3/5 ans

Mon enfant me déteste !

Aurélie est persuadée que son petit Quentin ne l’aime plus. Depuis quelques semaines, il préfère son papa et se réfugie dans les bras de sa grand-mère. Et s’évertue à le lui faire sentir, en public de préférence. Entre patience et collaboration, quelques clés pour gérer cette situation. Passagère, rassurez-vous…

Mon enfant me déteste !

« J’en ai pleuré », confie la jeune maman. Confuse, elle jalouse son compagnon. Difficile à vivre, pour n’importe qui. La culpabilité pointe son nez : il doit avoir raison, vous êtes un bien piètre parent, il le voit, il le sent, il vous a démasquée ! Allons, rien de tout cela. Évitez les interprétations hâtives, divers motifs poussent votre petite merveille à vous rejeter, n’ayons pas peur des mots.

Bien grandir, c’est bien se séparer

À un moment, les enfants doivent prendre de la distance et se séparer de la personne avec laquelle ils ont un lien plus fort. Dans la triangulation classique, le nourrisson, en fusion avec sa maman, s’en éloignera petit à petit, le lien avec le père se construit dans un second temps, explique Isabelle Taverna, psychologue.
« Il n’y a rien de pathologique, ni d’inquiétant : chaque enfant doit faire ce travail de séparation, devenir de moins en moins dépendant. C’est difficile à vivre, il n’est pas rare que ces moments soient vécus comme une mise à l’écart. Dès que l’enfant commence à marcher, il acquiert une certaine autonomie. Il apprend ensuite progressivement à aller aux toilettes, se laver, manger ou descendre les escaliers. Certains parents ont du mal à le laisser se débrouiller. »

Processus d’individuation

Vérification faite, c’est parfois un crève-cœur, pour les mamans surtout, il suffit pour s’en rendre compte d’interroger les blogs spécialisés : elles s’épanchent et demandent conseil, osent avouer qu’elles souffrent et sont pleines de ressentiment envers le parent préféré. Aïe, douloureux souvenir ! « Depuis quelques semaines, il est plus proche de son père. Elle ne veut plus de bisous. Il repousse mes câlins quand je le dépose le matin à l’école… ».
Isabelle Taverna se veut rassurante, ces phases sont tout à fait normales : « Tout cela fait partie d’un processus d’individuation nécessaire à l’enfant. En réalité, c’est de bon aloi, il montre qu’il grandit. Pour bien évoluer, un enfant doit pouvoir se séparer de sa mère, ne plus se sentir ‘petit’. Mais il n’en reste pas moins que l’on peut le vivre comme un cruel désamour. Le parent doit pouvoir accepter qu’il ne veuille plus sauter sur ses genoux, ajoute-t-elle, un sourire dans la voix. Il est sain qu’il investisse d’autres relations ».
Cela témoigne du bon déroulement des processus d’identification en jeu. À l’adolescence viendra une séparation plus radicale : le pas de recul sera plus important pour la construction du jeune, avant de revenir à un équilibre.

Ce soir, c’est maman qui lit l’histoire

Vous êtes confrontée à une période de rejet ? La thérapeute conseille d’inventer d’autres manières d’être en lien, se retrouver dans d’autres types d’activités, s’épauler : « Les parents doivent reconnaître et accepter cette transition : les liens bougent, se transforment. Ils doivent pouvoir en parler et faire équipe, éviter à tout prix de devenir rivaux, s’enorgueillir d’être le préféré ! L’important est de se soutenir, rassurer l’autre, notamment en conservant la bonne distance : alterner les couchers, dire, par exemple, « Ce soir, c’est maman qui lira l’histoire »… et s’y tenir.

 

Aya Kasasa

En pratique

Elle préfère son père…

« Je suis la méchante. Celle qui dit ‘Non’ tout le temps. Avec son père, la petite s’amuse, coopère et s’épanouit. Moi, elle me rejette, elle est difficile, notre relation est devenue tendue. J’en ai assez », raconte Amandine, maman de Tania, 4 ans.
Observez bien la situation : il se peut que votre enfant joue sur les deux tableaux, selon les activités, les périodes de la journée. Qu’il ait compris comment obtenir l’une ou l’autre chose de l’un plutôt que de l’autre. Que vous soyez anxieuse, triste, frustrée, renforçant ainsi l’attitude de rejet. Mais il se peut aussi qu’il ait tout simplement plus d’affinités avec l’autre parent, question de caractère, de centre d’intérêt. Ou que l’autre parent soit en réalité très en demande ou surprotège l’enfant.

Comment réagir ?

Quelques conseils éprouvés par d’autres parents…

► Évitez de vous poser en victime, ne le prenez surtout pas personnellement.
► Privilégiez des moments sans l’autre parent, avec des activités différentes, montrez-lui que vous l’aimez.
► Ne faites pas de comparaison du type : « Avec ton père, tu ne te comportes pas comme ceci », « Avec ton père, tu obéis tout de suite ».
► Exprimez votre ressenti, expliquez en quoi telle attitude vous blesse.
► Soyez parents à deux : vous faites équipe, céder ou contredire l’autre parent crée des situations compliquées que l’enfant sera prompt à exploiter.
► N’en veuillez pas à l’autre : parlez, cherchez des solutions ensemble. Il peut être utile que le parent « préféré » s’éloigne et laisse de l’espace pour développer la relation.

À lire

« Accepter que notre enfant nous déteste est un énorme cadeau à lui faire », dit la psychanalyste et thérapeute familiale Caroline Thompson dans La violence de l’amour (Fayard), une réflexion historique sur l’évolution de la famille qui nous incite à réfléchir sur notre rôle de parents.