Vie de parent

Obésité et bonne santé, un leurre ?

Nouvelle discrète, mais bonne nouvelle : la ministre de la Santé publique Maggie De Block (OpenVLD) souhaite dégager 5 millions d’euros pour le remboursement des consultations des enfants obèses chez le diététicien. Objectif ? S’attaquer dès l’enfance aux problèmes de surpoids et éviter de graves complications plus tard. Six séances de minimum 30 minutes, sur une durée de traitement de six mois. La mesure concerne 75 000 jeunes patients. Toutes les modalités exactes de ces remboursements seront déterminées par l’Inami. Mais pourquoi est-ce important ? On en parle avec la diététicienne Marie-Josée Mozin.

Obésité et bonne santé, un leurre ?

Si rien n'est encore voté, la mesure annoncée par Maggie De Block a aussi le mérite de relancer le débat sur la relation entre l'obésité et les problèmes de santé. Profitons surtout de cette information pour parler de surpoids et de nutrition avec la spécialiste Marie-Josée Mozin du CEDE-Nutrition et rappeler les fondamentaux.

On associe une nouvelle fois obésité et problème de santé, vous confirmez ?

Marie-Josée Mozin : « Depuis plus de dix ans, on publie de nombreuses études ou articles qui dénoncent les méfaits de l’obésité à long terme. Un obèse n’est pas un autre obèse. Il n’existe pas un seul type de patient en surpoids. Toutes les personnes en situation d’obésité n’ont pas toutes la même destinée. Selon moi, on ne compare pas une personne à une autre en se basant uniquement sur son poids et sa taille. Il existe bien sûr des facteurs de risques supplémentaires : maladies cardio-vasculaires, diabète, certaines formes de cancer et j’aimerais aussi que l’on s’intéresse à l’impact qu’entraîne ce surpoids sur d'autres aspects, comme les conséquences d'ordre psychologique. Cela peut paraître comme une évidence, mais lorsque l’on est obèse, on n’est pas bien dans sa peau. »

Existe-t-il une façon de prévenir l’obésité chez l’enfant ?

M.-J. M. : « L’objectif, ici, n’est pas de culpabiliser les parents, mais simplement de leur rappeler que rien de tel que le bon sens et surtout d'arrêter de croire à certaines recommandations basées sur le marketing. Il est très important de bien répartir l’alimentation sur quatre repas par jour. Et j’insiste particulièrement sur le goûter. Les enfants ont un besoin physiologique de recevoir des glucides (sucres) à ce moment-là. Attention aux traditions, beaucoup de mamans ont le réflexe de donner des repas chauds. Comme elles envoient leurs petits avec des tartines, elles compensent et servent le souper chaud à 16h. Et après ? Les bambins grignotent joyeusement. D’autres parents pensent à tort que l’on mange à 18h et pas avant. Résultat, les enfants vont chiper dans le placard, dans le frigo ou ailleurs et s’empiffrent de n’importe quoi pour répondre à ce besoin. Pourquoi ces quatre repas par jour et rien entre ? Parce que depuis que l’on est sorti de ce système classique et que l’on a multiplié les plats préparés, les sodas ou autres méfaits, nous sommes passés de 4 % d’obésité à 14-15 % aujourd’hui. Cette façon moderne de se nourrir ne nous convient pas. L’organisme ne se modernise pas, lui. L’estomac d’un nourrisson a la même taille depuis toujours. »

Il existe d’autres réflexes à adopter ?

M.-J. M. : « Lorsqu’un enfant n’a pas de problème de surpoids, ne lésinez pas sur les activités sportives, celles qui lui font plaisir et envie. En revanche, chez un enfant en surpoids, inutile de lui faire pratiquer du football intensif ou de la boxe thaïlandaise, le préjudice moral peut être terrible. Quelle activité, alors ? Là encore, il n’existe pas un type de situation. N’hésitez pas à consulter votre médecin, un kiné ou, tiens, un diététicien-nutritionniste de pédiatrie !
Autre réflexe, dites-vous que quelle que soit la situation, il est toujours préférable de faire fonctionner son cerveau plutôt que de laisser un enfant devant un écran toute la journée. Encore une fois, évitez les boissons sucrées, j’insiste là-dessus. Il refuse de boire de l’eau, amenez-le doucement à cette solution en lui mettant des glaçons de jus de pomme dans un verre d'eau, par exemple. Hors de question de manger des légumes, des fruits ? C’est normal, les enfants rechignent à croquer, éplucher ou couper. Faites-lui goûter des salades de fruits qui ont l’air plus ludiques à manger qu’un fruit brut. Bref, il existe mille et un petits trucs pour une alimentation saine et équilibrée et je ne peux qu’inviter les parents à aller voir des spécialistes compétents qui ne feront qu’améliorer votre vie à tous. Car on vit mieux quand on est bien dans sa peau. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

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