Vie de parent

Noël-Nouvel An, c'est vous qui en parlez... 1/2

Noël-Nouvel An, c'est vous qui en parlez... 1/2

À 3 pour 3 fois rien

Violaine, webmaster, maman d’une fille de 6 mois

« Nous sommes travailleurs indépendants tous les deux et avons un peu de mal à nous remettre de la naissance de notre fille, niveau fatigue et niveau financier. Nous passons les fêtes tous les trois. Noël et jour de l’An. On ne va pas déprimer pour autant, surtout en ces temps où le malheur a frappé des familles entières pas loin de chez nous. Nous allons cuisiner des spécialités que l’on n’aurait jamais imaginé manger. On met le doigt sur une mappemonde, on tombe sur des destinations qui font rêver. Les Philippines. Quels mets ? L’adobo, un ragoût de viande à l’ail, à la sauce soja et au vinaigre, servi avec du riz vapeur. Niveau déco, c’est pareil, on regarde tout ce qu’on a sous la main. Des bouchons de vin ? On en fait un calendrier de l’Avent en forme de chalet. Une échelle en bois, des guirlandes lumineuses ? O.K., on improvise un sapin avec. T’as un air de fête original qui fait pas trop manouche ! »

Nous serons 9 + 8

Mireille Pauluis, psychologue et grand-mère de huit petits-enfants

« Surtout, n’arrêtons pas de vivre après les attentats de Paris et notre capitale en alerte 4. Faisons la fête comme on l’a toujours fait, avec une pensée pour les familles endeuillées qui ne pourront qu’avoir de tristes Noël et Nouvel An. La fête est salutaire, elle nous fait prendre du recul, nous aide à poser un regard moins émotionnel sur cette sombre actualité. La fête permet aussi de retrouver l’autre autrement, de permettre la réconciliation… D’accord, il y a les tensions familiales autour de la bûche. Normal, la fête n’est plus la fête si elle est imposée. C’est pour éviter ce caractère obligatoire que nous organisons un Noël décalé. Mi-décembre, nous invitons enfants et petits-enfants. Une manière de ne pas les encombrer aux dates où chacun doit se trouver dans la famille de l’autre. Une fête, cela doit être léger. Cette année, les enfants ont choisi un thème : ‘Le sapin, c’est moi’. Je ne sais pas sous quelle forme ils vont arriver. Moi, je vais me mettre sur mon 31 et… m’enguirlander ! »

1/2 + 1/2 = moment bof

Eddy, ouvrier spécialisé, papa de Matisse, 7 ans

« Matisse et moi, nous rejoignons mes parents et ma cousine divorcée qui vit seule avec sa fille de 8 ans. Deux demi-familles autour de la table. Ça va être un horrible moment. Ma cousine vient juste de se séparer de son homme. On se fait des cadeaux génériques où chacun tire au sort. Donc je vais repartir avec un plateau de fromage et Matisse avec des serviettes de bain… De toute façon, on n’a pas le cœur en fête, Matisse va dans une école juste à côté de la Commission européenne qui est sous haute surveillance. Les militaires, les tanks, les horaires débiles. Il ressent très nettement la pression. Hein, Matisse ? »
Matisse ne l’écoute pas vraiment, il répond juste par : « Le pire dans tout ça, c’est surtout ma cousine ». Eddy complète : « Ah oui, il l’appelle la Viking. Elle ne parle pas, elle mugit ».

2 semaines d’amour

Sarah, syndicaliste, maman de trois enfants de 4, 7 et 10 ans

« Cette année, on fait la fête chez nous, à Bruxelles, pour plusieurs raisons. La première, elle est politique. On n’est pas paralysé par la peur. On veut montrer à notre famille qui vient de partout ailleurs que l’on vit encore bien dans la capitale. On va surcharger la maison de déco. Je veux des cœurs partout sur les murs, sur les sapins, sur la table, aux fenêtres. On va ouvrir grand les portes à la famille, aux amis. On va faire des buffets avec des boulettes en tous genres. Des choses rondes à manger en permanence. Il faut qu’il y ait du mouvement. J’ai prévu des petits cadeaux faits maison de manière à ce que chaque personne qui passe reparte avec un petit truc. Des petites peluches, des petits monstres en tissu ou en laine, des douceurs, quoi. Je veux des fêtes tendres, faites d’amour. On arrête les discussions géopolitiques. On coupe l’ordi, la tablette, si ce n’est pour regarder des films ensemble. On va parler de paix, se balader. À la fin des vacances, on se sera remusclé l’esprit et le cœur. »

