12/15 ans

Mutisme sélectif : sortir du silence

Le mutisme sélectif est un trouble de l’enfance et de l’adolescence qui touche près de 1 enfant sur 150 dans le monde. Ils ne sont pas butés, ils ne sont pas capricieux : hypersensibles et paralysés par la peur, les enfants qui en sont atteints sont incapables de s’exprimer en dehors de la maison. Découverte de ce trouble mystérieux et handicapant qui nuit à la communication.

Mutisme sélectif : sortir du silence

Ils ont tous deux les cheveux bouclés. Une petite bouille qui sent encore la collation de 16 heures. Les mêmes yeux légèrement bridés et une incisive de travers qui leur encanaille le sourire. Normal, « ils » ne font qu’un : Vincent, 13 ans et demi, fan de basket. Mais le Vincent de la maison - une vraie pipelette - se raidit dès qu’il approche de l’école. Son visage devient impassible. Et lorsqu’il entre en classe, il ne s’exprime plus. D’ailleurs, son professeur ne l’entendra pas de la journée : Vincent souffre de mutisme sélectif (MS), il restera muet toute la journée.

Ni timides, ni impolis

« Tu ne dis jamais rien ? », « Tu as avalé ta langue ? ». Ça, c’était quand Vincent était plus petit. Aujourd’hui, les autres parlent toujours à sa place, pour expliquer qu’il est « super timide » ou qu’il « s’en fiche ». Certains profs le trouvent arrogant et assez mal élevé : en aucun cas il n’ouvre la bouche, même quand ils s’adressent directement à lui. Et comme il a plutôt de bonnes notes, c’est bien la preuve qu’il aurait décidé de ne pas participer !

Volubile à la maison, muet à l’école : un véritable casse-tête souvent incompris

Malheureusement, ce problème le suit depuis de nombreuses années : par manque d’informations et de connaissance, Vincent n’a pas reçu d’aide adéquate et a été en proie à des pressions de toutes sortes pour le faire parler. Au contraire, son mutisme s’est renforcé, il a perdu confiance en lui, personne n’était en mesure de comprendre ses difficultés. Surtout qu’à la maison, tout se passe bien, il est volubile et blagueur : il a toujours été apte à parler dans les situations où il se sentait à l’aise.

Combattre les idées reçues

Le terme est assez récent : les recherches ont surtout été menées aux États-Unis et au Canada, ce n’est que dans les années 1990 que le mutisme sélectif a été reconnu. Trop rapidement, certains ont cherché les racines du trouble dans d’éventuels traumatismes, mauvais traitements ou abus que l’enfant aurait pu subir. On l’assimile parfois à l’autisme, de façon erronée. Des croyances qui perdurent alors qu’elles ont fait l’objet d’études et ont été écartées : le mutisme sélectif est une véritable phobie.
Imaginez que vous ayez peur des araignées et que l’on vous oblige à en prendre dans la main : l’angoisse ! C’est ce que ressentent ces enfants dès qu’ils sont en situation d’interagir socialement, en dehors du cocon sécurisant de la maison. Ne pas parler leur permet de réduire l’anxiété qu’ils ressentent, un contrôle qui leur demande beaucoup d’énergie. Et plus le temps passe, plus le comportement sera difficile à désapprendre. Il faut avant tout comprendre et reconnaître le caractère involontaire du MS.

Des solutions existent

Chantages, négociations, énervements, rien n’y fait : l’enfant ne sait pas lui-même pourquoi il se sent si anxieux. Valérie Marschall est la présidente de l’association Ouvrir la Voix, qui informe et vient en aide aux familles. Maman d’un enfant qui a souffert de MS, elle a analysé pendant des années les recherches menées dans le monde anglo-saxon, qui a reconnu plus tôt la pathologie. Elle propose une méthode très simple de prise en charge en milieu scolaire.
« Chez la personne anxieuse, le cerveau est habitué à réagir de façon anxieuse : c’est la réponse qu’il privilégie face à des situations qu’il perçoit comme stressantes. Les enfants atteints de MS sont hypersensibles. Si l’école prévoit une sortie scolaire, l’enfant anxieux va imaginer le pire, par exemple que le bus pourrait avoir un accident. Il angoisse, il ne se sent pas bien. Il demandera à pouvoir rester à la maison. Quant aux enfants plus âgés, c’est pire encore : ils ont subi des années de réactions inadéquates de la part de leur entourage, ce qui a renforcé et ancré le mutisme. Ne pas parler est devenu une habitude. »

Assimilé erronément à l’autisme, le mutisme sélectif est en réalité une véritable phobie

