6/8 ans

Ours et nounours, une expo à visiter avec son doudou

Brun, blanc ou à lunettes, l’ours fascine depuis toujours petits et grands. La nouvelle expo temporaire du Muséum des Sciences naturelles (Bruxelles) vous dit tout sur ce mammifère qui agite aussi notre imaginaire. Original et sympa : son parcours spécialement adapté aux plus jeunes (dès 4 ans), qui se visite en compagnie de son propre ours en peluche.

Ours et nounours, une expo à visiter avec son doudou - © Muséum - Th. Hubin

Pour vivre cette aventure, Charlie, 5 ans, a embarqué son ours polaire, son « ours brun blanc », comme elle l’appelle depuis qu’elle sait aligner les mots. Une peluche qui, à l’entrée, reçoit un badge électronique que la gamine devra passer devant les bornes interactives de l’exposition pour découvrir, avec des commentaires adaptés à son âge, l’histoire et le mode de vie de ce mammifère aujourd’hui présent sur trois continents.
Dès la première salle, la petite visiteuse s’accroupit, scanne naturellement le badge de son doudou qu’elle serre dans ses bras et s’exécute en poussant un grognement d’ours comme lui suggère la voix qui sort de la borne. C’est parti, la magie opère ! Alors qu’elle écoute l’ours des cavernes lui raconter brièvement son histoire qui est passée jadis par nos contrées, je jette un œil sur le squelette de deux spécimens, un mâle adulte et son jeune, retrouvés chez nous, dans la grotte de Goyet et qui dormaient parmi les 38 millions de pièces qui forment les réserves du Muséum.
D’un coup, c’est moi qui m’émerveille que ma route croise ici cette espèce qui a disparu de la surface de la Terre voici 25 000 ans. La voilà, la force de cette exposition Ours et Nounours : proposer, en parallèle, un parcours pour les enfants - sans texte à lire, ce qui le rend aussi accessible aux élèves de maternelle - et un autre, plus classique, pour les ados et adultes qui voudraient en savoir (beaucoup) plus.

Paddington, le plus célèbre des ours à lunettes

Alors que je m’attarde devant une peinture rupestre, preuve que l’homme de Néandertal a côtoyé l’ours de caverne, Charlie, les yeux ronds comme des billes, me tire par la manche vers la salle suivante. Là-bas, au loin, elle a repéré un personnage qui lui est familier : vêtu de son traditionnel duffle-coat bleu, Paddington en personne s’est incrusté dans l’imposante galerie des ours naturalisés où huit spécimens sont alignés côte à côte, représentant les huit familles d’ours présents aujourd’hui sur la planète.
Au passage, on découvre ensemble que Paddington est un ours à lunettes et que Baloo, qui est lui aussi de la partie, est un ours lippu. Et aussi que l’ours brun et l’ours blanc ne se sont séparés que récemment - ils sont d’ailleurs les seuls à pouvoir s’accoupler pour se reproduire -, donnant d’ailleurs du crédit à l’appellation « ours brun blanc » du doudou de la fillette !
Puis, toujours avec l’aide du fameux badge, on tente de rassasier le panda ou l’ours à collier en lui donnant la nourriture qui correspond à son milieu et à son régime alimentaire. Une salle qui a elle seule permet de mesurer le chemin parcouru par le Muséum qui, voici un quart de siècle encore, imposait aux (jeunes) visiteurs la vision de papillons épinglés dans des cadres ou de crapauds baignant dans le formol.
Aujourd’hui, sa muséologie est résolument moderne et interactive, le tout sans donner le moindre coup de canif dans la rigueur scientifique dont les quelque 165 chercheurs de l’Institut royal des Sciences naturelles - dont le Muséum est la vitrine - sont le garant. Et s’il vous fallait un argument supplémentaire pour pousser tout de go avec vos marmots les portes d’un musée - celui-ci ou d’autres à Bruxelles et en Wallonie car beaucoup ont désormais abordé ce même virage -, on vous rapporte le message qui a résonné tel un écho tout au long de la gestation d’Ours et Nounours : « À tout âge, le contenu et les apprentissages s’impriment d’autant mieux qu’une émotion vous traverse ».

