12/15 ans

Ouvrir son compte Facebook,
pas un jeu d’enfant

Nos préados pullulent déjà sur les réseaux sociaux. Et il vaut mieux les accompagner dans l’ouverture d’un compte pour éviter qu’ils ne se livrent en pâture sur internet.

Ouvrir son compte Facebook, pas un jeu d’enfant

Oui, Facebook, c’est officiellement à partir de 13 ans. On a bien dit « officiellement ». Mais nos p’tites nanas et nos p’tits mecs sont nombreux à se précipiter sur ce moyen facile et rapide de communiquer avec le monde extérieur au foyer. Dès l’âge de 9 ans, ils s’inscrivent bien souvent sur un réseau social. C’est simple. Il suffit de truquer sa date de naissance. Et on sait qu’à cet âge-là, ils prennent un plaisir particulier à se vieillir d’un an ou deux.
Mais si on déconseille, avant 13 ans, l’ouverture d’un compte Facebook, le réseau social le plus populaire auprès des jeunes, ce n’est pas pour les brimer. C’est parce qu’il faut une maturité suffisante pour gérer son e-réputation dès qu’on balance les premières infos sur un site, une page, un mur ou un blog

Un profil public et bien ancré

Les données, statuts, commentaires et photos personnels sur son mur ou sa page composent « le patrimoine informationnel » de la personne. « Au-delà de ton image, on sait qui tu es, ce que tu fais, avec qui tu es connecté, quelles sont tes valeurs, ce que tu likes et ce que tu ne likes pas. À partir de là, on peut déjà dire si tu es quelqu’un qui est tourné vers les autres ou pas, par exemple », explique Étienne Wery, avocat spécialisé dans le droit des nouvelles technologies de l'information.
Son profil public se dessine et reste pour toujours sur la toile. C’est pourquoi l’ouverture du compte est une étape cruciale. « C’est là qu’on va paramétrer au départ toute la vie privée et notamment qu’on va dire si on autorise uniquement les amis acceptés ou les amis des amis. À partir de là, les choses un peu subtiles apparaissent », avertit l’avocat.

Des données qui valent de l’or

Une subtilité, non pas parce qu’on est débile. Mais parce que les réseaux sociaux ont tendance à complexifier les paramétrages du compte de façon consciente. « Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? C’est un peu la façon dont les réseaux sociaux travaillent. Plutôt que de faciliter la gestion du profil, ils ont tendance à la complexifier à outrance. Et chaque fois, c’est sous couvert de sublimes innovations. En réalité, on fait vite une bêtise. Et je suis convaincu qu’ils spéculent sur un certain nombre d’erreurs des gens qui vont inconsciemment divulguer tout un tas de données. Et d’un autre côté, ils réclament de plus en plus d’infos, sous prétexte de mises à jour, de vérification des coordonnées… Et, évidemment, toutes ces données sont exploitées », s’indigne Étienne Wery.

Éduquer les enfants et les parents

Et il faut avoir en tête que Facebook n’est pas gratuit, ni aucun réseau social, ni même un clic sur un site. « Leur modèle économique repose sur l’exploitation des données. Et les gens ne voient toujours pas la gravité du numéro de téléphone, de la date de naissance, etc. Ils ne s’en rendent pas compte », poursuit le spécialiste, en pointant tout autant les adultes.
Nos enfants ne vont pas nécessairement comprendre le business qui se cache derrière leur partage de photos et de petits mots d’amour. Pour eux, Facebook, c’est juste marrant. Il faudra peut-être quatre ou cinq ans avant qu’ils en comprennent l’enjeu et qu’ils apprennent à manipuler l’outil.
Il vaut donc mieux les accompagner dans l’ouverture de leur(s) compte(s) en ligne. Et si on n’y connaît rien, que ce soit pour lui, pour elle ou pour soi, pour tout de suite ou pour plus tard, eh bien, on se renseigne sur le mode d’emploi de ces réseaux sociaux. Ou on prend deux heures à un ami qui pourra nous expliquer. Comme tout, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, ça s’apprend.
Et pas la peine de le contrôler en permanence ni de lui interdire l’accès pour soi-disant « éviter le problème, il y a assez des distractions comme ça dans la vie ». Interdire, ça peut aussi l’inciter, à l’âge de l’éventuelle rébellion contre l’autorité - parentale, de préférence - à braver l’interdit et à aller livrer ses données en pâture sur la toile.
On ne devient pas parano pour la cause non plus. D’ici à 2016, il devrait exister un milliard de comptes Facebook. Pas sûr que, dans cette masse, les photos de notre préado boutonneux aient tant d’importance.
Et une fois que son compte est ouvert, pourquoi ne pas passer en revue son mur avec lui ou elle, tous les X mois, pour analyser ensemble l’image, les valeurs et la personnalité qu’il reflète ? Avec son accord, évidemment.

Stéphanie Grofils

Des parents en parlent...

« Je ne suis pas toujours d’accord avec tout ce que ma fille met sur son mur. Mais je ne vais pas pour autant commencer à supprimer son mur d’initiative. Je préfère en discuter à intervalles réguliers avec elle. »
Stéphane, papa de Camille (13 ans)

La petite histoire

Étienne Wery reçoit dans son cabinet des centaines, si pas des milliers, de personnes qui ont, un jour, mis des infos sur Facebook et qui le regrettent ensuite. Plus tard, ils se disent que ça les a fait rire sur le moment même mais que c’était quand même très con, raconte l’avocat. « Le cas typique, c’est le gamin de 18, 20 ans qui est forcément de gauche, forcément altermondialiste, qui va manifester… Et dix ans plus tard, alors qu’il postule dans une banque de la City à Londres, on retrouve une photo de lui sur laquelle il est en train de lancer des briques sur des flics. Pas sûr que le vieux schnock qui lui fera passer son entretien d’embauche lui pardonnera. Le gamin se retrouve avec un problème : il ne pourra en vouloir à personne d’autre qu’à lui d’avoir publié cette photo. En attendant, il le regrette, parce qu’à 27 ans, il ne pense peut-être plus ce qu’il pensait à 17, et qu’il se verrait bien trader à Londres. Sauf que ce n’est pas compatible avec le statut d’altermondialiste », avertit le spécialiste du droit des nouvelles technologies de l'information.

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