12/15 ans

Mon ado s’envoie en l’air : normal ?

Le scandale sexuel qui a ébranlé le Collège Saint-Michel à Etterbeek et enflammé les médias a avant tout porté atteinte aux jeunes, exclus et stigmatisés. Comment prévenir et aborder la sexualité avec nos ados, qu’on soit directeur, prof ou parent ? On fait le tour de la question.

Mon ado s’envoie en l’air : normal ?

Les jeunes ont leur premier rapport sexuel à 17 ans, mais c’est une moyenne. Certains jeunes commencent plus tôt. Et les faits nous ramènent à un constat : progressivement l’âge du premier rapport diminue, surtout chez les filles. Au Collège Saint-Michel à Etterbeek, six adolescents ont été exclus de l’établissement pour avoir eu des rapports intimes avec une autre élève, consentante, lors d’une retraite à Libramont. Ils sont âgés de 15 ans.
Nos ados, si jeunes nous paraissent-ils, grandissent. Dès la puberté, leur corps se prépare à la sexualité. Que de jeunes adolescents vivent leurs premières expériences sexuelles en dehors d’une relation amoureuse n’est pas exceptionnel. « L’adolescence est presque par définition une phase de découverte et d’exploration en matière de sexualité. Et l’association entre sexualité et sentiments est une construction historique. Ce n’est pas spécialement inscrit dans la nature humaine », observe Jacques Marquet, sociologue de la famille et de la sexualité à l’UCL.

Sexe et société

Notre société de consommation, hyper sexualisée et hyper connectée, a sa part de responsabilité. Les adolescents du XXIe siècle, initiés aux nouvelles technologies, ont un accès plus facile à internet et voient parfois très tôt des images à connotation sexuelle, voire pornographique. « Ces images nourrissent au moins leur imaginaire dans un premier temps. Que de temps en temps, des ados qui voient ce genre de choses soient tentés de passer à l’acte, c’est prévisible », poursuit le spécialiste.
L’hyper sexualisation est un autre phénomène difficile à gérer pour les adolescents. Il souligne le décalage entre l’apparence très sexualisée et leur disponibilité sexuelle, rappelle Jacques Marquet. Par exemple, les filles vont très vite s’habiller, se maquiller, se coiffer, rendant une image très sexualisée, mais sans en comprendre la portée sexuelle. Elles veulent être habillées sexy, ce qui ne veut pas du tout dire qu’elles sont prêtes à passer à l’acte. À côté de ça, il y a des ados - sexys ou non - qui manifestent leur désir de découvrir la sexualité et sont prêts à franchir le pas.
Il ne faut pas imaginer qu’il n’y a que la tournante. La sexualité des ados, ce peut être aussi :

  • Une fellation dans les toilettes de l’école.
  • Des photos de soi déshabillé(e) que son ex fait circuler.
  • L’échange de sextos…
  • Le VIH et autres infections sexuellement transmissibles (IST).
  • Les ruptures amoureuses et l’implication qu’elles peuvent avoir sur les résultats scolaires.
  • Le lien entre sexualité et relation amoureuse.
  • L’amour qui n’empêche pas d’avoir des amis, au contraire.

Autant de phénomènes, physiques ou virtuels, qui peuvent toucher des adolescents vulnérables.

Rôle et difficultés de l’école

L’école a une vraie responsabilité dans l’éducation à la vie sexuelle et affective des adolescents. Depuis juin 2012, cette mission est obligatoire, du primaire à la fin du secondaire. Tandis que l’Organisation mondiale de la santé recommande d’introduire des cours sur la sexualité auprès des élèves dès 12 ans et d’y aborder la première fois, l’orientation sexuelle, la contraception ou la pornographie.
Mais si elle apparaît comme le lieu idéal où transmettre ces messages, l’école se heurte à des difficultés :

  • Se mettre d’accord, au sein de l’école, sur le contenu du message et sur l’âge auquel les élèves doivent l’entendre.
  • Les écoles et leur public sont relativement hétérogènes (culturellement, socialement…).
  • Certaines questions comme l’avortement et l’homosexualité peuvent être difficiles à aborder.
  • Les parents, de plus en plus impliqués, peuvent contester la démarche ou empêcher leur enfant d’y assister.
  • Les enseignants ne sont pas toujours à l’aise en abordant ces questions.
  • Les jeunes doivent pouvoir s’exprimer de manière libre et autonome, sans relation d’autorité avec l’intervenant.

