Vie de parent

Noël-Nouvel An, c'est vous qui en parlez... 2/2

Noël-Nouvel An, c'est vous qui en parlez... 2/2

En blocus le 24

Amandine, étudiante, maman d'Elliot, 2 ans

« Tout en gardant mon mi-temps, j'ai repris des études cette année, j’ai donc la tête dans les syllabus. Je serai donc en blocus pendant les fêtes, mais je tiens à fêter Noël en famille. On reçoit donc tout le monde le 24, mais je ne prépare rien. C'est mon compagnon qui organise tout avec ma sœur. Toute la famille s'y mettra pour les préparatifs, les plats, la déco, pendant que j'étudierai en haut. Je descendrai quand tout le monde sera arrivé pour l'apéro, le repas et la remise des cadeaux, bien sûr (rires). Et j'irai me coucher pas trop tard pour être d'attaque le lendemain. »

Après le 13/11

Marco Martiniello, anthropologue, une fille de 17 ans

« Il peut être très salutaire de ne pas changer ses habitudes, de faire la fête si on a l’habitude de fêter Noël et de ne rien faire si on ne célèbre pas ces événements. Mais faire la fête peut être une manière de répondre au terrorisme : on s’encourage à vivre des moments de réjouissance collective dans une période douloureuse. Ça ne veut pas dire qu’on ne pense pas à ceux qui souffrent. On peut faire la fête comme on peut souffrir ensemble. Les problèmes sur la Terre ne datent pas du 13 novembre. Les fêtes de fin d’année peuvent aussi être des moments de réflexion, de bilan pour partir d’un meilleur pied l’an prochain. Qu’on soit chrétien ou pas, c’est un moment où chacun peut s’y retrouver. On peut aller vers l’autre quelle que soit sa foi ou sa culture. Je crois qu’on peut encore vivre ensemble, dans le respect mutuel. C’est très important en cette période où beaucoup est fait pour nous diviser, de montrer plein de choses positives et de résister à la tentation de rejeter ceux qui sont perçus comme les responsables de ce qui se passe. »

Le moral à 0

Estelle, sans emploi, maman solo d’une fille de 5 ans

« Entre Daesh, la peur et, en ce qui me concerne, l’obsession de trouver du boulot, je n’ai pas le cœur à la fête. Je m’y oblige pour ma fille. Nous tâcherons de rendre visite aux quelques amis qui seront disponibles ce jour-là. Elle ne sera pas autour d’une grande table avec sa famille. Pas d’argent, ça veut dire : pas de déplacement, pas de cadeaux, pas de moyens, donc pas de fêtes. Puis on n’a pas envie de se montrer aux autres avec le moral à zéro. Le soir du réveillon, je vais emmener ma fille à la messe. Parce que ça me remonte le moral depuis que je suis gamine et qu’elle adore ça. Après, nous irons voir un dessin animé de son choix. Nous mangerons une bricole sur la route, elle ouvrira son cadeau le matin. La difficulté, c’est de justifier pourquoi papa Noël ne va pas la gâter. L’an prochain, ce sera mieux, c’est l’objectif que je me suis fixé. »

L’an 1

Bernard Feltz, philosophe à l’UCL, père de cinq enfants

« Le contexte est difficile, mais il ne faut pas l’exagérer. Ce qui change, c’est que depuis soixante ans, on vit en paix et on fait la guerre par pays interposés. Et lorsque ça arrive chez nous, la secousse est la même qu’en 2001 lorsque les tours se sont effondrées. Les temps sont moroses, certes. Mais à quelle époque auriez-vous aimé vivre ? Nous avons peut-être la chance de vivre une période de transition. Pour la première fois, l’humanité a la possibilité de se prendre en main. Nous tendons à une évolution réfléchie. Bien sûr, lorsque l’on traverse des turbulences comme les attentats, les radicalisations, la COP21, etc., on a l’impression que tout est foutu. Mes enfants sont grands, ils traversent les affres de la trentaine, c’est-à-dire, que s’ils n’ont pas de boulot, ils broient du noir, mais globalement ils n’incarnent pas une génération sans espoir. Nous avons fêté la Saint-Nicolas ensemble, comme nous fêterons Noël et le premier de l’An. Nous n’aimons pas l’idée de fêtes qui ne peuvent se passer que dans des moments où tout va bien. C’est impensable. La fête, ça veut dire que l’on croit en l’avenir. »

Naître le 24

Natacha, commerciale, enceinte de 8 mois et demi

« L’actualité ? Je dois accoucher d’une petite fille le 23 décembre et je vous avoue que je n’y pense pas trop. On ne prévoit rien pour Noël. Ce sera l’impro. Et si elle vient plus tôt, on fera ça chez nous, avec ma mère et son compagnon, mes deux sœurs qui sont revenues de l’étranger pour l’occasion et la mère de Hugues, mon compagnon. Si elle arrive à Noël, on commandera des pizzas à la maternité. Tant pis. Ce serait bien qu’elle arrive avant, car Hugues ne dormira pas avec moi à la maternité. Il a besoin de confort. Donc, si elle arrive le 24, je passerai le soir de Noël avec ma petite poulette. Ce sera quand même un super Noël. Mais j’espère quand même qu’elle viendra avant… » 

