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Mon ado est-il malade des écrans ?

Internet, jeux vidéo, outils numériques variés… Nos enfants n’ont d’yeux que pour eux. Et s’en décollent difficilement. Sont-ils malades ou cyberdépendants pour autant ? Dans L'enfant et les écrans, les experts relativisent et livrent quelques recommandations.

Mon ado est-il malade des écrans ? - Shutterstock

« Il devient cyberdépendant, ton gamin », « Elle va avoir la cervelle ramollie, cette jeune fille », « Il va finir psychopathe à force de jouer autant à la console »… Autant de propos anxiogènes, lus dans les magazines et relayés par les parents eux-mêmes.
Pourtant, il n’y aurait pas d’addiction à internet et aux jeux vidéo. Et ce n’est pas le manifeste d’une bande de geeks babas cool et libertaires. Mais un avis de l’Académie des sciences de France, intitulé Les enfants et les écrans*, qui vient jeter un pavé dans la mare des idées reçues : « Pour ce qui concerne les pratiques excessives d’internet et des jeux vidéo, aucune étude ne permet à ce jour d’affirmer qu’il s’agit de dépendance ou d’addiction ». Seule l’addiction aux jeux d’argent est reconnue. Le jeu seul, lui, ne rendrait pas dépendant. Un pourcentage « infinitésimal » de joueurs sont susceptibles de présenter une addiction à internet ou aux jeux vidéo, selon M. D. Griffiths, expert de ces questions.

Restons zen

L’adolescence, on le sait, c’est souvent la période de l’excès. « À cet âge, l’impossibilité physiologique de contrôler certaines de ses impulsions donne en effet volontiers une apparence addictive à des comportements qui sont en réalité transitoires et accompagnent le passage de l’enfance à l’âge adulte », rappellent les co-auteurs du rapport. Et en général, les usages excessifs en tout genre disparaissent avec la fin de l’adolescence.
Une utilisation intensive des écrans n’est donc « pas forcément pathologique et peut même constituer un support de création, de sociabilisation et d’enrichissement », rappelle le psychiatre Serge Tisseron (voir le Ligueur du 23/01/2013). Donc pas besoin de se faire des cheveux blancs si notre ado est « scotché » à internet ou aux jeux vidéo. Il « s’y engage d’autant plus qu’il sait que c’est pour peu de temps ».
Il pique une crise si on le prive subitement de son ordi ou de son smartphone ? C’est normal, oui. Pour les spécialistes, « ces symptômes sont souvent de courte durée et sont liés au désagrément produit par l’interruption d’une activité mobilisant de grandes charges émotionnelles ». Là non plus, pas de quoi s’alarmer, surtout s’il choisit des jeux enrichissants et se sociabilise à travers ces moyens de communication modernes.

Quand faut-il s’inquiéter ?

Ce n’est pas parce qu’il y a peu de risque d’addiction que l’utilisation démesurée des outils numériques ne comporte aucun danger. Surtout pour nos ados qui ne contrôlent pas encore leurs impulsions comme les adultes. Tant qu’il parvient à lâcher l’écran pour étudier ou s’adonner à d’autres activités réelles, pas de souci.
Par contre, si notre ado ne peut plus s’en passer et que sa « screenmania » devient source de troubles de la concentration, de manque de sommeil ou d’un désintérêt pour toute autre forme de culture, il faut s’interroger. Et si, pire encore, le temps passé devant les écrans entraîne absentéisme, échec scolaire ou retrait social, il faut réagir sans tarder (voir le Ligueur du 23/01/2013).

Cela doit rester un plaisir

L’usage d’internet et des jeux vidéo doit rester un divertissement, comme d’autres activités « normales ». « L’isolement devant les écrans devient problématique s’il n’est pas utilisé pour trouver du plaisir, comme les activités distractives normales, mais s’il sert à fuir un déplaisir », que ce soit après un deuil, une rupture affective, un déménagement, à cause d’une dépression, d’une phobie ou dans l’angoisse de l’adolescence. Et si cette fuite s’inscrit dans la durée, cela devient préoccupant.
Pour notre fana de jeux vidéo, le risque est que l’écran devienne un refuge et soit utilisé « pour fuir la vie concrète ». Si « son objectif n’est plus d’entrer en interaction avec d’autres joueurs, ou de gagner, mais de se détourner de pensées ou de situations pénibles », et qu’il considère son ordinateur comme « un partenaire privilégié, et s’isole », il faut tirer la sonnette d’alarme, avertissent les experts.

Abus d’écrans : pas une cause, mais une conséquence

Une addiction au jeu peut aussi se développer à cause d’un autre « trouble psychiatrique ou l’utilisation de substances addictogènes », comme le tabac. Internet peut aussi devenir « un espace dans lequel des pathologies connues depuis longtemps s’exprimeraient de façon privilégiée ». L’abus d’écrans est alors, non pas la cause, mais la conséquence d’un autre problème à traiter. Et deviendrait un « symptôme », de la dépression par exemple.

Comment l’éduquer ?

Dans Les enfants et les écrans, on nous propose de « peut-être simplement penser ces abus autrement, et revoir son attitude éducative à leur égard ». Car ces nouvelles technologies intègrent les loisirs, mais aussi l’apprentissage, l’éducation et la formation culturelle de nos enfants. Et leur utilisation, trop précoce ou démesurée, peut aussi avoir des effets négatifs, parfois sérieux. « La protection de l’enfant est nécessaire, elle doit se situer dans une démarche de protection, de précaution, de prévention et d’éducation, tout au long de la croissance vers l’âge adulte. »
Parmi les conseils : préférer le dialogue à l’interdiction, garder un œil sur le temps passé devant l’écran, et solliciter l’autorégulation des conduites, tout en prenant conscience des atouts et des risques de la révolution du web 2.0. Mais aussi : favoriser les contenus et les programmes de qualité s’adressant aux jeunes, et les initier aux bonnes pratiques (voir le Ligueur du 23/01/2013). Car ces outils numériques sont capables du meilleur (l’éveil, la sollicitation de l’intelligence, la socialisation…) comme du pire.

Stéphanie Grofils

À LIRE

L'enfant et les écrans, Jean-François Bach, Olivier Houdé, Pierre Léna, et Serge Tisseron, Le Pommier, 17 €.

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