Vie de parent

Papa amour...

Des papas, il y en a de toutes les sortes : des papas-gâteaux, des papas très présents ou plutôt absents, des papas-gendarmes, des papas sérieux, des papas aussi enfants que leur enfant. Leur point commun ? Au départ, ils sont tous des hommes, des amoureux en qui on a eu assez foi pour se lancer dans l’aventure parentale.

Papa amour...

Papa et homme à la fois

Alain, 42 ans, deux enfants de 5 et 9 ans : « Je me suis toujours senti les deux en même temps. Sauf peut-être pendant les deux ou trois mois qui suivent la naissance. Là, j’étais juste un papa-robot, réglé sur les choses basiques du quotidien. Sinon, ça va, je pense que l’équilibre est pas mal. Mais, au grand désespoir de mon ego, ce n’est pas grâce à moi. C’est Sylvie qui en est la raison : elle sait parfaitement bien me laisser la place qu’il faut, quand il le faut. »

Olivier, 31 ans, un bébé de 2 mois : « Je me sens homme, ça, c’est certain. Pas dans le machisme, mais dans une sorte de douce virilité. Père, ça, c’est en construction et je crois que ça va prendre un peu plus de temps que je le croyais ! Lou est vraiment toute petite, je ne suis pas encore super à l’aise avec elle tant j’ai la trouille de la faire tomber ou de lui casser quelque chose. Et puis, entre les tétées, les siestes, les câlins, elle est collée quasi vingt-quatre heures sur vingt-quatre à sa mère. J’espère que ce côté fusionnel va s’estomper, que je puisse quand même exister comme papa. »

Jonas, 26 ans, un fils de 4 ans : « J’ai eu Diego très jeune, à 22 ans. C’est un enfant désiré, parce que je me sentais prêt à ça. Peut-être que moi, contrairement à des pères plus âgés, déjà bien affirmés, avec une situation professionnelle établie, c’est la paternité qui a fait de moi un homme. Élodie dit souvent qu’elle a fait un enfant avec un ado, mais qu’elle l’élève avec un adulte, responsable qui plus est. Je pense que c’est un bon résumé ! »

Emmanuel, 38 ans, trois enfants de 2, 5 et 9 ans : « J’ai du mal à faire le distinguo entre l’homme et le père que je suis. Oui, je suis effectivement devenu père à la naissance de Valentin, mais est-ce que je ne l’étais pas déjà avant ? Naturellement, je suis protecteur avec mes proches, très enclin à accompagner les gens que j’aime, certains diront que je suis même paternaliste. Homme et père, ce sont deux fonctions qui s’emboîtent l’une dans l’autre, sans qu’elles se fassent de la concurrence, c’est un tout. »

Pascal, 55 ans, trois enfants de 25, 22 et 5 ans : « Avec ma première épouse et mes deux premiers enfants, j’ai sans doute été un mauvais mari et un mauvais père. Grâce à mon boulot, personne n’a jamais manqué de rien matériellement. Affectivement, c’est une autre histoire… Je m’en suis rendu compte bien trop tard, après un divorce plus que houleux et des discussions très franches avec mes deux grands. Aujourd’hui, j’ai une nouvelle amoureuse, avec qui j’ai une petite merveille de 5 ans. Je fais très attention au temps passé avec Stéphanie, à nous préserver des bulles amoureuses, et à ne pas non plus faire de Manon le centre de notre vie. »

Elles ont d’abord choisi un homme !

Stella, 37 ans, une fille de 12 ans : « Je suis avec le même homme depuis que j’ai 15 ans. À cet âge-là, je ne voyais pas du tout, mais pas du tout, Stan comme le futur père de mon enfant. Ça faisait dix ans que nous étions ensemble quand on a eu Lorie, c’était un prolongement normal de notre relation. Honnêtement, je vois d’abord l’homme avant le père : il est toujours mon amant, mon meilleur ami, mon soutien indéfectible avant d’être le papa de Lorie. C’est une vraie force d’être aussi soudés et amoureux comme au premier jour, on peut tout supporter comme ça. »

Anaïs, 26 ans, deux enfants de 4 mois et 3 ans : « D’emblée, j’ai su que je fonderais une famille avec Luc. Mais, attention, je ne voyais pas un père en lui, mais je savais que j’avais trouvé l’homme qui m’accompagnerait toute ma vie… enfin j’espère ! La paternité l’a rendu plus tendre, plus doux, moins centré sur lui. Du coup, il est encore plus sexy en tant qu’homme. J’adore ! »

Lisa, 31 ans, deux enfants de 2 et 5 ans : « Avant la naissance des enfants, j’étais très fière de mon homme. Il était là, grand, imposant, rassurant, à l’écoute, entreprenant. Et puis, Clara est née. Depuis, plus rien, j’ai perdu mon mec : il a complètement centré sa vie sur celle des enfants. À ses yeux, je suis juste la mère de ses enfants, celle qui se charge des choses basiques, de la logistique. C’est extrêmement frustrant, parce que, de mon côté, je n’ai jamais cessé d’être femme. J’ai besoin de me sentir aimée, qu’il me parle, qu’il me touche, ce qu’il n’est visiblement plus capable de faire. »