« Les enseignants ne sont pas habilités à l’éducation sexuelle et affective des élèves. Il est nécessaire de laisser cette tâche à des professionnels (sexologues, personnel de planning familial…), extérieurs à l’établissement », confie la sexologue suisse Lauriane Pichonnaz.
Dans la pratique, l’école a donc bien du mal à endosser son rôle dans l’éducation sexuelle et préfère souvent se rabattre sur une explication strictement biologique. Aujourd’hui, l’école ne peut pourtant plus fermer les yeux sur la sexualité des élèves, en plein développement et qui peut s’expérimenter en son enceinte. Elle doit remplir sa mission éducative, en commençant peut-être par ouvrir le dialogue avec les parents.

Comment faire en tant que parent ?

Il ne faut pas tout attendre de l’école. Les parents ont aussi leur rôle à jouer dans l’éducation sexuelle de leur enfant : l’informer, dialoguer sur ce sujet intarissable participera à son épanouissement, dans son corps et sa sociabilité.
Les ados ont besoin d’un espace où poser leurs questions et de plusieurs interlocuteurs, selon Jacques Marquet. Il faut aussi pouvoir discuter sans s’enfermer dans son idéal (un rapport sexuel inscrit dans une relation amoureuse, par exemple). « Les parents doivent accepter que le cadre dans lequel l’ado vit sa sexualité est sensiblement différent du leur. Ils peuvent, voire doivent, montrer leurs propres valeurs mais également pouvoir entendre d’autres choses et expliquer que leur chemin n’est pas nécessairement le seul », soutient le sociologue. Si l’ado a l’impression d’être jugé, il risque de se fermer et rompre le dialogue.
Nos conseils pour aborder le sujet :

  • Saisir l’occasion (lorsqu’on surprend le premier baiser ou une session ouverte sur un site X) pour amorcer le dialogue.
  • Faire en sorte que l’ado puisse se tourner vers d’autres personnes (un ami, un éducateur, un médecin différent de celui des parents…).
  • Accepter que les mêmes questions reviennent plusieurs fois et adapter les réponses à son âge.
  • Avoir conscience que l’ado a du mal à comprendre la part du vrai et du faux dans ce qu’il voit et puisse se poser des questions sur toutes sortes de pratiques.
  • Comprendre qu’il y a dans cette période d’exploration un écart entre ce qui est de l’ordre de l’information (théorique) et du vécu - que les ados n’ont pas (encore) vécu - et la difficulté d’expliquer le ressenti.
  • Accepter qu'un cheminement soit inévitablement singulier et laisser à l’ado cette part d'autonomie pour faire ses propres expériences et en faire sa propre lecture.
  • Prévenir des difficultés potentielles mais sans enlever tous les obstacles qu’il peut rencontrer.
  • Laisser le droit à l’erreur et pouvoir parler des choses sur lesquelles on s’est planté.

L’important, c’est de ne pas laisser l’ado seul face aux problèmes et aux questions qu’il pourrait se poser et lui faire comprendre très tôt qu’il peut en discuter, interroger les uns et les autres. On n’oublie pas de lui redire qu’on est disponible, qu’il sache, qu’en cas de besoin, il peut se tourner vers nous. Il faut alors pouvoir l’écouter et lui apprendre à s’écouter aussi, pour qu’il fasse des choix justes par rapport à ce qu’il est, lui permettre de se découvrir et de se planter. En tant que parent, on a tout à gagner à le mettre à l’aise face aux mystères de la sexualité afin qu’il vive son exploration le mieux possible.

Stéphanie Grofils

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