Vie de parent

Oser vivre l’amour !

Aussi intrigant que cela puisse paraître, figurez-vous qu’il existe toujours des parents qui rêvent d’enfants aimants. Des petits êtres heureux qui aimeront l’autre pour ce qu’il est et non pour ce qu’il vaut. Des jeunes à la sexualité épanouie, qui trouveront chaussure à leur pied sans la déformer par les idées préconçues d’une société qui leur dira comment ressentir, comment construire ou comment vivre. Pas des familles neuneu, simplement des parents qui considèrent encore l’amour comme la chose la plus importante à transmettre. Si, ça existe ! En témoignent ces parents rencontrés à l’occasion de ce dossier et les réactions de nos deux experts, la sociologue Marie-Thérèse Casman et le psychologue Jan De Mol.

Oser vivre l’amour !

AIMER… SANS SE FAIRE AVOIR

Katia, quatre enfants de 8 à 22 ans : « Les persuader que l’amour n’est pas cucul »

Séparée, seul maître à bord, Katia mène une existence autour de sa foi et le message qu’elle véhicule, bien qu’elle estime qu’il est difficile à combiner avec les temps actuels. Son éducation se résume autour d’une vision d’amour un peu mystique. « Avant toute chose, je dois dire que j’ai toujours peur de tomber dans le cucul quand je parle de la ligne selon laquelle j’éduque mes enfants. Je ne veux pas qu’ils suivent mon éducation à la lettre, ni qu’ils se laissent marcher sur les pieds. En fait, je les éduque autour des idées de mon père qui répétait à toute la famille qu’il semble juste de prendre l’autre comme il est. »

Anaïs, deux filles de 13 et 14 ans : « Je ne veux pas qu’elles souffrent »

Cette mère de famille n’a pas vécu une vie de couple toujours très évidente. Légèrement amère, elle souhaite que ses enfants tirent un enseignement de ses erreurs : « J’aimerais que mes filles trouvent l’amour sans passer par les épreuves que j’ai dû surmonter. Qu’elles soient emportées par la passion pour des hommes ou des femmes qui en seront dignes. J’ai trop souffert en couple, je leur souhaite le plus de romance possible. En revanche, je m’efforce de les mettre en garde, sans brouiller leurs illusions. Je les mets en garde contre les hommes excessifs : alcool, violence ou banditisme ne se combinent pas avec l’amour. Jamais. Mais j’ai peur qu’à force de le répéter, elles se ruent vers l’interdit. C’est tellement humain et tellement typique de cette période difficile qu'elles traversent. »

Sarah, deux enfants de 6 et 8 ans : « L’aider à croire en la force de l’amour »

La maman place l’amour au centre de son éducation. Selon elle, il s’agit d’un devoir qu’elle a vis-à-vis de ses enfants. « Je souhaite leur donner toute la confiance possible dans ce monde. C’est bête, mais je suis d’abord tombée amoureuse en tant que femme. De cet amour, ils sont nés. Puis, j’ai ressenti une autre forme de sentiment en tant que mère, que j’appellerai ‘amour’ aussi. Il faut donc que je leur renvoie toute la beauté de ces ressentis, ces différents degrés d’affection. J’aimerais qu’ils y puisent comme une force et qu’ils s’en servent. Je les éduque donc de cette manière, avec appui et équilibre. »

► L'avis de notre expert

Même si ces témoignages évoquent des choses simples, des sentiments justes et des aspirations belles, ils expriment ce qu’on appelle volontiers aujourd’hui le phénomène de la sur-parentalité. Les parents réfutent maintenant toute forme de frustration. Cela va dans le sens de l'enfant-roi qui peut même devenir enfant-tyran. Nous vivons une époque dans laquelle la dérive de l'importance du bambin peut être délirante. À vouloir faire tant et si bien, on peut passer à côté de ce qui est prioritaire dans l'éducation : les limites. Mais être parent, c'est quelque chose d'important et... d'imparfait. (M-T. Casman)

UNE SEXUALITÉ ÉPANOUIE

Martine, deux filles de 21 et 22 ans : « Stop aux tabous du sexe »