½ Noël

Isabelle, aide-soignante, deux enfants de 2 mois et 6 ans

« Quand je suis de garde le 24 décembre, j’ai mal au cœur, mais le 25, c’est pas mieux ! Je pars à 6h30 et je loupe la distribution des cadeaux le matin. Alors, on l’organise selon mes horaires. Papa Noël est souple ! Cette année, c’est un demi-réveillon puisque je rentre le 24 vers 22h. Mes enfants et mon mari auront déjà pris l’apéro et la petite entrée. Moi, j’aurai trinqué avec les patients à qui on offre un petit repas de Noël. Pas question ni pour eux ni pour moi de ne pas faire la fête ! »

1er Noël dans le désert

Aïcha, institutrice, maman d’une fille de 12 ans

« Habituellement, Noël se résume aux lectures, à l’impatience palpable des petits à l’école. J’ai été élevée dans une culture totalement laïque. Mais cette année, pour faire retomber la terrible pression que l’on a subie au sein de l’école et les mesures de sécurité musclées, je veux marquer le coup. J’emmène mes proches - fille, mari, mère, sœur et nièce - dans le désert des Bardenas Reales en Espagne, au sud de la Navarre. Habituellement, on ne fait rien. Là, je veux de l’inédit. Une sorte de voyage initiatique, au milieu de rien, qui nous vide. Je reconnais que je le fais aussi parce que j’ai peur. Je veux être loin de la ville, loin de l’agitation. Au programme : petits cadeaux (c’est une première), balade, feux de camp, moto, cheval. Pas de sirènes, pas de pétards, pas de foule, on va se reposer l’esprit. »

4 + mon ex

Marie, institutrice, maman solo de deux ados de plus de 15 ans

« Paix aux hommes de bonne volonté, dit habituellement mon plus jeune fils sur un ton ironique, pour inaugurer le réveillon de Noël. Les années précédentes, ce message était lancé au petit monde - toujours le même - autour de la table : les frères, la copine de l’aîné et le père, mon ex. Aujourd’hui, elle tombe à pic ! Cela n’empêchera pas que si Noël, c’est la trêve, c’est aussi la soirée de tous les dangers. On fait comme si… tout en évitant les écueils qui pourraient faire mal. Si on pouvait, on ne parlerait que de météo ! En vous racontant tout cela, je me demande pourquoi on fait encore la fête ? Parce que les enfants rêvent encore et toujours que leurs parents se remettent ensemble un jour. Ah, ce fantasme de recoller les morceaux ! »

12 comme les apôtres

Maryvonne, bibliothécaire, trois enfants et grand-mère d’une petite-fille

« Nous sommes catholiques et notre foi est plus forte que l’angoisse. Noël est une fête importante. Plus que la Saint-Nicolas, plus que le Nouvel An. Nous perpétuons les traditions familiales. Tout commence par la messe de Minuit. Les petits partent sur les traces du père Noël, le temps que les grands installent les cadeaux au pied du sapin. À minuit, on met le petit Jésus dans la crèche. On déballe, on mange. Au menu : entrée de foie gras, cuissot de chevreuil, purée de marron, bûche. Le lendemain, huîtres et chapon. Imaginez la ripaille ! Cette année, on est douze à table. On digère jusqu’au premier de l’An où nous serons moins nombreux cette année, puisque nous invitons juste un couple d’amis. »

60 watts, ça suffit !