Le premier réflexe est d’aller consulter : les parents sont démunis, les enseignants dépassés, les médecins et les spécialistes peu informés. « Bien sûr, les troubles liés à l’anxiété peuvent être traités, rassure Valérie Marschall. Nous avons développé un kit scolaire, un programme d’introduction de la parole en milieu scolaire. Pour mieux soutenir un enfant souffrant de MS, parents et enseignants vont jouer un rôle essentiel. Tout d’abord en comprenant et en acceptant son ressenti : il est vraiment bloqué, il ne le fait pas exprès, il subit la situation. Les parents sont les meilleurs alliés, d’ailleurs beaucoup d’entre eux reconnaissent cette anxiété qui les a affectés ou qui continue à leur pourrir la vie. Mieux informée, l’école pourra accepter des alternatives pour les présentations de travaux ou les examens oraux, par exemple. Mieux vaut agir au plus vite, dès la petite enfance de préférence ».
En rassurant et en augmentant la confiance de votre enfant, vous pourrez l’accompagner progressivement dans des situations où il aura la sensation « d’y être parvenu ». Enfin, reconnaître les moindres améliorations, aussi minimes semblent-elles, et ne pas se décourager à sa place : oui, il s’en sortira, patience !

Trouble diagnostiqué tardivement

Non, ça ne passe pas tout seul. Avec votre grand ado, l’aide à apporter sera donc différente. C’est une période délicate, caractérisée par les bouleversements hormonaux et la construction de la personnalité. Il a probablement subi énormément de pressions, récolté de mauvaises notes, perdu confiance en lui, développé une image négative de lui-même.
Il est sans doute moins avancé en termes de compétences sociale que ses camarades du même âge, même s’il a appris à la longue à masquer les signes extérieurs de son anxiété (il semble cool, relax). Le mutisme est devenu plus résistant, il lui faut un programme d’aide ciblé, des accommodements qui lui demandent d’être impliqué de façon active et d’exercer un contrôle sur sa thérapie.

► L’aider à maintenir des liens sociaux et amicaux : cette période de bouleversements peut être encore plus mal vécue.
► L’encourager à profiter des changements comme le choix d’une nouvelle orientation, d’un changement d’établissement : on remarque que les enfants plus âgés sont plus enclins à parler à des étrangers qui ne connaissent pas leur histoire, leur passé de MS, qui ne portent pas de jugement.
► Promouvoir l’estime de lui-même : être reconnu et reconnaître sa propre valeur, qu’il puisse considérer le MS comme un élément dont il souffre (comme une allergie) et non comme étant constitutif de sa personne.
► Outre les thérapies comportementales et les techniques de relaxation, il se peut que le recours à la médication soit envisagé en parallèle.
► Et encore : y aller progressivement et l’encourager, toujours…

Aya Kasasa

En pratique

Je pense que mon enfant souffre de MS : que faire ?

Rassurez-vous : les thérapies comportementales sont efficaces. Ne forcez rien, mais devenez incollable sur la question car vous serez le vecteur de communication privilégié !

  • Stratégies comportementales : vous exposez graduellement votre enfant à des situations sociales dans les lieux publics ou à l’école, sans le pousser ni l’accabler. Exemple : le Programme d’introduction de la parole en milieu scolaire (Kit école, gratuit).Le principe : Il faut que l’aide soit mise en place sur le terrain. Rapprochez-vous de l’école et du PMS. Dans son rôle de facilitateur, le parent applique des techniques de désensibilisation, d’exposition graduelle et d’introduction progressive de la parole vers le lieu anxiogène. Il s’agit de passer un peu de temps régulièrement en classe avec votre enfant, et de l’encourager à y prendre la parole, d’abord seul avec vous, puis en présence de tiers, camarades et enseignant. Plus d’infos : www.ouvrirlavoix.sitego.fr - +33 369/19 02 16.
     
  • Stratégies cognitivo-comportementales : vous aidez votre enfant à maîtriser son anxiété. Tentez l’EFT (Emotional Freedom Technic). Le principe : c’est une forme d’« acupuncture émotionnelle » que les enfants peuvent pratiquer eux-mêmes. « Tout en verbalisant leur ressenti, ils apprennent à stimuler certains points du visage ou de la main en les tapotant du bout des doigts », explique Carole Bloch, coach parental et thérapeute. Plus d’infos : www.gran-dire.be - 0476/321 784.
     
  • Traitements médicamenteux : vous avez tout tenté, rien n’y fait. Dans les cas extrêmes, des antidépresseurs peuvent aider à réduire l’anxiété. Ils seront strictement prescrits par votre médecin de famille, un pédiatre ou un psychiatre. Ils seront utilisés avec la plus grande prudence chez l’enfant mutique, et certainement pas en première intention.

À lire

  • Comprendre le mutisme sélectif, Élisa Shipon-Blum, Édition Chronique Sociale.
  • Aider son enfant à surmonter le mutisme sélectif, Angela McHolm, Édition Chronique Sociale.

Des parents en parlent…

Jusqu’à la déscolarisation

« Ma fille Élisa a 20 ans aujourd’hui. Elle a été diagnostiquée MS seulement à 17 ans. Depuis son entrée en maternelle jusqu’à ce que l’on puisse nommer et expliquer son trouble, nous avons vécu dans les affres d’un parcours en dents de scie, en passant par la déscolarisation. Je n’ai pas trouvé de thérapeute en mesure de l’aider. C’est difficile de voir souffrir son enfant. »
Maryse

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