12/15 ans

Mon enfant est un mutant :
je fais quoi ?

Ils n’obéissent pas, se comportent comme vos égaux, sont connectés à longueur de journée, collés à leur MP3, n’ont aucun respect pour vous. Peut-être. Mais ces adolescents ne sont pas pour autant rebelles. Ils ne sont pas violents. Ils ne sont pas non plus inciviques ou jean-foutre. Ils sont seulement des mutants, habitants du « monde naissant ». Point de vue de Jean-Paul Gaillard, thérapeute de la famille et du couple.

Mon enfant est un mutant : je fais quoi ? - Thinkstock

Les ados sont des énigmes pour vous, parents, parce qu’ils sont incapables d’avoir recours à vos références et n’ont pas intégré vos repères. Que reste-t-il à faire ? Vous adapter ? Trouver d’autres manières de vivre avec eux ? Plus facile à dire… qu’à faire !
Quels qu’ils soient aujourd’hui, ils restent des enfants, des adolescents et ont toujours besoin de vous. Ouf ! Mais être conscient de ça ne vous aide pas nécessairement à savoir comment agir.

Ils ont tout de même besoin de vous !

Jean-Paul Gaillard propose de remplacer ce qu’il appelle « l’autorité de mode paternel » (soumission, confrontation, interdit, commandement, silence, punition…), l’autorité traditionnelle, par une autorité « de mode maternel » (protection, rassurance, contenance, négociation, conversation, tolérance…). 
Concrètement, il n’est pas question de prôner le laxisme ou le laisser-faire. Il s’agit de définir quelques points fondamentaux « non négociables », peu nombreux mais impératifs qui protègent et sécurisent votre ado.
Des exemples ? L’interdiction de la violence physique, du GSM à table, un horaire pour la présence sur Facebook, etc. Quand il s’agit d’un bébé ou d’un enfant de maternelle, poser ainsi des limites se fait encore facilement : pas question de sortir seul en rue, de jouer avec des allumettes, de frapper l’autre, etc.
Mais à l’âge de l’adolescence, tout est souvent plus compliqué. C’est pourquoi, à côté de ce minimum non-négociable, le thérapeute encourage les parents à définir des points où ils laissent à leur jeune de larges possibilités de création personnelle.

Autorité extérieure : beeek

Les enfants mutants ne reconnaissent plus une autorité qui leur soit extérieure. Très bien.
Premier impératif pédagogique, donc : s’abstenir de recourir à des arguments d’autorité comme : «Parce que je le dis », « Parce que je l’ai décidé », « Parce que je suis ton père » et autre « Parce que c’est comme ça ».
Deuxième impératif : leur parler comme à des égaux parce qu’ils vous considèrent d’emblée comme tels et non comme des supérieurs. Il ne s’agit pas d’une provocation, mais d’une manifestation d’un profond sentiment d’égalité qu’ils ont intégré. Ils vous respecteront si vous les respectez.
Troisième impératif : faites ce que vous leur dites de faire. En effet, les mutants ne connaissent pas la soumission. Ils peuvent seulement apprendre par observation, expérimentation et mimétisme. Et donc en agissant, ce que les pédagogues Freinet et Decroly avaient bien compris. 
Inlassablement, comme le modèle d’autorité maternelle traditionnelle le dicterait, il s’agit d’écouter, d’échanger, d’accepter ou de provoquer la conversation. Et de négocier d’emblée, sans modération et sans trêve… sans attendre l’échec d’arguments d’autorité.
Quatrième impératif : pousser le jeune à réfléchir, à élaborer sa propre réponse et l’aider ainsi à construire ces éléments d’une éthique de responsabilité personnelle.
Dans la vie de tous les jours où le temps manque souvent, la patience et la ténacité nécessaires à ces discussions ne vont pas de soi ! Jean-Paul Gaillard nous indique une route, un comportement idéal à apprivoiser, à apprendre, à emprunter autant que possible. Avec des essais et des erreurs évidemment. Courage !

Thérèse Jeunejean

EN BREF

Et chez vous, ça se passe comment ?

Si le recours à ces comportements semble relativement simple à mettre en pratique pour les plus jeunes, cela paraît nettement moins évident avec des adolescents. Ce que propose le thérapeute est une marche à suivre, mais ne faut-il pas, à un moment donné, trancher en recourant à l’autorité ? « Non, affirme avec conviction Jean- Paul Gaillard. Non, sauf si l’on attend de l’autre la soumission et que l’on défend une autorité de mode paternel. »
Parents, qu’en pensez-vous ? Dites-nous comment vous vous débrouillez avec vos ados. Partagez vos expériences sur redaction@leligueur.be ou sur notre page Facebook, elles nous intéressent.

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