescence. Là encore, ce n’est pas respectueux pour l’enfant et l’éducateur qui laisse faire est en faute. Au moment où la puberté démarre et que les premiers signes sont visibles, il est essentiel d’avoir une certaine concordance d’âge, que les enfants aient des points de repère corrects. Si un garçon ou une fille de 9 ans se compare avec un autre ou une autre de 12 ans, cela peut très vite avoir des conséquences négatives tant les différences sont importantes tant au niveau du développement psychologique que physique ».
Pour le plus jeune, la comparaison peut alors entraîner des questions sur son propre corps, du type « Mais pourquoi je suis comme ça ou comme ça, alors que lui/elle est comme ça ? Est-ce que je suis normal·e ? ». Il y a alors un vrai risque de repli sur soi, d’avoir envie de se cacher, de ne pas être à l’aise avec son corps. Ce qui ne va pas être sans conséquences à l’heure du grand chamboulement de l’adolescence.

Romain Brindeau