3/5 ans

Moins d’agitation si on éteint
la télévision

À peine nés, ils sont immortalisés par nos smartphones, croisent des écrans à la maison, dans les abribus et même dans certaines maternités. Une génération connectée, celle de nos bébés. Mais rien ne sert de les presser. Les écrans ne les aident pas à bien se développer. Yapaka propose de les mettre en veille, pour favoriser l’éveil de nos petits.

Moins d’agitation si on éteint la télévision

La télévision est fascinante. Elle capte toute l’attention de l’enfant. Il ne bouge pas d’un cil, tout absorbé par les images qui passent et les bruits qui se succèdent. Mais attention, danger. Sous ce calme apparent, le petit est surstimulé. Ça bouillonne à l’intérieur.
Or, nos petits ont besoin de bouger. Ils doivent mettre en bouche, toucher, manipuler et jouer. Ils ont besoin de développer leur psychomotricité fine, leur équilibre, de découvrir leur corps et toutes ses capacités. Avec la télé, rien de tout cela n’est possible. Les écrans allumés les attirent et les captivent, tout en les laissant dans une position passive. Et quand l’écran s’éteint, les enfants deviennent tout à coup agités et nerveux.

Pas de télé pour les bébés

Yapaka s’inquiète de l’utilisation quotidienne des écrans par des moins de 3 ans. Il lance la campagne Écrans en veille, enfant en éveil. « La règle d’or est d’éviter de mettre un enfant de moins de 3 ans devant un écran, explique Claire-Anne Sévrin, de Yapaka. Ensuite, on accompagne l’enfant. C’est important de s’intéresser à ce qu’il voit à la télévision, de communiquer avec lui autour des images et de partager les émotions que ces images suscitent. Certaines images pourraient le heurter, la vigilance s’impose. »
Le rythme des images et des sons aussi peuvent heurter un enfant par leur rapidité. Face à un écran, un jeune enfant paraît souvent happé. « L’enfant se plonge d’emblée dans l’univers d’un écran allumé. C’est agréable pour lui d’être devant la télévision. Les lumières et les sons attirent son attention. Mais je suis sûre qu’empiler des cubes, jouer à la dînette et interagir avec ses parents sont des activités également très agréables pour lui, poursuit Claire-Anne Sévrin. Être parent, c’est offrir le meilleur à son enfant. En limitant le temps passé devant des écrans, par exemple. »
Dans l’idéal, pas de télé avant 3 ans. Et, ensuite, une découverte progressive des écrans. On commence par des courtes séquences de DVD qui racontent une histoire avec un début et une fin. L’avantage de ce type de support, c’est qu’on peut les arrêter quand on le souhaite et que la lecture se fait sans être interrompu par des publicités.

Les DVD, mieux que la télé

« La publicité glissée avant les dessins animés met déjà le petit enfant dans une position de consommateur, rappelle Claire-Anne Sévrin. Les chaînes de télé pour enfants ne sont pas créées pour les rendre intelligents, non. Leur but est de préparer les petits cerveaux à devenir des êtres de consommation ». Pour les apprentissages, c’est toujours mieux en vrai. Dora l’exploratrice apprend moins l’anglais à nos petits loulous que si l’on prend nous-mêmes le temps de compter leurs doigts et orteils en anglais.
La télévision pour apprendre, ce n’est pas terrible. Par contre, pour divertir, c’est efficace. Sans en abuser, bien sûr. Yapaka conseille de ne pas y consacrer plus de temps qu’un jeu traditionnel, soit entre 15 et 20 minutes d’affilée. L’ONE conseille, pour sa part, de ne pas laisser un enfant de moins de 6 ans plus d’une heure par jour devant un écran. En choisissant toujours des contenus appropriés.

