16/18 ans

Mon ado risque-t-il de faire
une « dépression Facebook » ?

Passer du temps sur Facebook et y voir défiler sur son écran le bonheur parfait des autres pourrait rendre les adolescents dépressifs. En cause, la pression sociale virtuelle que pourraient ressentir les jeunes utilisateurs du réseau social.

Mon ado risque-t-il de faire une « dépression Facebook » ?

Les adolescents passent plusieurs heures par semaine sur les réseaux sociaux, via l’ordinateur, la tablette ou le mobile. Mais si Facebook et ses pairs ont d’immenses atouts - rester connecté avec ses amis et sa famille, échanger des photos et des idées, faciliter l’accès à l’information… -, ils ont aussi leurs travers.
Les chercheurs ont longtemps insisté sur le fait que ces plateformes sociales comme Facebook ne rendaient pas dépressif, mais attiraient davantage les personnes déprimées et isolées. Ils reviennent aujourd’hui sur leurs conclusions : passer du temps sur Facebook peut rendre dépressif, selon différentes études universitaires belges et internationales.
Les jeunes qui passent le plus de temps sur Facebook seraient ceux qui se sentiraient le moins heureux, selon des chercheurs des universités du Michigan et de Louvain. Et ce n’est pas le sentiment de mal-être qui pousserait à utiliser les réseaux sociaux, mais l’usage de Facebook qui aurait un impact néfaste sur l’humeur.

C’est quoi, la « dépression Facebook » ?

Être accepté, reconnu et être en contact avec ses pairs compte beaucoup au moment de l’adolescence. Or, dans l’univers du web 2.0 où règnent l’instantanéité et la viralité, l’interaction sociale, l’image et la réputation prennent encore plus d’importance. Cette intensité peut devenir un facteur de stress, et peut même déclencher la dépression chez l’adolescent.
Ce qu’on appelle la « dépression Facebook » toucherait principalement les adolescents et pré-adolescents, plus enclins à une utilisation intensive des médias. Plus de la moitié des ados se connecte plus d’une fois par jour sur son réseau social préféré et 22 % plus de dix fois par jour. C’est l’augmentation et l’intensité de l’usage des réseaux sociaux qui peut déclencher la dépression chez les adolescents.
« La dépression Facebook se développe chez les jeunes qui passent la majeure partie de leur temps sur les sites de réseaux sociaux, notamment Facebook, et présentent ensuite des symptômes classiques de dépression », affirment les pédiatres américains.
Cela sans compter les autres risques, tels que le cyberharcèlement, le cyberbullying (diffusion d’informations hostiles à l’égard d’autres individus) ou le sexting (échange de contenu sexuellement explicite via des appareils technologiques).

Pourquoi Facebook mine-t-il le moral ?

Plusieurs phénomènes intrinsèques à Facebook peuvent miner le moral et le bien-être des ados.
En premier lieu, la comparaison avec la vie des autres. Photos de soirées ou de vacances astucieusement choisies, statuts heureux, bonnes nouvelles… Sur Facebook, la vie des utilisateurs peut sembler bien différente de ce qu’elle est vraiment. Les jeunes cherchent à partager leurs bons souvenirs et moments heureux, plutôt que d’étaler leurs problèmes. Et plus l’ado passe de temps sur Facebook, plus il a de « chance » de croire que ses « amis » sont plus heureux que lui. Surtout s’il compte parmi ses contacts beaucoup de personnes qu’il connaît peu ou pas.
Par exemple, un ado pas toujours confiant ni bien dans ses baskets pourra y constater à quel point la vie des autres est fun et pleine de rebondissements. S’il se compare, il ne verra que le bonheur de ses « amis » et il peut avoir l’impression que sa vie est maussade. Cette vision biaisée de la réalité des autres peut éveiller en lui un sentiment d’infériorité et le renvoyer à ses potentiels et ponctuels moments de solitude ou de spleen.
« Facebook donne l’illusion du bonheur parfait. On montre que tout va bien. On ne parle que de superficiel, de choses agréables. Ce peut être un facteur de dépression si le jeune n’a pas de soutien par rapport aux infos reçues », explique Christine Calonne, psychologue spécialisée dans la violence psychologique.
Ensuite, vient le besoin de reconnaissance sociale. Sur les réseaux sociaux, l’utilisateur devient une potentielle mini-célébrité. Facebook rend son profil public et sa vie sociale visible. L’ado doit gérer son profil, les demandes d’amis et son activité pour séduire une audience. Il cherche à satisfaire son besoin d’être reconnu, accepté et aimé en partageant du contenu ou des infos qui peuvent parfois lui rappeler qu’il ne se sent pas bien. Il veut montrer qu’il est quelqu’un qui a beaucoup d’amis et qui recueille un certain succès, en obtenant de nombreux « likes ».
La quantité prévaut, d’autant que le média la mesure et l’affiche. Et si l’ado a peu d’amis et ne trouve pas la reconnaissance sociale qu’il recherche, Facebook lui renvoie en pleine face. Il peut vivre très mal cette impression d’échec social, connu de tous. Cette pression de devoir réussir sa vie virtuelle sans être rejeté, ni jugé de manière négative par les autres, peut être source de stress et d’anxiété sociale, parfois jusqu’à la dépression.

