Vie de parent

Nous sommes tous homos

Cela passe par des petites phrases, humoristiques parfois. Les enfants et les parents homosexuels sont encore trop souvent victimes de discriminations. En cette journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie, chacun doit veiller à ne pas véhiculer de stéréotypes de genre. Le bien-être de chacun de nous en dépend.

Nous sommes tous homos

En ce printemps 2016, la Ligue des familles fête un anniversaire : depuis dix ans, l'association reconnaît et défend l'homoparentalité. Oui, la famille a beaucoup évolué en peu de temps. La famille, ce n'est plus papa-maman-enfant1-enfant2. On en est bien loin.
Aujourd'hui, un enfant peut aussi avoir un demi-frère, une demi-soeur, vivre chez papa une semaine et chez maman la suivante. Un enfant peut aussi avoir deux mamans ou deux papas. Des parcours de vie qui font aujourd’hui partie de notre société, au coeur de laquelle évolue l'enfant.
« Nous ne ratons pas l’éducation de nos enfants en respectant leur identité sexuelle, nous la réussissons en respectant leurs droits, explique Bernard De Vos, le Délégué général aux droits de l’enfant. Nous devons admettre que le bien de nos enfants ne dépend pas de nos rêves ou de nos espoirs, mais de notre capacité à soutenir le projet qu’ils défendent pour réussir leur vie en affirmant leur personnalité ou leur identité, aussi sexuelle. Nos enfants ne s’éloignent pas de nous quand ils prennent un chemin différent de celui que nous avions espéré. Nous nous rapprochons d’eux lorsque nous les accompagnons sur la voie qu’ils empruntent. »

Des relations « contre-nature »

Malheureusement, les homosexuels ou les enfants de parents homos souffrent encore trop souvent de stéréotypes, préjugés ou petites phrases assassines. Aujourd’hui, près de la moitié des Belges considèrent encore que « les relations homosexuelles ne sont pas naturelles », selon une enquête iVox.
Pour 1 personne sur 4, elles sont même « contre-nature ». Et 12 % des Belges sont toujours gênés de voir deux hommes qui se tiennent par la main dans la rue. Ce chiffre monte à 38 % face à un couple qui s'embrasse. Des chiffres consternants, alors que, en Belgique, l'homosexualité n'est plus un délit depuis 1972 et que les gays et les lesbiennes ont le droit de se marier depuis 2003.
À l'école, les adolescents homos subissent encore de lourdes violences verbales. « J’ai entendu des phrases comme ‘Tu n’es qu’une catin' ou 'Tu n’as qu’à crever’. On m’a aussi brûlé les cheveux », raconte Madison, 16 ans, dans les colonnes de la DH. « Oui, il y avait plein de remarques, j’étais jugée, rabaissée et insultée », témoigne à son tour sa soeur Stéphanie.

S'attaquer aux discriminations

En cette journée de lutte contre l'homophobie et la transphobie, les associations Ex Aequo et AIDES expliquent que le traitement de l'homophobie est un enjeu majeur de santé publique. Pour elles, les discriminations, contrairement aux idées conservatrices reçues, poussent à l'exclusion et la prise de risques.
« Depuis plus de trente ans, la stigmatisation et la pénalisation de l'homosexualité font le lit de l'épidémie de VIH. S'attaquer aux discriminations individuelles et à la criminalisation de l'homosexualité encore en vigueur dans plus de septante pays, c'est permettre à des millions de personnes de vivre pleinement leur identité. C'est aussi leur garantir un réel accès aux soins et à la prévention. »

La tolérance commence à la maison

Pour le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), les séries télévisées et les programmes d’information font de plus en plus de place à l’homosexualité. Par contre, la libre antenne radio, média privilégié des adolescents, véhicule encore des propos « extrêmement stéréotypés, voire haineux ou homophobes, et l’insulte y est courante », selon son étude parue en 2013. Le CSA cible également l’humour qui touche à l’homosexualité : « Très souvent, c’est comme cible et non comme complice que l’homosexuel est associé à la plaisanterie, dont le ressort est la différence ».
Alors, en tant que parent et citoyen, chacun a un rôle à jouer, au quotidien, pour faire en sorte de ne pas véhiculer des stéréotypes et images dégradants sur l'homosexualité. Pour son bien-être à lui, peut-être (plus tard ou dès à présent), ou celui de l'un ou l'autre de ses camarades de cours, de jeux, de club sportif... qui ont des parents homos ou qui sont homosexuels. Le respect de l’identité sexuelle est crucial. Il est aussi un droit de l’enfant.

Stéphanie Grofils

En savoir +

  • L'association Ex Aequo présente régulièrement des outils de sensibilisation destinés aux jeunes homosexuels et à leurs parents.
  • Tels Quels et la Ligue des familles ont noué récemment un partenariat, notamment pour se pencher sur la question de la diversité des familles. Des rencontres sur ce sujet sont oraganisés les lundis 6 et 27 juin, chez Tels Quels (rue Haute, 46-48 à 1000 Bruxelles). Si vous souhaitez participer, contactez Héloïse Vandermeeresch, chargée de projet à la Ligue des familles.
    Tels Quels organise également des journées de rencontres et de jeux "Les familles de l'arc-en-ciel". La prochaine aura lieu dimanche 26 juin de 15h à 18h au parc Malou (Wolule-Saint-Lambert)

 

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