10 fois au lit

Jeanne, enseignante, maman de Léa, 2 ans, et d’Élise, 4 ans

« Je ne sortirai pas le 31. Pas spécialement par choix. Je n’ai pas de baby-sitter car mes parents, mon frère et ma sœur sortent. Je n’ai pas envie de les confier à quelqu’un que je ne connais pas, ni de débarquer dans un endroit qu’elles ne connaissent pas. Elles ne s’endorment pas facilement à l’extérieur. Elles vont chipoter. Je vais devoir manger avec elles sur les genoux. Je n’ai pas envie de les mettre dix fois au lit, ni de les laisser si elles ne sont pas bien. Je ne serai pas détendue. Je n’en profiterai pas. Ou alors je dois tout emporter pour qu’elles soient bien : leur lit de voyage, leur matelas, leur sac de couchage… Ça n’en vaut pas la peine pour une soirée du réveillon qui n’est pas une date importante pour moi. Peut-être dois-je me rassurer en cette période troublée ? Peut-être… »

3, 2, 1… temps mort

Blanche Leider, sociologue de la famille asociée à l’UCL

« Les crises et la famille en période de fêtes ? Ça passe ou ça casse ! On peut resserrer les liens, compter les uns sur les autres, les rapports peuvent s’intensifier ou l’inverse. On montre ce que l’on est l’un pour l’autre. Le rôle de la famille va servir de filet de sécurité. Moi-même, au moment de l’alerte niveau 4, j’ai appelé ma maman pour savoir comment elle vivait tout ça. C’est aussi une période où l’on pose ses valises. On prend le temps. On ne reporte pas comme on peut le faire tout le reste de l’année. La ritualisation de ce moment est essentielle. L’échange de cadeaux, que l’on appelle le don généralisé : la tante fait un cadeau au fils qui en fait un à bonne-maman, etc. On est tous en lien, et ça fait du bien. À titre personnel, je n’associe pas ces fêtes aux attentats, aux alertes, etc. Mais à y réfléchir, je me rends compte que dans ma famille, on s’y prend plus tard cette année. On ne sait pas encore chez qui va se dérouler Noël ou le jour de l’An, on n’a pas tiré les cacahuètes pour les cadeaux. Le choc a provoqué un temps suspendu. En général, il n’y a pas d’actualité à ce moment de l’année, les médias nous plongent dans une ambiance de fête. Ce qui n’est pas le cas cette année, peut-être que ça contribue beaucoup à la morosité du moment aussi ? »

2 bonnes raisons

Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation

« C’est une question de pulsion de vie. Chacun fera la fête différemment. Dans notre quotidien, la fin d’année est une période incontournable. Tout est fait pour qu’on fasse la fête. C’est aussi une période de renouveau : les résolutions, tous les nouveaux défis qu’on se donne… Ces évènements terrifiants auraient été encore plus lourds s’ils étaient arrivés dans une autre période de l’année. Ma grande inquiétude, c’est que, aujourd’hui, aller dans les galeries commerçantes fait peur. Alors qu’avant, on avait peur de laisser sa carte de crédit sur le web, on achète maintenant de plus en plus sur internet. Il y a sans doute un double mouvement. Les difficultés financières et la possibilité de trouver les meilleurs prix jouent également un rôle. Quant au marché de Noël, il est devenu angoissant. Le niveau de sécurité est relevé, mais l’ambiance festive et d’insouciance s’évapore. On va faire la fête autrement : un apéro business mais dans la société, une soirée entre amis mais à la maison. On peut aussi vouloir maintenir la tradition ou y aller en acte militant et savourer encore plus cette liberté. On maintient alors ses habitudes de vie mais avec le sentiment de prendre un risque, même très calculé. On évite ainsi le double risque, de la consommation et de l’insécurité. Deux bonnes raisons de ne pas sortir. »

Un 3e en route

Renaud, écrivain, père de (presque) trois enfants

« On fera probablement Noël à trois, car Édouard et Jeanne seront chez leurs grands-parents. Et… euh… on ne sait pas, en fait, si on sera deux ou trois. Ni si on sera à la maison ou à la maternité. C’est l’inconnu. Le 1er de l’An, on sera entre nous, à cinq. Faut pas déconner, Bébé sera arrivé (rires). Et peut-être que ma belle-sœur reviendra de l’étranger. Ce sera comme un Nouvel An avec un bébé de quelques jours : dans la tranquillité du foyer familial. Par rapport aux attentats, ce serait idiot de tomber dans la paranoïa. La naissance prend le dessus sur le reste et il paraît que c’est un événement joyeux (rire). Donc, ces événements ne seront pas loin d’être oubliés. Ça fera un sujet de conversation, tout au plus. Les enfants sont loin de ça et Noël, c’est avant tout pour eux. »

16 novembre

Julie, employée, maman de Margaux, 1 mois

« On fait souvent Noël chez ma mère ou ma belle-mère. Ici, ce sera chez nous et elles feront les courses et vont chacune cuisiner l’après-midi. J’ai lancé l’idée et tout le monde était très enthousiaste. Je n’ai pas envie de tout déménager. Et j’allaite Margaux. Je ne sais pas comment elle va évoluer, si elle dormira plus. C’est plus pratique pour nous. Moi, je ferai une salade, des trucs pas compliqués et je prévoirai la déco. Au Nouvel An, on ne fera rien. On restera à trois. D’habitude, on le fête avec des amis mais, ici, on n’a pas envie de sortir, ni de la trimballer. Ça n’a rien à voir avec les attentats. Elle est née juste avant et elle nous a fait oublier que le monde tournait autour de nous. On a juste envie de profiter d’elle. »

Stéphanie Grofils, Myriam Katz et Yves-Marie Vilain-Lepage

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