16/18 ans

Ovaires et testicules : une conférence
pour parler sexe sans tabous

Mais comment ça marche, en fait ? Égarés entre l’ignorance et d’approximatives infos glanées sur la toile, les ados angoissent, s’interrogent en secret, les parents sont mal à l’aise… Et s’il suffisait d’en parler, vraiment et sans détours ? Pari relevé par les comédiennes Brigitte Simonet et Myriam Mangelinckx, qui ont concocté une conférence confidentielle sans tabous.

Ovaires et testicules : une conférence pour parler sexe sans tabous

Des courbes et des poils. La voix qui mue et le duvet qui s’installe au-dessus de la lèvre supérieure. Seins qui s’annoncent (ou pas), torses qui se développent (ou non), un peu plus ou un peu moins, les hormones sont en folie. Et nos jeunes s’interrogent ou inventent des légendes face à ces corps qui mutent, cosmonautes lâchés dans l’espace entre deux planètes, entre enfance et âge adulte, empêtrés dans ces combinaisons dont on a oublié de leur donner le mode d’emploi.
Comment parler sexe à nos ados, sans édulcorer mais sans bousculer non plus ? En respectant leurs sensibilités, mais sans tabous ? À cette question qui embarrasse parfois les parents, deux auteures et comédiennes ont décidé de répondre avec humour et délicatesse. Elles proposent Ovaires et testicules, un petit OVNI entre théâtre et conférence.
« Un spectacle confidentiel qui parle de tout, tout simplement, explique Brigitte Simonet, quand elle revient sur la genèse du projet. Je trouvais qu’il y avait peu de choses faites pour aborder les questions de sexualité ou de la vie affective. Avec quatre enfants, j’ai pu voir que les animations qui leur sont proposées à l’école sont un peu vieillotes. Je me suis demandé si les jeunes pouvaient réellement se débrouiller pour trouver des informations fiables. »
Alors Brigitte Simonet passe à l’action. Elle mène l’enquête. D’abord en consultant internet : « J’ai été sidérée. Parmi la masse d’informations disponibles, beaucoup de réponses fausses, trop d’approximations, il n’existe en réalité pas grand chose pour parler clairement de sexe aux enfants. Et les parents ne sont pas les mieux placés pour expliquer tout ça ».

Dédramatiser le sexe

Brigitte Simonet aime « faire les choses », et comme elle a identifié un manque, elle décide de le combler. « C’est dans mon caractère, avoue-t-elle avec une pointe d’amusement dans la voix. J’ai rencontré Myriam Mangelinckx à la sortie des ateliers de théâtre que fréquentaient nos filles. Nous avons sympathisé, je lui ai exprimé cette frustration, parlé de mon idée de monter une conférence sous forme de spectacle à destination des jeunes ados, qui aurait pour propos de dédramatiser le sexe ».
Enthousiasmée, Myriam Mangelinckx embarque dans l’aventure. Et ensemble, elles s’attèlent à la tâche. « Nous avons dépouillé toute la littérature que nous pouvions trouver, les ouvrages scientifiques, la littérature jeunesse, les blogs et les sites spécialisés, les articles et les documentaires. Nous avons aussi interrogé beaucoup de jeunes, collecté des expériences, et aussi collaboré avec une spécialiste qui travaille dans un centre de planning familial ».
La route se trace avec un seul fil conducteur : quelles sont donc les questions que les ados se posent, en vrai ? Au cours de leurs recherches, Brigitte et Myriam découvrent un monde fait de beaucoup d’ignorance, de croyances farfelues, d’exagérations et de peurs. « Certains jeunes se posent toute sortes de questions que l’on a du mal à s’imaginer, d’autres ont des préoccupations qui peuvent faire sourire. Un exemple ? Un jeune garçon qui se demandait s’il fallait mettre son préservatif déjà avant de sortir ! Nous avons extrait ce qui pouvait servir notre propos et nous étions toutes les deux d’accord : simplicité, humour et légereté ! Rien de lourd, de vulgaire ou de compliqué. Ce n’est pas pour autant que nous édulcorons les choses : nous parlons clair, nous sommes parfois crues, l’essentiel étant de nous exprimer sans tabous ».

Une conférence d’utilité publique

La théorie posée, on peut passer à la pratique. Avec des ados, des vrais, ceux-là même qui se posent des questions. Dans la salle, la tension est palpable. Une excitation parcourt les rangs, les élèves de deux classes de 2e secondaire s’installent dans la pénombre. Ils s’interpellent, choisissent précautionneusement leur place, filles d’un côté, garçons de l’autre. Très concentré·e·s quand la conférence commence enfin.
Puis, la gêne se dissipe : on rit franchement, on lance des regards entendus. La mise en scène s’y prête : les comédiennes ne se contentent pas de parler, elles illustrent aussi, grâce à un décor et des accessoires simples et amusants, toutes les facettes de la vie sexuelle et affective des ados. L’influence des hormones, le développement physique et psychique, la contraception, les premiers baisers et les premières expériences, la virginité et la masturbation, l’homosexualité et l’intersexualité, la contraception, les questions qui tournent autour du consentement.
Pari réussi, la gageure pédagogique est relevée par Brigitte et Myriam : les commentaires des ados à la sortie de la pièce sont éloquents. « Le but ultime de notre pièce, c’est de rassurer, précise Brigitte Simonet. Que les ados réalisent que ce qui leur apparaît comme un problème n’est pas très grave, va évoluer, s’arranger, qu’ils ne sont pas seuls dans leur situation. Dès qu’ils savent comment faire ou ce qui va leur arriver, qu’ils peuvent refuser ou expérimenter dans la sécurité, ils sont soulagés. Et c’est le plus important ».
Les comédiennes ont déjà joué dans plusieurs écoles et aussi devant un public plus large au théâtre de la Vénerie, à Bruxelles. Avec un succès retentissant et des parents conquis : « Des personnes de plus de 50 ans ont avoué avoir appris des choses ! Des parents sont venus nous exprimer leur satisfaction, car ils n’auraient jamais osé aborder toute une série de choses eux-mêmes, contents que leurs enfants aient entendu tout ça ».
Le défi, à présent, c’est de convaincre un plus grand nombre d’établissements, que des profs de sciences, de morale, ou des directeurs organisent des représentations d’Ovaires et testicules dans les écoles. Car un ado averti… est un ado averti !

Aya Kasasa

En pratique

Vous souhaitez proposer à l’école de votre enfant d’organiser une conférence Ovaires et Testicules dans le cadre des activités EVRAS ? Contactez Fabrice Vandersmissen au 0476/61 12 81 ou Philippe le Guével au 0488/80 83 12.

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