La danse de l’ours

Nouvelle émotion justement, dès l’entrée dans la salle suivante : on se blottirait presque volontiers entre les pattes de cet ours brun « endormi » en position fœtale et qui nous invite à percer les mystères de son hibernation. « Il est vraiment endormi, pour toujours ? », me demande Charlie en observant ses impressionnantes griffes.
Pour ne pas briser la magie, je laisse volontairement sa question en suspens. Et surtout, j’évite de lui raconter que ce plantigrade a été naturalisé (ne dites plus empaillé) et que seule sa peau, qui recouvre un corps constitué de mousse de polyuréthane, est d’origine.
Vite, on se saisit plutôt du badge de doudou pour comparer la fréquence des battements du cœur du plantigrade lorsqu’il est endormi durant l’hiver ou en pleine action au beau milieu de l’été. Et par un joli effet de miroir, la jeune aventurière s’interroge ensuite sur son cœur et ses propres battements.
Plus loin, le concepteur de cette exposition temporaire a aussi joué la clé de l’apprentissage par l’identification en proposant aux marmots d’imiter, sur un grand tapis, les postures, souvent rigolotes ou drôlement humaines, d’ours qui défilent sur un écran géant face à eux. Pendant que Charlie s’en donne à cœur joie en se faisant de nouveaux copains, je m’attarde sur Cannelle, la dernière représentante de la population d’ours des Pyrénées, abattue en 2004 par un chasseur. Une vitrine qui trône à l’entrée de la dernière partie de l’expo et qui explore les liens, pas toujours jolis, qui unissent depuis l’Antiquité les hommes aux ours.
Un espace que nous traversons un peu à la hâte avant de pousser, de concert, un « Wow » final devant l’ultime salle de l’expo, tapissée de quelque 700 ours en peluche. Des doudous que la gamine verrait bien dans son lit, pour tenir compagnie à son « ours brun blanc ». Une fresque qui est davantage, pour nous les adultes, le symbole de la situation préoccupante de ces mammifères qui, si rien ne change, n’existeront bientôt plus que dans le coffre à jouets de nos enfants. Une idée à transmettre plus tard, dans les prochains jours, lorsque les souvenirs de cet après-midi au musée reviendront dans nos conversations…

Anouck Thibaut

La question

L’ours : ce « gentil » animal méchant

Mammifère complet, capable de courir, nager et grimper à un arbre, l’ours est un animal redoutable. Sur la banquise ou au cœur de la forêt tropicale, mieux vaut ne pas croiser ce plantigrade sur sa route. Et pourtant, dans la littérature jeunesse comme dans les dessins animés, l’ours est un personnage affable et protecteur qui, tel Ernest imaginé par Gabrielle Vincent, ne ferait pas de mal à une souris.
Comment expliquer ce hiatus entre la réalité et l’imaginaire ? Gérard Cobut, un des concepteurs de l’exposition Ours et Nounours, avance une triple piste d’explications à cette question complexe : « Depuis le Moyen Âge, les hommes se sont efforcés de capturer et de dominer l’ours, en le coupant de cette nature sauvage qui leur faisait peur. Captif, sur les champs de foire ou dans les zoos, l’ours a forcément perdu son image d’animal redoutable. Ensuite, l’histoire du président américain Roosevelt, qui a protégé un ourson lors d’une partie de chasse, est aussi passée par là. Enfin, les études ont prouvé que tout ce qui est rond est mignon et attire d’emblée cette envie de protection. C’est le cas de l’ourson dont la tête est ronde, tout comme celle du bébé humain, d’ailleurs. Et c’est aussi pour la même raison que les chats attirent autant la sympathie ! ».

Zoom

Le nounours, un jouet pas comme les autres

Impossible de ne pas faire le lien entre l’ours, de chair et d’os, et sa déclinaison en peluche qui, depuis plusieurs générations, fait partie des jouets fétiches des mômes. D’ailleurs, dès l’entrée de l’expo, les « grands enfants » seront ravis de tomber nez à truffe avec deux de ses représentants les plus emblématiques ayant vu le jour presque de concert au tout début du XXe siècle : une réplique du premier ours articulé de la marque allemande Steiff et le fameux Teddy Bear, fabriqué en hommage au président Roosevelt qui aurait épargné un ourson lors d’une partie de chasse.
À côté du doudou, objet transitionnel par excellence, et de la poupée, jouet confident servant à imiter le monde des adultes, l’ours en peluche a une place à part, comme le résume le psychologue André Michelet : « L’ours en peluche n’est pas une représentation exacte du plantigrade, mais plutôt une figure anthropomorphique symbolisant un être humain avec le moins de précision possible. Du fait même de cette imprécision, les rapports du tout-petit avec son ours peuvent être plus ouverts, plus fantasmés que ceux noués avec une poupée puisqu’il s’agit d’un support moins réaliste ».

En pratique 

► Ours et Nounours, au Muséum des Sciences naturelles (Ixelles), jusqu’au 1er septembre 2019. Visite libre ou guidée, avec aussi de nombreuses animations pour tous les âges. Infos : 
► Accessible dès 4 ans : n’oubliez pas de venir avec l’ours en peluche (ou le doudou) de votre enfant !
Réduction pour les membres de la Ligue des familles.

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