Vie de parent

Opinion de parent :
Se protéger du coronavirus,
donc d'abord de nous-mêmes

Depuis quelques jours, le coronavirus a tout envahi. Avec lui, tous les sujets qu'il brasse. Confinement, évidemment. Organisation ou, plutôt, improvisation parentale. Société qui bat la mesure à un rythme différent. Et tout autour, les frontières qui se ferment. On en oublie presque l'essence du sujet : la maladie en elle-même. Hier, sous notre toit, nous avons eu comme une piqûre de rappel...

Opinion de parent : se protéger du coronavirus, donc d'abord de nous-mêmes

Même les plus coronasceptiques sont bien obligés de réviser leur jugement : la pandémie se rapproche. De « Attention, elle arrive en Belgique », à « Maintenant, on connaît tous quelqu'un de près ou de loin atteint·e », il aura fallu quelques jours.

Chez moi, la maladie s'est invitée dans la chambre à coucher de mes filles. 2h37 du matin, je suis réveillé brusquement par une voix suffocante. Ma puinée. Mon tout petit bébé de 2 ans et demi allongée sur le tapis, tombée du lit, en pleine détresse respiratoire.

« Ne la conduisez pas aux urgences »

Si d'ordinaire le spectacle est peu réjouissant, dans ce contexte, il exulte un petit parfum d'effondrement impossible à traduire par les mots. Vite, il est temps d'appliquer ce que j'écris le plus clair de mon temps. Pas de panique. En binôme, on rassure. On enlève la tutte, on dégage le col du pyjama. On la distrait. « Écoute ma respiration. Essaie de respirer par le nez ».

On se calme. L'excitation, les larmes, on les relègue à quand tout ira mieux. Parce que tout va aller mieux. Il faut s'en convaincre. Rapidement. Et agir avec soin. Ma femme a le reflexe SOS Médecins. Débordés. Le standard lui promet qu'on nous rappelle. Entre la promesse et le coup de fil, une éternité. Quand son enfant ne respire plus, chaque seconde qui passe est une épine.

Enfin le médecin. Il osculte depuis le gsm, manque de temps oblige. Il fait dérouler les symptômes : « Comment respire t-elle ? A t-elle de la fièvre ? ». On ne sait pas, la pile ne marche plus, ça faisant longtemps que personne n'avait été malade ici. Note pour plus tard : vérifier que tout l'arsenal de première nécessité est encore en état de marche.

« Elle a du mal à déglutir ? Elle veut boire ? ». Non. « Bon, à première vue, de ce que j'entends, ce n'est pas...euh... il ne prononce même pas le mot ». On s'est compris. Puis, il conseille : « Ne la conduisez pas aux urgences, elle repartirait plus malade qu'elle ne l'est. Donnez-lui de la Ventoline. Inclinez son oreiller pour qu'elle soit plus à l'aise et que ça ne tombe pas sur les bronche. Retournez dormir avec elle ». Dormir. La belle affaire...

Ne pas tomber malade

Pas de covid-19 pour le moment. À confirmer avec le pédiatre. Pour l'heure, tout va bien. La nuit est épouvantable, car chargée de culpabilité. Les cordonniers sont les plus mal chaussés. Journaliste parental, j'ai toutes les infos en main qui m'obligent à agir avec prudence. Notamment celle de limiter les interactions sociales. De rester le plus possible chez soi. Règles plus faciles à prodiguer qu'à appliquer, surtout avec des enfants à occuper.

Mais cette prise de conscience née aux forceps nous a bien servi de leçon et, depuis ce matin, nous ne sommes pas avares en conseils. L'impact sociétal a quelque peu édulcoré les vraies repercussions, le véritable enjeu que l'on se doit d'organiser : protéger. Nous protéger de nous-même.

Peut-être que les mots « cordon sanitaire », « confinement », « règles d'hygiènes », mettent de côté le plus important. L'idée générale en réalité ? Ne pas tomber malade. Et il est fort probable qu'on ne l'ait pas pleinement réalisé. On fait semblant de tousser pour faire marrer les copains. On se fait des checks de pied. On relativise ou, au contraire, on commente à la pelle l'avalanche d'infos comme s'il s'agissait d'une rencontre sportive. On vit – encore pour la plupart – dans une sorte de déni, peut-être même avec un sentiment d'invincibilité inavoué. Sur un air de « Le Coronavirus, il ne passera pas par moi ». Un journaliste d'un quotidien français  le disait avec un peu plus de véhémence : « C'est toute la différence entre les sociétés asiatiques où l'on sait que l'on est qu'une petite partie d'un tout qui nous dépasse. L'individualisme occidental s'est transformé en égoïsme et menace désormais la communauté ».

Nous, parents, en plus du grand écart - pour ne pas dire l'écartelement - qui nous attend ces prochaines semaines, nous avons une mission bien plus délicate en réalité. Celle d'être responsables et garants dans nos décisions de la bonne santé de ce que nous avons de plus cher. Et nous la mènerons à bien. Avec bon sens. Même si le bon sens met du tant à percuter chez certains...

Yves-Marie Vilain-Lepage