Vie de parent

Mobilité, le casse-tête pour les familles

Voitures et trains à l’arrêt, manque de pistes cyclables et de sites propres, problèmes de retards et de fréquences, coût des abonnements… en matière de mobilité, les parents ont les mêmes difficultés que tout voyageur. Mais ils rencontrent aussi une série de problèmes spécifiques quand ils voyagent avec des jeunes enfants, souvent ignorés de l’offre publique et privée de transports.

Deux faits divers, du pire au meilleur. Il y a quelques semaines une jeune mère décède dans le métro new-yorkais à cause d’une chute avec sa poussette dans les escaliers. Plus positif, le nouveau parking vélo de la Bourse à Bruxelles vient d’inaugurer des nouvelles places pour vélos cargo, très prisés par les familles. Entre les deux, c’est la galère quotidienne pour transporter les enfants, concilier vie familiale et vie professionnelle, respecter des horaires et prendre soin de la planète.

Enjeux de fin du monde et de poussettes

Difficile aujourd’hui d’ignorer les enjeux climatiques quand on parle mobilité. Les familles sont d’ailleurs très présentes dans les manifs climat. De leur côté, les jeunes ne lâchent pas la rue pour forcer nos élus à sérieusement se préoccuper de leur futur.
Au cœur de ces enjeux, la voiture est devenue le symbole d’une course aveugle vers la fin du monde. Alors, oui, les parents – et leurs enfants ! – sont nombreux à vouloir diminuer l’usage de la voiture pour privilégier les transports en commun. Oui, mais… reconnaissons que cette bascule est loin d’être évidente pour la bonne raison que rien n’est pensé familles en matière de mobilité.

Mobilité familiale

Il n’y a pas un mais plusieurs types de mobilité. Celle d’une famille n’est pas celle d’un navetteur. Au-delà des questions d’accessibilité et de sécurité, se déplacer avec des enfants, c’est :

► veiller à leur sécurité jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes,
► se mouvoir plus lentement et difficilement : un enfant marche moins vite, la poussette ou les cartables encombrent, il faut porter de nombreux sacs, etc.,
► enchaîner plusieurs trajets courts (du domicile à l’école en passant par la crèche, puis direction boulot, idem au retour avec arrêt au supermarché, l’activité sportive de la grande et logopédie du petit…),
► se déplacer aux heures de pointes (horaires des écoles…).

À noter que ces déplacements sont essentiellement assurés par des femmes qui portent le poids de la mobilité familiale, en plus de celui des tâches domestiques.
Et donc, dire à ces parents qu’il faut abandonner la voiture est audible seulement si ces déplacements en chaîne deviennent accessibles en transports en commun, sans prendre quatre fois plus de temps et dans des conditions acceptables avec des enfants. On en est loin.

Inventaire non exhaustif des problèmes

De nouveaux modes de transport ne cessent d’émerger et c’est une bonne chose : vélos et trottinettes électriques, voitures partagées, applis multimodales… À côté, les débats sur la mobilité se succèdent : pathétique feuilleton du RER, taxe au kilomètre, vignette autoroutière, péage urbain, sous-financement de la SNCB... Mais les enjeux importants pour les familles sont systématiquement occultés par les grands concepteurs de l’offre de mobilité (ceux-là même qui ont sans doute peu transporté leur·s enfant·s à l’école ou au judo).

Le difficile accès des transports en commun. Démonstration : manque d’ascenseurs dans les gares et stations, escaliers, inaccessibilité des trains, bus ou trams avec une poussette et même interdiction des escalators aux buggys pour raison de sécurité. À notre question : comment s’en sortir en l’absence d’ascenseur avec un enfant en bas âge, la réponse de la STIB a été « Vous n’avez qu’à prendre un porte-bébé ». No comment.

L’inadéquation des nouveaux modes de déplacement. Trottinettes, gyropodes, vélos et voitures partagées ne sont pas adaptés à la vie de famille : pas de siège enfant dans la voiture ou sur le vélo. Savez-vous que si vous avez un jeune enfant, vous devez commander et aller chercher un siège-auto dans les bureaux de la société locatrice des voitures partagées ? Aberrant. Et si vous habitez en zone rurale, oubliez ces moyens de transports : ils ne sont disponibles qu’en ville.

Des infrastructures inadaptées aux familles à vélo. Pistes cyclables et parkings-vélos manquent pour tous. Et plus encore pour les parents qui utilisent les vélos familiaux (vélos cargo, bakfiets, siège vélo pour enfant), plus imposants et pour lesquels les infrastructures adéquates (parkings, largeur des pistes cyclables…) sont quasi inexistantes.

Des trottoirs en mauvais état. Trop étroits, abîmés ou surélevés par rapport à la rue pour permettre un déplacement sûr et confortable en poussette ou même à vélo pour les plus jeunes.

Comme lors de chaque campagne électorale, et peut-être plus que jamais cette année, la question de la mobilité sera de tous les débats. Et si, pour une fois, on y parlait familles et déplacements avec enfant·s à la campagne et en ville ?

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles