Vie de parent

« On vit entre le noir et le blanc.
Sans les enfants, il manque la couleur »

C’est en signant la pétition pour un congé spécifique de la Ligue des familles que Stéphane a découvert les témoignages de parents en période de confinement. Il ne se retrouve dans aucun d’eux. Avec sa femme, ils ont choisi de se séparer de leurs enfants pour continuer à travailler, lui dans l’agro-alimentaire, elle en tant qu’infirmière.

« On vit entre le noir et le blanc. Sans les enfants, il manque la couleur » - Gettyimages

Stéphane, 45 ans, travaille dans une petite usine de production d’olives. Il s’occupe de la logistique, entre commandes et livraisons. Fanny, 36 ans, est infirmière en salle d’opération. Mais depuis le Covid-19, tout est chamboulé et ses horaires changent parfois au jour le jour.

« On s’est demandé comment nous allions faire pour jongler avec nos trois enfants de 2 ans et demi, 6 et 8 ans entre mes journées de douze heures et les pauses de ma femme à l’hôpital. Nous n’avions pas envie qu’ils soient toute la journée à la garderie de la commune, surtout le plus jeune, qui venait seulement de commencer l’école. Mes beaux-parents nous ont proposé de garder nos enfants le temps du confinement. Les enfants les adorent, ils y sont bien, ils sont en pleine campagne avec un grand jardin… Nous n’avons pas hésité longtemps, c’était pour nous la meilleure solution. »

Le plus dur, c’est de ne pas avoir de date de fin

Stéphane et Fanny continuent de penser que c’était la meilleure décision à prendre. Pour le confort de leurs enfants, pour qu’ils ne soient pas vecteurs les uns pour les autres, pour permettre au cadet de faire des siestes, pour renforcer les liens entre leurs enfants et leurs grands-parents, qui étaient demandeurs. Mais toutes ces bonnes raisons n’empêchent pas le cœur d’avoir le temps long.

« Nous n’avons plus vu les enfants depuis mercredi 18 mars. Trente-six jours. C’est le contact tactile qui manque le plus. Grâce aux vidéoconférences, on peut les voir, mais ce n’est pas la même chose. On a l’impression de rater plein de choses, de passer à côté de nos enfants. Le plus petit va sur le pot, son frère parle de mieux en mieux et roule sans petites roues à vélo. C’est pour notre grande que c’est le plus dur, je me sens mal de ne pas être là pour l’encourager et la rassurer. Elle demande quand ils pourront rentrer à la maison et on ne peut pas lui donner de date. Depuis qu’ils sont partis, c’est un peu comme si on vivait entre le noir et le blanc et qu’il manquait la couleur. »

C’est la voix chargée d’émotion que le papa raconte. Au départ, il tablait sur une dizaine de jours, deux semaines tout au plus. Mais le confinement s’éternise et aucune échéance n’est encore communiquée.

Des projets pour se nourrir

Pour passer le temps, Stéphane s’est lancé dans un projet de potager. Il sème. Et quand il n’est pas au potager, c’est derrière les fourneaux que Fanny le trouve. Stéphane s’est mis à la pâtisserie. La semaine dernière, le papa a envoyé un marbré par la poste. Une façon de leur montrer qu’il les aime. De partager quelque chose. Fanny aussi prépare des colis. Elle y glisse des cahiers d’exercices, des albums à colorier et autres gourmandises.

Fanny et Stéphane évitent de se poser trop de questions. « On ne regarde pas trop la télé, on essaye d’être fataliste, dans le bon sens du terme. Le virus est là et il faut faire avec. J’ai envie de sortir une larme, mais elle ne vient jamais. Je pense à tous ces parents qui n’en peuvent plus de leurs mômes. Mais sans enfant, c’est bien deux jours. Sans eux, ça n’a pas de sens. On tourne en rond, on ne sait plus quoi ».

Clémentine Rasquin

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Depuis le mois de mars, la Ligue des familles revendiquait un congé spécial pour les parents afin de s’occuper de la garde de leurs enfants. Une pétition avait été lancée pour soutenir cette demande. Mardi, un premier pas a été fait par la ministre de l’Emploi, Nathalie Muylle, au profit des familles monoparentales. Une mesure qu’elle a décidé d’élargir à un éventail plus large de parents salariés.