Vie de parent

Paiement des crèches
et déconfinement : tout le monde
n’est pas logé à la même enseigne

On s’en doutait un peu, mais ça se confirme. Les règles de l’ONE concernant le paiement de la PFP (participation financière des parents) sont appliquées de façon très différentes par les crèches en Fédération Wallonie-Bruxelles. L’importance d’un contact clair et suivi entre parents et milieux d’accueil se révèle plus que nécessaire. Un constat : devant l’accueil de leurs enfants, les parents ne sont pas tous égaux.

Paiement des crèches et déconfinement : tout le monde n’est pas logé à la même enseigne

Attention, sujet sensible ! Dans les mesures présentées hier soir, l’ONE voulait surtout éviter d’installer une tension financière entre les parents et les milieux d’accueils. Si les parents ne sont pas obligés de mettre leur enfant à la crèche à partir de lundi, par contre, ils sont obligés d’honorer le contrat signé avant le confinement. Contrat qui avait été mis entre parenthèse depuis la mi-mars.

L’ONE a isolé quelques cas de figure, liés à la crise sanitaire, qui permettent à certains parents de ne pas payer (salaires amputés par la crise, problèmes de santé…). L’institution ouvre aussi la possibilité (encore assez floue) de modification des contrats. On suppose qu’il s’agit d’accord comme celui qu’Hélène a passé avec sa structure.

« Au début, j'étais complètement contre le fait de remettre mon enfant à la crèche. Mais comme c’est une petite structure de seulement cinq enfants et que le télétravail me pèse de plus en plus, j'ai convenu qu'il retourne trois jours semaine (au lieu d'un temps plein), le temps du télétravail. Je ne paie que pour les jours de présence. »

La peur, l’argent

Pour les milieux d’accueil, la situation est très inconfortable. Certains ont traversé de grosses difficultés financières, les compensations de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne comblant pas toujours l’absence de paiement des parents durant la période de confinement. Parfois, c’est l’existence même de certains lieux qui est menacée.

Ariane est responsable d’une crèche privée : « Cela peut sembler ridicule pour certains parents, mais si tout le monde arrête de payer les milieux d'accueil privés, nous pouvons mettre la clé sous la porte. Nos charges, elles ne s'arrêtent pas ! ». La tension est là, réelle. Avec néanmoins une bonne dose de compréhension côté parent.

Aurore est infirmière, elle répond à Ariane : « Je comprends votre point de vue. Je ne voulais placer ma fille que deux jours, mais je dois d'office la mettre tous les jours du contrat. J'ai peur pour mon enfant... ». Peur des parents. Problème d’argent. Le nœud est là.

Pour Aurélie, c’est toujours l’incertitude. « Chez nous, la direction refuse d’obliger les parents à remettre leur enfant en crèche. Ce qui est prévu, c’est d’utiliser une feuille de présence mensuelle, comme c’était le cas précédemment, et de considérer que les jours annoncés de non présence sont assimilés à des jours de congé. Mais la crèche ne sait pas si ça sera accepté par l’ONE. C’est difficile en tant que parent de devoir choisir, et d’avoir le sentiment que le choix qui a été fait par la Fédération Wallonie-Bruxelles est dicté par la nécessaire contribution financière des parents ».

Arrangements en ordre dispersé

Ce qui frappe dans les messages reçus, c’est la façon dont chaque crèche s’organise. Exemple, celle où Marie dépose son enfant. « Pour nous, à partir de lundi et jusque fin mai, nous devrons payer uniquement si l'enfant va à la crèche et au prorata du nombre de jour de présence. À partir de juin, nous devons payer le forfait mensuel, que notre enfant y aille ou non ». 

Chez Cécile, cela va encore plus loin. « Au niveau paiement, ce sera en fonction des présences de l'enfant jusque fin juin, peu importe la raison de l'absence. On paie uniquement si l'enfant va à la crèche ».

Tout le monde n’a pas cette chance. « Pour nous, pas de remboursement des jours payés anticipativement en mars. Payement attendu à partir de lundi, que la petite y aille ou non, peu importe si certificat médical ». Quelle différence avec la situation observée dans la crèche d’Iris !

« Dans la crèche de mon fils, il est possible de le mettre 'en congé' jusqu'au 31 août et donc de ne pas payer. Ou de choisir de le mettre une-deux fois semaine et donc de payer au prorata. Sauf que, maintenant, il y a plus de dix enfants dans sa section (chiffre maximal autorisé par l'ONE pour l'instant) et donc ils doivent refuser des enfants. C'est à n'y rien comprendre. C'est effarant de lire la disparité qu'il existe sur ce sujet. »

Dossier à suivre

Disparité, le mot utilisé par Iris est éloquent. Dans notre coup de sonde réalisé via Facebook, deux personnes qui travaillent dans des milieux d’accueil s’échangent des informations. Elles travaillent dans la même région, dépendent de la même entité. Et on comprend vite que les options souhaitées par les direction des deux établissements ne sont pas les mêmes.

Des parents se retrouvent aussi parfois confrontés à d’étranges situations. Comme cette maman qui habite dans une commune de la province de Hainaut. Sur les mesures de l’ONE, elle ne trouve rien de choquant. Par contre, « vu la situation et le peu d'enfants présents, ils ont rassemblé toutes les crèches de l'intercommunale en une seule une crèche... située à Charleroi ! Or, nous habitons Châtelet. Nous voilà donc dans l'obligation de mettre notre enfant dans une crèche qui n'est pas la sienne, de payer le tarif classique et, accessoirement, de nous imposer une heure de route tous les jours pour l'y conduire. Farfelu, non ? ».

Reste à voir comment tout cela va évoluer. Le secteur de l’accueil de la petite enfance est déjà très complexe avec des infrastructures qui sont subventionnées et d’autres pas, avec la différence d’autonomie entre le public et le privé. Avec, au passage, des différences de gestion lorsque la dimension des crèches implique aussi des organisations différentes.

Pas toujours facile pour les parents de s’y retrouver. En comparant leurs expériences, ils s’aperçoivent qu’il existe de grosses disparités qui ne leur sont pas toujours favorable. Il s’agira de voir dans quelles conditions les mesures présentées par l’ONE pourront être concrètement appliquées sur le terrain, notamment celles concernant les aménagements de contrats.

T. D.

Le point de vue
de la Ligue des familles

« Depuis le début, la Ligue des familles défend une prolongation de la mesure actuelle qui permet aux parents de ne pas payer s'ils ne souhaitent pas remettre leurs enfants et aux milieux d'accueil d'être soutenus financièrement par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les mesures décidées fin de la semaine dernière sont un progrès, en particulier pour les personnes qui sont au chômage temporaire ou ont des problèmes de santé, mais elles laissent de côté les parents qui ont peur de remettre leurs enfants en crèche.

C'est difficile pour eux de s'y retrouver: on leur dit que les enfants de 3 ans ne peuvent pas retourner en maternelle parce que ce n'est pas sûr, mais si les parents suivent la même logique pour les crèches et n'y remettent pas leurs enfants, ils doivent payer.

On n'est encore qu'au tout début du déconfinement, il y a encore beaucoup d'incertitudes, il aurait fallu laisser un peu plus de latitude aux parents. »

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C’était un des gros questionnements de certains parents qui ont des enfants à la crèche. Que se passe-t-il si je décide de ne pas mettre mon bambin dans son lieu d’accueil ? Vais-je devoir quand même payer ? L’Office de la naissance et de l’enfance a tranché. Oui, il faudra payer, mais l’institution a identifié plusieurs cas où la situation particulière des parents sera prise en compte.