6/8 ans

Osez la musique, c’est tout bénef !

Pratiquer un instrument, c’est super : on ne s’ennuie jamais, on a confiance en soi, Mamie est trop fière, les copains sont ébahis et, si toute la famille s’y met, c’est carrément concert privé à la maison ! Mais pas seulement. C’est aussi développer son cerveau, augmenter sa concentration, se socialiser. Et pour apprendre, il suffit de trouver le système qui conviendra le mieux à votre enfant : seul, en académie ou - pourquoi pas ? - en orchestre ? C’est tout à fait possible : la preuve en deux escales.

Osez la musique, c’est tout bénef !

Arrêt n°1 : les bâtiments de ReMuA

Accessibilité et excellence artistique

« Chez nous, on apprend la musique en faisant de la musique », explique Sarah Goldfarb, directrice artistique et pédagogique du réseau ReMuA (Réseau de musiciens-intervenants en ateliers) qui fait entrer la musique à l’école et dans les associations, en proposant aux enfants une pratique musicale intensive. Notre objectif, c’est de faire découvrir la musique classique. C’est un défi, car ce genre est éloigné de notre public. Le projet est global : nous formons des artistes de haut calibre, la musique permet de mieux réussir à l’école et nous remplissons aussi une fonction sociale. »

El Sistema : la musique en groupe

En 2009, ReMua, lance l’activité des orchestres à l’école, inspirée du Système vénézuélien, programme d’éducation musicale de qualité financé sur fonds publics qui intègre depuis quarante ans des jeunes issus de milieux défavorisés à des orchestres pour la jeunesse.
« Faire de la musique en groupe, c’est tout à fait différent », insiste Barbara Grégoire, coordinatrice du réseau. Chez nous, c’est la pédagogie du collectif, plusieurs niveaux cohabitent, l’aspect partage est très important. Les enfants pratiquent cinq heures par semaine, à l’école ou dans une association. Ils sont regroupés par quartier pour former des orchestres : quatre à Bruxelles et un à Liège ».

Un encadrement privilégié

Les instruments sont prêtés et les cours totalement gratuits. La pédagogie est basée sur l’oralité et l’imitation, une approche ludique. L’encadrement est primordial : 35 musiciens professionnels soutiennent l’apprentissage, des partenariats ont été conclus avec l’Orchestre National de Belgique, le Brussels Philharmonic et l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège.
Parmi les musiciens, Alexandre Mainz, tromboniste à l’Opéra royal de Wallonie, se dit heureux de transmettre son savoir-faire : « Je donne un atelier en extrascolaire, dans une maison de quartier. Les élèves sont super-motivés, l’émulation fait progresser. Le gros du travail se fait les deux premiers mois, il faut rendre le groupe homogène ». La base : respect, discipline, écoute et responsabilité personnelle, bref, le vivre ensemble.

Arrêt n°2 : l’académie d’Ixelles

« Ici, c’est la famille », dit en m’accueillant l’énergique Philippe Terseleer, professeur de piano, lorsque j’accompagne Lena, 11 ans, avec sa maman, à la leçon de piano, qu’elle suit avec une autre petite fille. Ceux qui entreront par la suite seront invités à s’installer aussi autour du piano, afin de « leur mettre un peu de pression ».
Une plaisanterie ? Pas du tout. La première à se glisser derrière le clavier prépare un Nocturne de Chopin, les indications se succèdent. Souplesse du poignet, jeu de pédales à surveiller, intentions et nuances, le prof indique, vérifie, corrige une posture, s’adresse à la seconde élève, exalté : « N’est-ce pas que nous avons de la chance de jouer du Chopin ? Quel privilège ! ».
Il en profite pour parfaire leur compréhension de la partition, un sourire et une phrase empruntée à Schumann : « Chopin, des canons enfouis sous des fleurs ». Ému, il se tourne vers les parents : « Vos enfants ont beaucoup de mérite, ils font de la musique en plus de beaucoup de choses ».
C’est au tour de Lena de s’installer. Il l’écoute, la félicite, lui demande de travailler lentement pour que la musique entre en elle et qu’à son tour elle s’y plonge. Ouf, quelle ambiance !

