Vie de parent

Nouvelles pistes…

Il fait gris dehors ? Et alors ? Avec Bruxelles en piste, on se réchauffe auprès des compagnies de la capitale, on réveille nos soirées. Depuis le mois de mars 2018, dans le cadre de focusCircus, pour une année, le cirque est à l’honneur, porté par des artistes qui magnifient la diversité. Et qui ne connaissent pas les frontières.

Nouvelles pistes… - © Massao Mascaro

« L’identité de Bruxelles, c’est sa diversité »

Ils les ont éclatées, ces frontières, d’abord en venant étudier et s’installer à Bruxelles, puis en portant leur vitalité en France, en Italie, et dans le cœur des spectateurs. En la célébrant au-delà des limites géographiques, ville ouverte et riche de ses différences, dans une geste militante faite de muscles et de sueur, de dramaturgie et de poésie. Embrasser cette folie savamment orchestrée par les Halles de Schaerbeek. Tout a commencé il y a quelques mois, lorsque Rachid Madrane, ministre de la Promotion de Bruxelles à la Fédération Wallonie-Bruxelles choisit le cirque pour faire rayonner la capitale. Après la danse contemporaine, suite à l’art contemporain, il était juste de porter les regards vers cette discipline qui en implique et rassemble tant d’autres. Qui implique et rassemble des gens venus d’horizons différents. « Bruxelles est portée par la somme de ses populations, se réjouit le ministre. Bruxelles, c’est 184 nationalités différentes qui coexistent. Il n’y a pas d'autre ville au monde qui propose cette interculturalité. Aujourd’hui, la marque et la signature bruxelloise, notre identité, c’est la mixité, une diversité qui s’ouvre. On s’enrichit des expériences de tous ceux qui y vivent. Est bruxellois qui vit et travaille à Bruxelles ».
Et parmi celles et ceux qui incarnent cette vision, de nombreux artistes issus de l’ESAC, l’école de cirque internationalement reconnue. Alors que les discours identitaires cherchent sans plus se travestir à crisper les relations, il fallait aller plus loin encore pour porter le message. Du militantisme bondissant, qui brasse et mélange par l’art, qui franchit les frontières en tournée, que ce soit en Italie ou en France. Pour une centaine de dates, dans les régions partenaires et avec la même intensité, huit compagnies bruxelloises ont accepté l’invitation.
« Par nature, les artistes sont universalistes, poursuit Rachid Madrane. L’art est transgressif. Aujourd’hui, dans un univers politique difficile, les artistes montrent le chemin. On s’appuie sur cette résistance. Après les attentats qui ont endeuillé le pays, la réponse de Bruxelles a été d’organiser le festival Mixity, pour célébrer cette diversité. L’objectif était que les gens se connaissent, se voient. Sans être naïfs. C’est une mission que nous poursuivons, aujourd’hui encore. Et attention : il faut commencer dès le plus jeune âge. »

Un Italien à Bruxelles

Et dès le plus jeune âge, on peut déjà aller au spectacle, découvrir des scènes, entrer en piste. C’est ce qu’a fait le Ligueur, parti à la rencontre des circassiens en tournée à Turin, dont Claudio Stellato. « Je suis un Italien à Bruxelles », assume l’artiste, en bon métis culturel. Il y vit depuis onze ans, et en même temps, il représente Bruxelles dans son pays d’origine. Formé au Lido, le Centre des arts du cirque de Toulouse, entraîné en Espagne, en Amérique du Sud ou encore en Allemagne, au bout d’un moment, le cirque l’ennuie. Il fait le choix de Bruxelles, pour travailler la danse contemporaine, « un style très accessible aux circassiens, et très nécessaire, poursuit-il, car il faut envisager toute la corporalité, pour des gens aussi rigides que nous. Au cirque, on travaille un seul muscle, c’est le corps entier ». Il y trouve la nourriture dont il avait besoin, concoctée par des chorégraphes comme Wim Vandekeybus, qui commençaient à mélanger la danse à des pratiques plus sportives. « Le style devenait accessible ».