Nous retrouvons Martine qui a témoigné précédemment au sujet de l’équilibre alimentaire. Elle ne dissocie pas le plaisir de la table de celui de la chair. Ni pour elle et encore moins pour ses filles : « Je rebats les oreilles de tout le monde avec ce grand précepte : je suis persuadée que l’épanouissement de l’individu passe par une vie sexuelle équilibrée. C’est vital. Le tabou est tellement épais qu’il contamine tout le reste. Il ne s’agit pas de tout se raconter à table (bien que ça ne me dérange absolument pas). Je suis convaincue qu’il faut apprendre à communiquer autour des pratiques, des attirances, des envies, des risques... J’ai élevé mes filles dans l’idée qu’elles étaient libres de faire toutes les expériences qu’elles désiraient. Aujourd’hui encore, elles se confient à moi. Un problème conjugal, une envie ou même une expérience réussie. Je me suis battue pour cela et je crois que, aujourd’hui, je peux affirmer qu’elles évoluent en personnes rayonnantes et bien sûr épanouies sexuellement. Combien de parents s’interrogent sur la sexualité de leur progéniture ? Et pourquoi ne le font-ils pas ? Posons-nous sérieusement la question. »

Charlotte, un garçon de 10 ans : « Faire en sorte qu’il ne reproduise pas ma situation »

Maman et célibataire, Charlotte place la sexualité au centre de tout et cela semble lui poser problème : « Le sexe est très important dans ma vie. Je n’adhère pas vraiment au concept de monogamie. Et l’applique encore moins. Bien que mère de famille, je ne suis pas rangée pour autant, j’aime séduire, j’aime multiplier les conquêtes, j’aime l’aventure. Ce qui m’embête, c’est que je sais que mon fils en souffre. Il ne me voit pas me fixer. Ce n’est pas le problème de l’absence de la figure paternelle qui m’embête dans son cas puisqu’il entretient d’excellentes relations avec son père. J’espère surtout que cela n’aura pas d’incidence sur sa vie sexuelle plus tard. Et qu’il ne souffrira pas du fait de voir sa mère aventureuse avec tous les débordements que cela comporte. Un jour, il m’a dit qu’il n’aimait pas cette situation et que j’étais la seule mère à ne pas avoir d’amoureux. Ça m’a fait mal. Nous sommes aidés depuis par un professionnel. Je fais très attention à mon fils, je lui explique que je n’ai pas encore trouvé le prince charmant… ou alors que j’en ai trouvé plusieurs ! »

► L'avis de notre expert

En ce qui concerne le témoignage de Martine, je trouve qu'il évoque très bien la difficile question de la sexualité pour les parents. Comment en parler à ses enfants ? Comment la pratiquer aussi ? Il y a une véritable ambivalence. Les mères veulent que leurs filles soient capables de se défendre. Elles ne veulent pas que l'on se serve d'elles. La société fait miroiter une sexualité équilibrée pour tous. Ce n'est évidemment pas le cas. C'est là où le témoignage de Charlotte est passionnant et ô combien délicat. Il existe un fossé entre la parentalité et le couple. Le choix de vivre sa vie de femme et celle de mère monoparentale doit être un sacré combat. Comment tout combiner ? C'est très bien qu'il y ait des personnes qui osent aborder la question. 30 à 40 % des couples reconnaissent avoir une vie extraconjugale. On est alors dans le secret. Les mères en ont-elles le droit ? Beaucoup s’interrogent… Décidément, le modèle de la famille nucléaire est fortement bouleversé. Tout est en train de changer, même si ces témoignages de femmes, de mères ont quelque chose d’encore un peu conservateur.