Les études indiquent que la musique améliore le rendement scolaire

Et pour aller plus loin dans la réflexion, quatre questions à notre dynamique prof de piano…

Comment qualifier l’éducation musicale ?
Philippe Terseleer :
« C’est de la plus haute importance ! Depuis la plus haute Antiquité, la musique tient dans toutes les sociétés une place centrale car elle fait appel aux capacités les plus complémentaires et les plus variées. Elle n’est pas qu’un agréable hobby : aujourd’hui, plus que jamais, l’apprentissage musical est une nécessité, indispensable à l’éducation, tâche la plus importante à mener dans le monde. Ce qui me motive : participer à l’éveil des intelligences. »

Quels sont les bienfaits de l’apprentissage de la musique ?
P. T. :
« Quelqu’un qui a fait de la musique jeune est transformé pour la vie. Apprendre à jouer d’un instrument c’est d’abord intégrer le langage musical, qui lui-même est un terrain inépuisable d’explorations et d’aventures. C’est l’éloge de l’attention, de la rigueur, du souci de faire mieux, cela travaille la concentration. La pratique de l’instrument pousse à atteindre un haut niveau : intervient le souci de qualité, l’exigence, qui fait que l’on mobilise les ressources les plus inattendues, et l’enfant, une fois qu’il se prend au jeu, se dépasse et progresse. »

Vous êtes favorable à l’implication des parents. Comment ?
P. T. :
« Les parents ont la première place : l’enseignant ne peut transmettre seul. Il faut une connivence, s’accorder sur le fait que c’est une activité à laquelle on doit attacher le plus grand prix. Le parent soutient, renforce, cultive l’enthousiasme, augmente les chances de réussir. Pour l’enfant livré à lui-même, c’est trop dur. Dans ma classe, les premières années, les parents chantent avec nous, se mettent parfois à l’instrument, ils deviennent des répétiteurs à la maison. »

Il y a deux pianos côte à côte, dans votre classe. Pourquoi ?
P. T. :
« C’est fondamental : ils me permettent de mieux travailler. Les enfants s’observent et apprennent mieux, parfois ils pratiquent simultanément, ils se répondent sur les deux pianos ! Le travail en équipe crée une grande émulation : c’est un art que l’on partage, donc il faut apprendre à écouter et jouer devant les autres. »

À quel âge préconisez-vous de commencer la musique ?
P. T. :
« Le bon âge pour commencer c’est 5-6 ans, mais, attention, il n’est jamais trop tard ! En académie, les cours se donnent sur des périodes de 50 minutes. Quand ils sont petits, en préparatoire (5 à 7 ans), je mets trois ou quatre enfants ensemble en présence de leurs parents. Ensuite, vers 10 ans, les groupes se réduisent à deux-trois enfants. Puis, j’ai l’occasion de faire des ateliers, au cours desquels j’en réunis plusieurs et nous faisons de l’audition, de la technique, afin de comprendre la musique, l’approcher de plus près pour mieux la ressentir.

Aya Kasasa

Elle en parle...

Il nous fait bien travailler

« J’ai commencé à l’âge de 6 ans. Mes parents voulaient que je fasse de la musique, j’ai choisi le piano. Au début, à l’académie, je trouvais mon prof un peu sévère, je n’avais pas envie de continuer. Heureusement, ma maman a insisté, elle m’a aidée. Parfois, ça stresse un peu de jouer devant les autres, parce qu’on ne veut pas faire d’erreurs. Je travaille tous les jours, entre dix et trente minutes, même si je n’en n’ai pas toujours envie. Je conseillerais aux enfants qui veulent commencer d’aller voir mon prof : il nous fait bien travailler, quand il voit qu’on est découragé, il sait nous remotiver ! J’aime beaucoup quand les gens qui m’écoutent sont contents, je suis fière de ce que je sais faire. »
Léna, 11 ans

En savoir +

Les + de l’apprentissage musical

Psychologues et neurologues sont formels, les bénéfices de la pratique de la musique sont multiples :

  • Favorise la plasticité du cerveau : les neurones se connectent, augmentent, s’allongent…
  • Stimule la mémoire, améliore la concentration (meilleures performances scolaires).
  • Facilite l’acquisition du langage (le vocabulaire s’élargit, l’apprentissage de la lecture et de l’écriture est renforcé).
  • Augmente le contrôle et la coordination des mouvements. 
  • Réduit l’anxiété, améliore l’humeur.
  • Agit comme « anti-stupéfiant » (réduit le stress et prévient contre l’usage des drogues).
  • Améliore l’estime de soi.