« Avant 5 ans, voir le JT est une ineptie »

Et pour le JT, même topo ? « Avant 5 ans, voir le JT est une ineptie. Si l’enfant le ‘subit’ tout de même, il est important de lui parler des images. Même s’il ne regarde pas l’écran, il est imprégné par ce qu’il se passe. Il réutilise dans son jeu des éléments entendus à la télé. Mais à moins de 5 ans, l’heure du JT, c’est l’heure d’aller au lit. Je crois qu’avec toutes les technologies actuelles, on peut facilement différer le temps du JT », ajoute Claire-Anne Sévrin.
Après avoir regardé la télévision, l’enfant doit retrouver son calme, pour pouvoir s’endormir. Le temps d’endormissement risque donc de durer. Car la télévision est un excitant. « Parfois, on allumerait bien la télé pour souffler, ajoute Claire-Anne Sévrin, mais si on pense à la crise de ‘l’après-télé’, c’est parfois mieux de ne pas attraper la télécommande et plutôt sortir une boîte en carton ou des Playmobil. Je ne connais pas de solution pour éviter ces crises, si ce n’est de ne pas allumer la télé… ou d’aller faire un petit footing pour évacuer les tensions accumulées. »

Estelle Watterman

Des parents en parlent…

À l’ancienne

« Je trouve les dessins animés actuels assez mal faits, ça bouge dans tous les sens, les images sont très rapides et pas toujours jolies. Notre solution ? On montre des séquences de vieux Disney à nos mômes. C’est une manière de leur faire partager nos souvenirs d’enfance. Parfois, on regarde aussi des documentaires animaliers, c’est beau et moins cher que le zoo. »
Thierry, papa d’Enzo et Lara, 4 et 2 ans

Télé polyglotte

« Quand on allume la télé devant Cyriaque, on choisit systématiquement une chaîne dans une autre langue que le français. Il s’en lasse plus vite et puis ça lui ouvre sûrement les oreilles à d’autres sonorités. »
Hélène, maman de Cyriaque, 18 mois

En vacances

« Au quotidien, on essaye de ne pas scotcher nos enfants à des écrans mais pour des longs trajets en voiture, les tablettes sont vraiment efficaces. On peut télécharger des petits films ou des applis adaptées aux enfants. Chez nous, ça fait partie du plaisir des vacances… »
Mélodie, maman de trois bambins de 2 à 7 ans

En pratique

Et les jeux sur tablette ou console ?

Entre la tablette des parents ou les tablettes interactives « spéciales » pour enfants, de nombreux jeux ou applications sont proposés pour les tout-petits, dès 18 mois. Sans les zapper complètement, leur utilisation peut être limitée dans le temps. Une dizaine de minutes est un maximum pour nos tout-petits. En jouant avec eux dans un premier temps.
« Nous déconseillons les jeux individuels sur console avant l’âge de 6 ans, déclare Claire-Anne Sévrin de Yapaka. L’enfant a intérêt à être devant des écrans adaptés à son développement sensori-moteur. Pour pouvoir surfer sur internet, on attend les 9 ans de l’enfant. Le temps d’acquérir certains prérequis, de savoir que des informations fausses circulent sur la toile, que ce qu’on y publie est vu par tout le monde... Il y a des notions ‘de la vraie vie’ à apprendre avant de pouvoir surfer. »

Quelques outils :

Point de vue

Bébé-écran, bébé mutant ?

Serge Tisseron, psychanalyste : « Un bébé est très attentif à tout ce qui bouge et notamment, aux visages en mouvement. Il grandit avec autour de lui des adultes qui le regardent, lui sourient mais aussi, de plus en plus, avec des écrans sur lesquels d’autres adultes sourient, bougent… Aujourd’hui, ces enfants grandissent à la fois en construisant leurs repères par rapport aux adultes qui les entourent et par rapport aux écrans également. Et quand l’adulte regarde l’écran avec l’enfant, celui-ci est doublement orienté vers lui. On peut imaginer que ces enfants deviendront des adultes accrochés aux écrans dont ils auront un réel besoin. Déjà aujourd’hui, regardez la quantité de gens qui essaient de pallier le sentiment de solitude en utilisant un écran, fût-ce celui d’un téléphone portable (…). Probablement entrons-nous dans une civilisation où les adultes auront besoin de cet écran pour se sentir sécurisés. »