Isabelle, 46 ans, quatre enfants de 16 à 23 ans : « Avec quatre enfants assez rapprochés, j’ai été une maman à temps plein pendant un paquet d’années. Mais c’est grâce à Thierry si je suis aussi restée une femme amoureuse ! J’aurais facilement pu tomber dans le piège du tout pour mes enfants, mais mon mari - qui est un super papa ! - a été super vigilant quant à notre vie de couple. Il a organisé plein de petits moments rien qu’à deux, il a pris les enfants complètement en charge quand j’étais fatiguée, etc. Je suis une femme heureuse, et je suis persuadée que ça a eu une influence très positive sur ma vie de maman. »

Aurélie, 35 ans, trois enfants de 3, 6 et 8 ans : « J’avais lu dans le Ligueur un truc qui m’a marquée à propos du couple et des enfants : un + un fait toujours deux. C’est mathématique, incontestable… mais on a tendance à l’oublier quand on devient parent, et sans doute plus encore quand on devient maman. Alors, j’ai toujours fait attention à ne pas faire de Julien qu’un père. De toute façon, il est mon homme avant tout et les enfants sont la conséquence de notre amour. Après les accouchements, je me suis donc forcée à répondre à ses attentes d’amoureux. Je dis forcée, mais ce n’est pas vraiment le bon terme, il n’y a avait pas de contraintes, c’est juste que je devais passer outre ma fatigue et un corps que je ne m’étais pas encore réapproprié. » 

Un regard d’expert :
Jean Gabard
, enseignant et auteur de Rendre un père à l’enfant-roi

Une femme choisit-elle d’abord un homme pour elle ou un père pour son enfant ? Pour Jean Gabard, la réponse à cette drôle de question est non… « Enfin, pas tout de suite. Une femme cherche généralement en premier chez un homme sécurité et protection, qu’elles soient affective, physique et, on peut le dire, matérielle parfois aussi. Plus tard, à la naissance de l’enfant, c’est aussi ce qu’elle attend d’un père pour son fils ou sa fille. »
Amoureux, amant et père. Amoureuse, amante et mère. Trois rôles à jouer pour deux personnages réunis autour d’un petit être qui capte toute l’attention. « Le terme de jouer un rôle, même si j’emploie plus volontiers celui de fonction, est essentiel dans la relation du couple qui a un enfant. En jouant la fonction de père, de mère, d’amant, d’amante, on désamorce totalement une quelconque lutte de pouvoir. On amène alors du joyeux et on atteint un niveau de relation bien meilleur. Il ne faut pas vouloir rester naturel, au risque de devenir des bêtes, que le plus fort prenne l’ascendant. Il faut aller au-delà de ça et ça nous oblige à nous surpasser, à prendre sa place en laissant de la place à l’autre. »

Un fragile équilibre

Laisser de la place à l’autre, le secret d’un couple heureux serait donc là ? « L’équilibre de la cellule familiale ne tient souvent qu’à un fil. Par exemple, si le père est absent ou défaillant, on rompt tout de suite ce fragile équilibre. Qui est la première victime ? L’enfant évidemment. C’est pourquoi je mets tant d’importance dans la place laissée à l’autre, le fait de jouer sa fonction et l’équilibre dans tout cela. Aujourd’hui, les hommes jouent mieux ce rôle de père, et c’est très bien. »
De leur côté, les mères sont aussi plus attentives à laisser les pères s’impliquer plus fortement auprès de leur enfant. Mais, attention, point trop n’en faut ! « Il y a des papas qui deviennent des secondes mamans, d’autres qui ne sont plus que pères. La conséquence de cela est simple : les mères peuvent à force se passer des pères. Et effectivement, dans le premier cas, elles ont quelqu’un qui fait la même chose qu’elles, sans leurs qualités naturelles et sans apporter de plus-value. Dans le second cas, elles ne voient pas pourquoi elles devraient ‘se coltiner’ un type pour lequel elles n’existent presque plus. »
Jean Gabard sous-entendrait-il que le couple devrait donc s’effacer derrière les fonctions de père et de mère pour continuer à exister ? « D’une relation à deux, on passe à une relation triangulaire à la naissance de l’enfant. Celui-ci va prendre une place considérable et les parents vont devoir répondre aux besoins de ce petit être totalement dépendant d’eux. Pour remplir cette fonction parentale, le temps réservé au couple diminue forcément beaucoup. Si on n’est pas assez vigilant à maintenir la relation amoureuse - rappelons que c’est elle qui est à l’origine de tout ! -, alors le risque est que le couple initial ne soit plus qu’un couple de parent. »

Romain Brindeau

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Pour le bonheur de vos enfants, faites l’amour, une interview du sexologue Pascal de Sutter.

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