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Chers parents, voici quelques conseils de lecture et autres adresses utiles :

  • « Je suis trop cool ». Ce package est composé d’un cahier de jeux et d’un dépliant. Il y est question du développement et du l’épanouissement de votre enfant. Ce guide, qui regorge d’astuces, propose une approche positive de façon à influer sur la santé mentale de manière préventive. C’est toujours mieux que de se concentrer sur les problèmes et les symptômes. Vous pouvez le recevoir gratuitement par retour de mail à promotionsante@mloz.be
  • Tapas. Un autre guide, très complet qui informe votre ado, toutes les familles et les professionnels. Tapas aborde les questions liées à la sexualité ou à la grossesse des jeunes révélées par les problématiques de terrain au quotidien. L’ouvrage est agrémenté dans sa deuxième version d’un répertoire très complet sur les associations et organismes auxquels les jeunes peuvent se référer. Il est disponible gratuitement auprès du CEMO.
  • Love Attitude. Love Attitude est un portail des Centres de Planning Familial en Wallonie et à Bruxelles. Rendez-vous sur le site pour trouver des liens, des adresses utiles et pleins d’autres infos pratiques.
Sur le même sujet

Son avenir passe par un emploi

« Je veux qu’il trouve un emploi », pensez-vous tout bas en croisant les doigts. Vous ne le formulez pas de la sorte, vous y pensez en termes d’autonomie, d’avenir, de sécurité, qui tourne autour de la place du rejeton dans la société. Mais aujourd’hui, avec les bouleversements sur le marché de l’emploi, tout ça fait un peu peur. Il n’en reste pas moins que pour le mener jusque-là, des décisions doivent se prendre. Une mise en scène dont vous êtes… le metteur en scène. Des parents nous content leurs expériences, ponctuées par l’avis de notre expert, Marie-Thérèse Casman, sociologue à l’ULg

 

L’argent, sa planche de salut !

Ça ne vous vient peut-être pas tout de suite à l’esprit, mais pourtant, vous connaissez forcément autour de vous des parents qui préparent leurs challengers d’enfants à la grande compétition de la vie. Ici, on parle de performance, d’excellence. On apprend à faire de l’argent, on enseigne la gagne, et parfois même à marcher sur la tête du voisin. Oui, aujourd’hui, c’est aussi comme ça que tourne le monde. Rencontre avec des parents qui témoignent et avec Marie-Thérèse Casman, sociologue, qui commente leur parole.

 

Ils sont le monde de demain !

Plus que des travailleurs ou des consommateurs, vous voyez avant tout en votre progéniture les personnes à qui vous allez confier les clés du royaume. Conscient que vos enfants sont l’héritage légué au futur, vous les faites grandir avec vos valeurs et tentez de les éclairer afin qu’ils soient maîtres d’un monde toujours plus juste. Enfin, dans l’idéal, quoi... Esteban, Emily, Audrey et les autres nous en parlent avec, toujours en écho, les réactions du psychologue Jan De Mol.

 

D’abord la santé !

Bien sûr, vous souhaitez le meilleur pour votre descendance. Un bon équilibre, la vie la plus saine possible. Il n’y a rien de plus important que de voir pousser et mûrir le fruit de ses entrailles. Le mouvement est magique. C’est aussi un défi, le plus grand, le plus beau. Le premier qui nous vient en tête avant même son apparition, et peut-être même l’ultime, jusqu’au dernier souffle avant d’aller serrer la main aux anges : que nos enfants demeurent en bonne santé. Nous avons rencontré des parents qui en témoignent. Et un psychologue, Jan De Mol, qui nous propose quelques clés pour mieux comprendre cette facette de la parentalité.

 

Oser vivre l’amour !

Aussi intrigant que cela puisse paraître, figurez-vous qu’il existe toujours des parents qui rêvent d’enfants aimants. Des petits êtres heureux qui aimeront l’autre pour ce qu’il est et non pour ce qu’il vaut. Des jeunes à la sexualité épanouie, qui trouveront chaussure à leur pied sans la déformer par les idées préconçues d’une société qui leur dira comment ressentir, comment construire ou comment vivre. Pas des familles neuneu, simplement des parents qui considèrent encore l’amour comme la chose la plus importante à transmettre. Si, ça existe ! En témoignent ces parents rencontrés à l’occasion de ce dossier et les réactions de nos deux experts, la sociologue Marie-Thérèse Casman et le psychologue Jan De Mol.