Jonathan, employé, papa de deux petits de 6 et 8 ans

« Je me souviens du passage à l’an 2000. Mon cousin nous a amené deux mille bougies. Une belle idée, un peu folle c’est vrai. Les allumer a été un travail de forçat. Il faut dire que nous étions au cœur des Pyrénées, dans un paysage enneigé. Avec ces bougies sous-plat, c’était magique. Bon d’accord, à l’heure de la COP21, deux mille et seize coupelles en alu, c’est pas très malin ! Et puis, est-ce qu’on a vraiment envie de ça avec cette menace terroriste ? Moi, j’ai plutôt envie d’éteindre toutes les lumières. Couvre-feu ! »

(NDLR : impossible pour le Ligueur d’encourager l’idée très poétique des deux mille bougies trop dangereuses d’autant plus que peu d’entre nous auront la chance de se retrouver au cœur d’une nature enneigée !)

6 comme d’hab !

Inès, conseillère juridique, deux enfants, grand-mère d’un petit de 3 ans

Pour les fêtes, les chômeurs et exclus sociaux que je reçois n’ont pas vraiment la tête à ça. Et les attentats, la mobilisation militaire et policière ne font qu’amplifier les choses. Les gens ont peur. Alors, Noël et les paillettes de la nouvelle année, vous comprenez… Moi, je ferai la fête, d’autant plus que c’est tout ça que les terroristes veulent faire taire. Mais je ne veux pas me laisser aller à consommer sans compter. Je ne veux pas m’enivrer d’achats pour oublier. Donc, on sera six comme d’hab… avec des petits, tout petits cadeaux autour du sapin. »

Du 24 au 25

Noël, artisan, et des millions de petits-enfants

« Pour moi, le travail est une fête. Cette année, j’ai décidé de redoubler d’effort, ma famille n’a pas eu une année facile. Je vais les gâter. Pas forcément avec des biens matériels. Non, je vais essayer de provoquer un ensemble de petites choses qui va réveiller la magie du monde. La beauté d’un instant. Une pause onctueuse. Je mets les bouchées doubles. J’espère simplement que chacun saura en saisir l’éclat, si infime soit-il. »

2016 en solo

Sébastien, journaliste, papa de deux enfants de 8 mois et 2 ans

« Je bosse dans la presse quotidienne et, bien sûr, il faut toujours des personnes pour faire de la veille. Même pendant les fêtes, l’actualité ne s’arrête pas ! Je reste à Bruxelles, je vais suivre les policiers, les pompiers, les secouristes… tout l’envers du décor, quoi. Quand vous trinquerez avec vos proches, je serai derrière un ordinateur ou dans une ambulance. Je suis assez triste de fêter 2016 sans ma famille, c’est sûr, mais d’un autre côté, j’aime bien cette prise directe avec la réalité. Et ça ne m’empêche pas de passer à l’improviste chez des amis ou de la famille entre deux missions, claquer une bise, manger un petit truc et repartir. Et puis, ce qui me fait tenir, c’est que je sais que l’on fêtera ça avec ma femme et mes enfants. Un petit réveillon, rien qu’à nous. »

Stéphanie Grofils, Myriam Katz et Yves-Marie Vilain-Lepage

Bonnes idées à partager

Un thème pour la fête

Pourquoi ne pas chercher ensemble, comme la famille Pauluis, un thème pour animer la soirée. Un bon truc pour ne pas laisser la place aux tensions familiales qui peuvent toujours surgir autour de la table.

Un repas à quatre, six ou huit mains 

Qui dit que les relations entre belles-mères et belles-filles sont toujours mauvaises ? Plutôt qu’apporter chacune son plat, Inès et sa belle-fille ont décidé de préparer le repas de réveillon ensemble. L’entrée pour l’une, le plat de résistance pour l’autre, le dessert pour le beau-père et les petits-enfants… Chacun mène sa tâche dans la même cuisine. Et la fête démarre dès 14h !

Papa Noël côté intime

Juste avant l’heure des cadeaux, racontez à vos petits l’histoire du père Noël. Rappelez-leur qu’il n’a rien à voir avec Coca-Cola, qu’il est né en Laponie, à Rovaniemi, et aime les cookies au chocolat blanc. Des albums pour les faire rêver : Les Noëls d'Ernest et Célestine, de Gabrielle Vincent, Casterman (dès 3 ans) ; La robe de Noël, de Satomi Ichikawa, L’École des Loisirs (dès 4 ans) ; La trêve de Noël, de Michael Morpurgo, Gallimard (8-12 ans).