Vie de parent

Mon fils de 10 ans se fait traiter
de pédé : que faire ?

Dans notre dossier sur la sexualité des enfants et des ados paru le 27 mai, une maman nous adressait cette question : « Mon fils de 10 ans se fait traiter de pédé à l’école : qu’est-ce que je fais ? ». Après la réponse de Pascal De Sutter, docteur en psychologie à l’UCL, qui en avait fait réagir plus d’un d’entre vous (lire le Ligueur du 24 juin en page 29), voici le propos de Salvatore D’Amore, enseignant-chercheur à l’Université de Liège, psychothérapeute, qui nous apporte un autre éclairage.

Mon fils de 10 ans se fait traiter de pédé : que faire ?

Certains parents se trouvent désemparés par le fait que leur fils se fasse traiter de « pédé ». Que leur conseiller ?
Salvatore D’Amore :
« Il s’agit ici d’une insulte homophobe. Il faut confronter le perpétrateur avec ce qu’il a dit et ses conséquences. Il faut également parler avec les enseignants, le directeur, que l’école soit interrogée si dans son enceinte de tels actes se produisent. Parler en classe avec les élèves est aussi très important à mon avis. Les parents doivent essayer de comprendre ce qu'il s’y passe. Et surtout qu’ils laissent leur enfant tranquille, il n’a rien à voir avec ces histoires. Il n’a rien provoqué, n’a rien demandé et se trouve victime d’insultes que les gamins ne comprennent pas forcément. Par contre, les parents sont les mieux placés pour expliquer que ces propos sont de l’ordre de la discrimination. Le mot ‘pédé’ est utilisé de manière péjorative. Il s’agit de harcèlement, il faut en tenir compte. Il faut bien réfléchir à ces termes et mesurer leur portée. Pourquoi sont-ils utilisés ? Par rapport à une homosexualité supposée ? Si c’est le cas, ils sont d’autant plus douloureux. »

Alors comment protège-t-on son enfant de telles attaques ?
S. D. :
« Armer son enfant revient à admettre une certaine crainte. Je trouve que le mieux est de travailler avec les parents pour lutter contre la discrimination. Il est important de creuser de grandes questions. Travailler à la complexité du genre. Qu’est-ce qu’une fille, qu’est-ce qu’un garçon aujourd’hui ? Remettons les choses à plat et laissons de côté nos préjugés. La formation à la diversité est essentielle et ces questions ont leur place à l’école. Il me semble important aussi que toute structure scolaire puisse se doter d’un plan anti-harcelement et de discrimination, un plan d’éducation relationnelle, sexuelle et affective, d’une formation spécifique des enseignants aux thèmes de la diversité ainsi qu’un plan de prise en charge des situations difficiles. C’est pourquoi j’interpelle le monde enseignant et je l’invite à collaborer avec des associations compétentes pour aborder et développer le sujet. Je pense notamment à la fédération des Cheff (lire encadré ci-dessous) qui fait un travail remarquable. À Bruxelles, il y a aussi la Maison arc-en ciel. Ce serait formidable d’ouvrir le débat dans toutes les écoles, de façon à ce que les plus jeunes maîtrisent ces problématiques. Quel pas de géant pour la société dans son ensemble ! »

Pour bien comprendre, puisque beaucoup de parents ne sont pas à l’aise avec le sujet, peut-on parler d’homosexualité chez un enfant de 10 ans ?
S. D. :
« La formation sexuelle est encore en construction à cet âge-là. Parler d’une orientation sexuelle définie, c’est trop tôt. En tant que parents, il ne faut surtout pas dramatiser quoi qu’il se passe. Aux adultes désemparés : relativisez. Dites-vous bien que le problème dans ce genre de situation, ce n’est pas votre enfant. Le problème, c’est les autres. L’important, c’est justement de voir d’où provient la source des attaques, des préjugés. Et surtout, dites-vous que votre enfant a le droit d’être ce qu’il est. Voilà pourquoi il est impératif de condamner ce genre de jargon homo-négatif. C’est d’autant plus problématique chez un petit en pleine construction sexuelle et affective. Dans une telle situation, le problème n’est pas l’homosexualité, ni l’hétérosexualité d’ailleurs. Il faut externaliser. Se poser les vraies questions. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

Nous sommes ces jeunes qui se sont fait traiter de « pédés »

Jonas Van Acker, Président des CHEFF, organisation de jeunesse et fédération de jeunes LGBTQI (Lesbiennes, Gays, Bi, Trans, Queers et Intersexes) explique : « Nous sommes ces jeunes qui se sont fait traiter de 'pédés' à l’heure de la récré. Nous nous mettons en porte-à-faux avec les discours qui expliquent l’homosexualité par des causalités déterministes (qu’elles soient sociales ou familiales). Les CHEFF encouragent l’abandon de cette approche simpliste, par ailleurs largement invalidée dans la sphère scientifique actuelle. Afin de lutter contre les mécanismes homophobes, nous préconisons la mise en place, dans le cadre scolaire, d’une EVRAS (Éducation à la Vie Relationnelle Affective et Sexuelle) inclusive, non hétéro-normée, adaptée à chaque âge. Par ailleurs, l’incitation à la construction du genre des enfants depuis leur plus jeune âge, qui passe par des encouragements à se 'viriliser' ou à 'se féminiser' ne conduit pas à leur épanouissement personnel (Comment le fait de forcer ou de contrarier l’expression de leur identité le pourrait-il ?). En outre, partir du principe de changer le comportement de la victime et non de son agresseur n’a jamais constitué une solution sur le long terme. Prôner le respect de soi et des autres nous semble constituer la meilleure voie vers le progrès, dans la cour de récréation comme ailleurs. »

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