Quelqu’un qui dérange

Claudio Stellato, c’est cet homme fasciné par la recherche, toujours en quête, toujours en mouvement : « Quand tu montes un spectacle, tu peux le baser sur des standards qui marchent. Mais ce sera du vu et revu, du déjà fait. Ou bien, on fait son propre travail. Celui qui parle de soi, de qui on est en train de devenir. Peut-être qu’il ne marchera pas, et alors ? Il amène de toute façon à une possibilité de grandir ».
Se remettre en jeu, encore. À la fois délicat et rugueux, il aime comme il égratigne : avec une intense franchise. « La Belgique est un pays qui a encore du chemin à faire artistiquement en cirque. C’est très développé en danse, en théâtre, mais pour le cirque, parfois on est encore considérés comme des rigolos. C’est ma perception du cirque francophone, je vois des choses qui ont tendance à ronronner. La révolution, elle est en Flandre, ou de nombreux centres ouvrent, c’est comme il y a vingt ans avec la danse contemporaine. Je vise à l’évolution, c’est pour cela que j’ai un franc-parler. Il faut mettre les pieds partout, aussi là où il se passe autre chose que le cirque. Bien sûr qu’il y a plein de choses positives, mais il faut toujours tendre vers mieux, vers plus ».
Il le sait, il le proclame d’ailleurs lui-même : « Je suis quelqu’un qui dérange ». Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître que les moyens qui lui permettent de travailler en Belgique sont incroyables. « Bruxelles m’offre toutes les structures nécessaires pour bien travailler. C’est aussi la magie du mélange. On ne peut pas s’y sentir étranger. Et artistiquement, c’est génial : je peux réaliser ».

Drôle de chose

Le spectacle qu’il reprend dans le cadre de focusCircus, c’est La Cosa. « Je voulais monter un spectacle avec tout ce que j’avais dans la tête », explique le chorégraphe. Une « chose » à travers laquelle avec il donne à voir de sa magie, aux côtés de Julian Blight, Mathieu Delangle et Valentin Pythoud, les trois artistes avec lesquels il partage la scène.
« L’idée, c’était de quitter les théâtres, les studios, se coller à la nature. Je suis sorti, j’ai travaillé sur des collines belges, par tous les temps, y compris sous la neige. En janvier, en Wallonie, avec le thermomètre bien en dessous de zéro ! Je me suis confronté aux éléments naturels : la terre, les pierres, les troncs d’arbres. C’est comme cela que j’ai découvert le bois, qui était stocké là, à l’extérieur. Ce sont les bûcherons qui m’ont initiés. »
Des bûcherons qui dévoilent les secrets du métier : manier la hache, scier, couper, débiter, empiler. Pour parler de ce labeur, pour décrire ce qu’ils sont en train de réaliser, qu’il ne sait pas comment nommer, toujours il l’appelle la chose. « Et c’est resté. Cela représente vraiment ce que l’on fait. Ainsi, face à une masse qui se modifie tout le temps. »
Le résultat, c’est un spectacle en forme de délire onirique, un agencement géant de stères, qui contiennent quelques espoirs, des vérités éparses. Un mirage tout entier fait de rondins, qui s’anime, accélère et monte en puissance. Rituel rythmé par le bruit et une forme de fureur, un fracas insensé mais tellement drôle, les hommes se lancent à l’assaut de la matière, planent un instant, brandissent des haches, roulent et rebondissent, suspendent leur danses, s’esquivent, s’attendent et se répondent, au milieu d’éclats de bois et d’échardes à l’âme. « On frappe par terre comme des monstres », confie Claudio Stellato. Et c’est tellement vrai. Un objet sonore dont l’écho vibre encore longtemps après la fin du voyage.

Aya Kasasa

En savoir +

Avant son retour en 2019 aux Halles, découvrez La Cosa au théâtre National, avec vos enfants à partir de 9 ans, jusqu'au 2 décembre. Un atelier Kids brunch est prévu le dimanche 2 décembre dès midi, juste avant le spectacle qui se tiendra à 15h. Réservez en ligne ou par téléphone au 02/203 53 03.

Et aller + loin

Bruxelles en Piste, le programme des huit compagnies bruxelloises en tournée en Italie et en France : Back Pocket, Carré Curieux, La Scie du Bourgeon, Cie Menteuses, Gaël Santisteva, Piergiorgio Milano, Poivre Rose et Claudio Stellato. Toute les dates de la tournée sont à consulter ici.
Amoureux du cirque et pas encore abonnés au Ligueur des parents ? Dépêchez-vous : à suivre, nous partirons bientôt sur les routes, à la découverte de Carré Curieux, une troupe qui a fait le choix radical de tourner…  en emmenant toute la famille.

Que faire ?

Stages d’hiver chaudement recommandés par le Ligueur : jamais trop tôt pour commencer ! Ils aiment jongler, faire du trapèze, défier leur équilibre tout en explorant les techniques de clown, de théâtre ou de marionnettes ? Osez les stages en écoles de cirque :

► À Bruxelles : Psychomotricité (de 2 ans et demi à 4 ans), circomotricité (de 5 à 6 ans) ou techniques de cirque (de 6 à 12 ans). On y fête 40 ans d'existence !
► À Louvain-la-Neuve, ne ratez pas les portes ouvertes de  l’Ecole de cirque du Brabant Wallon Noël, du 17 au 22 décembre 2018,  qui roposera des ateliers ciblés, à partir de 3 ans.
► Aussi à GemblouxCharleroiMons ou Namur.

N'hésitez à consulter les stages répertoriés sur notre service My Kids&holidays, vous bénéficierez peut-être de tarifs avantageux.