Vie de parent

Papa maison...

Papa est au travail. Mais quand il rentre qu’attend-t-on de lui ? Qu’il joue au gendarme ? Le papa d’aujourd’hui rêve de retrouver ses mômes et de s’en rapprocher, tantôt en jouant avec eux, tantôt en s’occupant du bain, du souper, de la mise au lit, de ces mille et unes petites choses parfois lourdes, mais qui créent l’intimité au quotidien. Et les mamans ? Et les enfants ? Qu’attendent-ils de papa, une fois rentré du boulot. Témoignages prolongés par l’avis du pédiatre, Jacky Israël.

Papa maison...

De quel papa les mamans rêvent-elles pour leurs enfants ?

Elsa, 29 ans, deux enfants de 3 ans et 10 mois : « Il ne serait pas content de m’entendre, mais ce serait confortable qu’il mette des limites. Cela ne veut pas dire qu’il doit jouer au gendarme. J’attends aussi qu’il soit un papa-relais, quand je suis épuisée, surtout depuis que nous avons eu un deuxième bébé. »

Delphine, 26 ans, un bébé de 10 mois : « Je crois qu’on en demande beaucoup aux papas, aujourd’hui. Cela ne doit pas être simple. C’est un fameux challenge, surtout avec la crise. Je voudrais qu’il soit mon homme et aussi un papa impliqué, ce qui signifie faire une croix sur d’autres choses comme certaines sorties entre copains. Pour moi, il pourrait être à temps plein à la maison, mais cela m’embêterait car ce serait galère d’un point de vue financier. Et puis, je crois qu’il deviendrait fou s’il devait rester à la maison… »

Lucie, 32 ans, deux enfants de 4 ans et 6 mois : « J’ai toujours rêvé le père de mes enfants aux antipodes de ce qu’était mon père. C’est-à-dire que j’espère qu’il ne fera pas de notre fils Louis un macho comme mes frères le sont devenus en copiant le modèle et les attitudes de leur paternel. J’aimerais que, lorsqu’il accomplit une tâche ménagère - car il en fait ! - il y associe notre gamin. Sinon je trouve que c’est un chouette papa, très présent, qui partage ses passions, éveille nos enfants aux choses de la vie. »

Noémie, 28 ans, enceinte de 7 mois : « Tout. J’attends que le père puisse faire tout ce qu’une mère doit faire. Cela permet de se répartir les tâches et les activités, que ce soit à la maison mais aussi en dehors. L’éducation, cela passe par le concret. »

Wendy, 41 ans, trois enfants de 7, 11 et 14 ans : « Je remarque que je fais beaucoup de recherches sur l’alimentation, le sommeil, l’école, l’éducation bienveillante, etc. Lui, pas du tout. Il se fait plus confiance. Il est plus instinctif et dans la reproduction de ce qu’il a connu. Même s’il est ouvert à ce que je lui raconte et super proche de nos filles, j’aimerais qu’il se remette plus en question. »

Sandra, 46 ans, trois ados : « Je voudrais qu’il représente l’autorité, mette plus de limites. Mes enfants disent d’ailleurs que c’est moi qui représente l’autorité. Il est plutôt papa-copain, trop à mes yeux. »

Valérie, séparée, 43 ans, deux fils de 15 et 12 ans : « Mon ex met le cadre et aide les enfants à oser des choses pour lesquelles ils sont craintifs, ce que je trouve positif. J’apprécie aussi qu’il soit un modèle masculin, vu que nous avons eu des fils. J’attends aussi qu’il soit à leur écoute, qu’ils se racontent des trucs de mecs, et si possible pas à travers ses besoins à lui, ce qui est arrivé au moment de la séparation. »

Sarah, 37 ans, deux enfants de 10 et 13 ans : « J’attends qu’il mette des limites, ce qu’il ne fait pas du tout, parce qu’il ne sait pas le faire, vu qu’il n’a pas été éduqué comme ça. Cela me permettrait de souffler et de ne pas jouer le rôle de la méchante mère. C’est parfois source de conflits, même s’il est très présent pour s’occuper des enfants. »

Armelle, 42 ans, trois enfants de 10, 7 et 5 ans : « L’autorité, c’est le père ; la douceur, c’est la mère… Le sport, c’est le père ; la littérature, c’est la mère… ce genre de distinctions, ce n’est pas mon truc. Je suis pour une belle complémentarité dans l’éducation, les goûts… Je rêve d’une présence bienveillante, en continu, en commun, avec des interactions entre nous cinq. »

Et les enfants, de quel papa rêvent-ils ?