Risque de repli social

Tout comme la dépression classique, les jeunes souffrant de dépression Facebook sont sujets au repli social. Mais tous les jeunes utilisateurs excessifs de Facebook ne tombent pas dans la dépression. Parmi les profils à risque, les ados moins populaires, un peu timides, qui manquent d’estime d’eux-mêmes et qui ont l’impression que leurs « amis » Facebook ont une vie bien plus passionnante que la leur.
Il ne faut pas non plus s’alarmer si son ado passe beaucoup de temps sur son écran. L’adolescence est souvent la période de l’excès. Tant qu’il parvient à lâcher l’écran pour étudier, voir ses amis, sa famille ou s’adonner à d’autres activités réelles, pas de souci. Par contre, s’il ne peut plus s’en passer et que sa « Facebookmania » l’isole et réduit ses relations extérieures et change son comportement affectif et émotif, il vaut mieux réagir sans tarder. D’autant que la dépression est la principale cause de maladie et de handicap des jeunes âgés de 10 à 19 ans, selon un rapport de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et le suicide, la troisième cause de décès des adolescents.

L’écouter et l’éduquer

Si les signes avant-coureurs à une dépression deviennent évidents, la première chose à faire est d’en parler avec lui ouvertement. Il vaut toujours mieux préférer le dialogue à l’interdiction qui éveillerait son désir de transgression. Sans le gronder, ni le juger, le parent peut le questionner : « Pourquoi passes-tu autant de temps sur Facebook ? », « Qu’est-ce qui t’intéresse ? », et plus directement : « Qu’est-ce qui ne va pas ? ».
On pourra peut-être lui faire prendre conscience du temps démesuré qu’il passe sur les réseaux sociaux au détriment d’autres agréments. Une façon, peut-être, de l’inciter à l’autorégulation.
On n’hésite pas non plus à parler du contenu : « Qu’est-ce que tu y découvres ? », « Qu’est-ce qui te choque ou te déprime ? ». C’est alors le moment de l’aider à relativiser les infos qu’il découvre sur le web, de nourrir son esprit critique, de l’aider à se positionner dans les débats de société… Et on en profite pour lui ouvrir les yeux sur les petits côtés pervers du réseau social cité plus haut : le bonheur surfait et le m’as-tu-vu qu’il impose.
S’il se braque ou se ferme comme une huître, il a sans doute d’autant plus besoin d’aide. Si on ne parvient pas à communiquer avec lui - en raison d’une relation tendue durant la période de l’adolescence en général ou passagère -, pourquoi ne pas faire appel à un tiers (un éducateur, le parrain ou la marraine, un ami…). Il faut en tout cas le pousser à s’ouvrir afin de savoir pourquoi il ne se sent pas bien, pouvoir sonder son degré d’anxiété et voir si une aide professionnelle est nécessaire.

Stéphanie Grofils

Conseils à lui glisser à l’oreille 

  • Ne pas chercher à comparer sa vie réelle avec le bonheur illusoire affiché des autres.
  • Ne pas se mettre trop la pression sur le contenu que l’on partage sur Facebook, ni accorder trop d’importance à ce que ses amis Facebook publient sur leur mur.
  • Se méfier des gens qui donnent une image parfaite d’eux-mêmes.
  • Faire soi-même preuve de pudeur et doser ses émotions lorsqu’on publie ses états d’âme.
  • Ne pas s’enfermer dans des relations qui ne sont que virtuelles, donc complètement en décalage avec le réel.

L’avis de l’expert

Christine Calonne, psychologue spécialisée dans le harcèlement

« Sur Facebook, les adolescents ont accès à des infos terribles (sur la situation économique, les menaces terroristes…). Ils sont confrontés à de la violence banalisée. Ça les touche plus fort car ils n’ont pas encore d’identité définitive, ni de projets concrets. Ils sont plus vulnérables et si on les laisse seuls devant Facebook, ils peuvent ressentir beaucoup d’inquiétudes et de désespoir. Ça peut être un facteur de dépression. Ça dépend de la façon dont le jeune est soutenu et écouté par son entourage (ses parents ou son environnement scolaire). Il ne faut pas les laisser s’éduquer tout seul sur Facebook. Il faut installer le dialogue (sur le terrorisme, la laïcité, la violence…) pour qu’il se pose des questions devant ce qu’il voit, qu’il comprenne quel sens donner à cela. Il ne faut pas non plus interdire ni juger mais intervenir, participer à ce qui se passe sur Facebook pour que l’adolescent voit ce qui peut être épanouissant ou destructeur de sa vie. »

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