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Mon G, c’est ma vie à moi

Plusieurs établissements scolaires tolèrent le GSM, à condition de le débrancher en classe. Mais la touche vibreur contourne la consigne. L’élève doué parvient toujours à consulter ses messages en douce. Il est impossible au professeur de donner cours et de vérifier constamment l’extinction de vingt-cinq mini-téléphones.

Mon G, c’est ma vie à moi - Thinkstock

Comme Elina qui utilise des milliers de SMS chaque mois. En contact permanent avec le monde extérieur. Quant à sa mère, elle s'inquiète d'une tendance ʺaddictiveʺ. Toutes deux témoignent pour Le Ligueur. L'occasion de faire le point sur ce langage qui intéresse aussi le monde universitaire.
« Le GSM d'Elina, ça envahit notre famille, ça la déstructure », se désole Geneviève Cattiez, mère d'une adolescente de 14 ans. Il faut dire qu'Elina est particulièrement gloutonne en SMS. Grâce à son forfait illimité, qu'elle use jusqu'à la moelle, elle en envoie de 3 000 à 6 000 chaque mois. Avec une pointe, le mois dernier, à 7 500. La connectivité, les amis en permanence, du soir au matin. Geneviève a dû sévir. « On a mis des limites, nous explique-t-elle, et depuis ce jour, la relation est plus sereine. Elina n'a plus le droit d'utiliser son GSM aux heures de table, pendant ses devoirs ou avant de se coucher. »

6 000 SMS par mois

Aux yeux de cette mère de famille, la conduite de sa fille est excessive, comparable à une addiction : « Quand on lui enlève le GSM, elle pique des crises et a une conduite agressive », s'inquiète-t-elle. Elina, elle, assume cette relation quasi passionnelle avec son téléphone. « C'est vrai, je passe beaucoup de temps sur mon GSM, de 7h à 22h. Je l'utilise aussi au cours », nous dit-elle, avant de relativiser cette consommation qui paraît excessive : « J'ai des amis qui écrivent beaucoup plus de SMS que moi ». Encore plus ?
Une question vient naturellement à l'esprit du néophyte pour qui l'adolescence n'est qu'un souvenir lointain : « Mais qu'est ce qu'on peut bien se raconter toute la journée par SMS interposés ? ». Un peu de tout, un peu de rien, bien sûr, mais parfois de l'essentiel. En tout cas, Elina ne cherche pas à enjoliver ces échanges : « On ne parle pas toujours de trucs très intéressants. On parle de certaines fêtes, de ce qu'on va faire demain, on peut proposer aux amis de passer à la maison. Le soir, les SMS parlent plus du quotidien. Et on aborde aussi la vie amoureuse. »
Les SMS deviennent un vecteur d'information permanente sur la vie quotidienne d'un groupe d'amis. « Une boîte avec tous mes amis et le monde en dehors », nous dit Elina. Tous ces SMS, c'est absorbant, vampirisant, et au bout d'un moment, c'est le clash avec les parents. Elina nous détaille les enjeux de ces conflits domestiques : « Mes parents me reprochent de ne pas être complètement avec eux et de faire tout le temps quelque chose d'autre. Ils disent qu'ils ne peuvent pas communiquer avec moi. Mais je pense que je peux être dans les deux mondes en même temps. »
Une impression que ne partagent pas les parents d'Elina qui sont donc allés jusqu'à la priver de GSM. Une punition suprême, nous raconte-t-elle : « Quand ils le prennent ou que je dois l'éteindre, ça me manque fort, c'est même la pire chose qu'on peut me faire. J'ai l'impression que je ne sais pas ce qui se passe. »

« G px alé dorm ché toi ! »

Dans l'étude Le langage SMS (Presses universitaires de Louvain), Cédrick Fairon, Jean René Klein et Sébastien Paumier, chercheurs de l'UCL, ont « refusé de se fier aux intuitions ». Pour étudier ce langage particulier, ils ont puisé dans une gigantesque base de données de 75 000 SMS authentiques récoltés grâce au projet Faites don de vos SMS à la science. Les auteurs réfutent la vision simpliste qui consisterait à faire croire que le SMS est une menace sur l'orthographe. Selon eux, les langages SMS sont multiples et variés, autant que les utilisateurs. Les SMS permettent même « d'inventer de nouveaux mots », de « se réapproprier la langue ». Même si ces courts textes posent la question « d'une norme minimale compréhensible », les ‘SMSeurs’, aux yeux des chercheurs, sont aussi des « poètes et des inventeurs de la langue ».
Certains extraits sont tantôt amusants, tantôt déconcertants. Florilège... avec traduction :

  • « Bb, Mon pér il a di ke g px alé dorm ché toi ! » (Bébé mon père il a dit que je peux aller dormir chez toi).
  • « Salut émi c léo ??? Ben seb ma filé ton num ms chui pas sur kc lbon dc si tc me rép pr mdire si c B1TOI » (Salut Émi, c'est Léo. Seb m'a filé ton numéro mais je ne suis pas sûr que c'est le bon, donc si tu sais me répondre pour me dire si c'est bien toi).
  • « Avis à l'unité (???,.nom). Codage du message erroné. Suivre procédure 'les chicons sont garnis'. Over. A vous, bande de nains. » (Pas de traduction).
  • « Waah putain je déprime ! Je vais me suicider du haut du vide. »

Cédric Vallet

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