Aurélien, 10 ans : « Avec mon papa, ce que je veux, c’est faire de chouettes activités, qu’il m’accompagne au basket, qu’il m’encourage et pouvoir parler avec lui. »

Timéo, 8 ans : « Mon père, il est trop chouette. Il s’occupe tout le temps de moi, on regarde des DVD sur son ordi, il joue au foot avec moi, il a construit un goal et même une cabane. Il ne se fâche jamais, sauf si je fais une grosse bêtise comme le jour où j’ai été chez un copain sans le dire à mes parents. »

Coline, 9 ans : « Moi, mon papa, j’aimerais qu’il s’intéresse plus à mes devoirs, à mes travaux. C’est maman qui s’occupe de tout cela. J’aimerais aussi qu’il vienne plus aux fêtes de l’école ou me rechercher à 16 heures, mais avec le restaurant, il n’a jamais le temps. »

Zoé, 11 ans : « Je ne vois papa qu’une semaine sur deux. J’aimerais bien qu’il s’occupe plus de moi quand je vais chez lui. Il est toujours à son ordi. Quand je lui demande de faire quelque chose avec moi, il me dit qu’il le fera après, mais après il n’a plus le temps. Avec maman, on va dans des musées, à la piscine, on fait des promenades à vélo, on prépare des gâteaux ensemble et ça, c’est gai. »

Félix, 9 ans : « C’est papa qui dit ce qu’il faut faire, qui se fâche quand je fais des bêtises. Avec maman, je parle plus si quelque chose me chipote. »

Regard d’expert :
Jacky Israël
, pédiatre : « Les pères sont demandeurs d’agir à leur manière »

« J’avais créé, il y a quelques années, un groupe de pères en suivi post-natal. Il est ressorti du groupe qu’au début, le tempo est donné par les mères. Elles souhaitaient que le père agisse au moment où elles le voulaient. Cette approche est aujourd’hui mise à mal du fait que les femmes travaillent. Les pères trouvent dès lors des créneaux où ils se retrouvent seuls avec leurs enfants. C’est une évolution positive. Des femmes les encouragent aussi dans ce sens. Dans les maternités, les pères s’occupent plus du bébé, vont donner le bain, faire certains soins, etc. Ils sont demandeurs de pouvoir agir à leur manière.
Mais au fur et à mesure que l’enfant grandit et commence à avoir des difficultés de séparation (par rapport au sommeil, pour aller à l’école, quand il commence à explorer, quand il entre dans la phase de l’interdit, etc.), la mère demande un soutien important de la part du père. Beaucoup de mères souhaitent alors que le père fasse autorité, ce qui n’est pas toujours le cas. En effet, de plus en plus de mères exercent l’autorité aujourd’hui. Il y a des inversions dans certains couples… Cela peut poser des problèmes car le père est trop maternant et la mère doit, dès lors, être à la fois maternante et faire autorité, ce qui la met en concurrence avec le papa. Cette question de l’autorité est fondamentale. Il faut qu’il y ait un accord de fond entre le père et la mère, que ce soit l’un ou l’autre qui l’exerce. »

La mère a un temps d’avance sur le père

« Beaucoup de parents parlent du 50/50 pour partager les tâches. Pour moi, il y a maldonne. Quand le bébé est petit, il a beaucoup plus besoin de mère que de père. Dans les interactions mère-enfant, celui-ci est plus en demande de sécurité affective du côté de sa mère que du côté de son père. L’enfant a passé neuf mois in utero, des liens se sont tissés… La figure d’attachement principal, c’est la mère (ce qui ne veut pas dire que certains pères ne puissent pas se substituer à la mère, par exemple, quand elle est défaillante ou quand elle laisse la place). Elle a un temps d’avance sur le père. Elle a vécu des choses avec le bébé que le père ne vivra jamais. Au fur et à mesure que l’enfant se développe, on peut se rapprocher du 50/50… »

Séparation : les mères ne font pas confiance

« Quand la séparation se passe très tôt et que l’enfant est tout petit, les mères sont très protectrices. Elles voudraient que le père continue à jouer son rôle mais, inconsciemment, ne lui donnent pas toujours la possibilité de le faire. Elles ne lui font pas confiance. Les pères se sentent alors brimés et frustrés car, d’un jour à l’autre, ils passent d’une présence quotidienne à une présence hebdomadaire, ce qui est très difficile à encaisser. Tant que les problèmes du couple ne sont pas résolus, les mères ont du mal à passer la main. Lacan disait que le père n’existe que dans le regard de la mère. C’est elle qui, consciemment ou non, autorise le père à s’occuper de l’enfant ou pas. »

Michel Torrekens

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Lu pour vous

  • De Jacky Israël : Enfants, mode d’emploi à l’usage des pères aux éditions Anne Carrière et Bébé dis-moi pourquoi tu pleures aux éditions Eres.
  • De Jean Le Camus, professeur émérite en psychologie à Toulouse, Le vrai rôle du père et Comment être père aujourd’hui, aux éditions Odile Jacob.
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