+18 ans

Papa, maman : j’arrête mes études !

« Chacun sa route, chacun son chemin », disait la chanson. Si pour certains étudiants, l’orientation est rectiligne, pour d’autres, elle peut s’avérer plus sinueuse. Ces derniers tâtonnent, gomment, recommencent. Souvent suite à une erreur initiale dans leur choix, ils jettent l’éponge en cours de route. Que faire dans ce cas ? Spécialistes et étudiants vous remettent leur copie.

Papa, maman : j’arrête mes études !

Voilà que, sans prévenir, votre rejeton bien-aimé vous annonce que sa chère filière tant convoitée ne lui convient pas du tout et qu’il arrête. « Quoi ? Arrêter complètement ? », demandez-vous, fébrile. « Complètement », répond-il catégorique. On ne cède pas à la panique. Avant toute chose, réglons la question administrative.

Le jeu de l’oie

La décision est prise et, finalement, vous n’avez plus vraiment voie au chapitre (nous verrons quelles sont les réactions à adopter plus loin). Il est temps d’entamer le parcours administratif du combattant. Et ce n’est pas rien !
Le premier réflexe consiste à faire une demande au secrétariat de l’école, afin d’obtenir une attestation qui stipule la date d’abandon des études. À condition qu’il n’y ait plus d’obligation scolaire, à savoir que votre petit ait plus de 18 ans. Cette attestation est obligatoire pour la suite des droits sociaux.
Ensuite vient la question des allocations familiales. Jusqu’au 31 août de l’année de sa majorité, votre enfant les conserve, même s’il n’est pas ou plus inscrit dans une école (voir encadré). Et le fameux minerval, demanderont certain ? Avant le 1er décembre, il est possible de récupérer ce droit d’inscription ou de le faire transférer via l'établissement. Il est capital de bien se renseigner auprès de celui-ci afin de connaître sa politique de remboursement.
Enfin, s’il rentre sur le marché du travail et que ses revenus ne dépassent pas 520,08 € brut par mois - très précisément - et qu’il a moins de 25 ans, il reste sur votre mutuelle. En revanche, dès qu’il trouve un travail ou qu’il termine son stage d’insertion professionnelle, il peut s’inscrire en tant que titulaire auprès de la mutuelle de son choix.
À partir de là, l’aventure commence. Évidemment, sans diplôme ou formation spécialisée, le parcours risque d’être plus difficile. S’il choisit d’arrêter de travailler, il doit s’inscrire comme demandeur d’emploi au Forem (Actiris, ADG ou VDAB). Ces organismes peuvent même lui permettre de débuter un stage d’insertion professionnelle. L’aspect administratif est réglé, mais le plus dur reste à faire.

Pourquoi arrête t-il ?

Les spécialistes interrogés sont catégoriques : il existe autant de facteurs d’abandon que d’histoires personnelles. Les problèmes d’orientation reviennent assez souvent. Philippe Fonck, directeur du Centre d’Orientation et d’Information de l’UCL, nuance néanmoins : « Il y a les facteurs d’orientation, certes. On se base sur un choix qui ne nous correspond pas. Il y a également un problème dans l’évaluation de ses compétences. Mais il y a aussi tout ce qui est à côté. Une mauvaise gestion de son autonomie, par exemple. À laquelle peuvent se rajouter des facteurs personnels, comme une relation amoureuse tumultueuse, la solitude, l’anonymat, la peur de la grande ville. »
Quelle qu’en soit la cause, il est nécessaire de bien cibler les raisons de cette pause pour mieux rebondir. Laurent Belhomme, responsable de Psy Campus à l'ULB se demande : « Est-on suffisamment équipé dans le secondaire pour s’arrêter à un choix d’études. Il n’y a pas que le trajet qui compte, mais aussi la façon d’y arriver. Construire un projet nécessite de savoir un peu qui on est. Les arguments rationnels n’ont pas toujours leur place. »
Il existe en effet tout un arsenal qui permet de porter une réflexion sur son projet d’orientation : cours ouverts, tests dans les facultés, centres d’orientation… « Il est préférable de s’engager dans des études tout en prenant en compte la réalité des choses », recommande Philippe Fonck. Et pour nous, parents, pas facile de comprendre et d’accompagner ce genre d’étapes dans la vie de notre enfant.

Ni trop près, ni trop loin

Soyons honnête deux secondes : vous êtes déçu et inquiet. Et c’est bien normal. En tant que parents, on nourrit des rêves pour ses enfants. De plus, vous n’avez pas de réponses. Que faire ? Encourager, mesurer, ne pas mettre l’aspect administratif et social en avant et révéler les potentialités de votre enfant. Montrez-vous constructif et cherchez une solution ensemble.
« Les parents doivent rester un peu à côté et prendre du recul. Il n’est jamais mal de se demander comment aider le plus justement possible. Souvent, un accompagnement spécifique est nécessaire. Vous pouvez faire appel à des ressources qui sont proches de lui, amis, anciens professeurs, etc. », préconise Philippe Fonck. Le jeune doit se sentir soutenu dans cette période délicate.
Autre rôle de parent : bien nommer les difficultés que traverse son enfant. Qu’est-ce qui se passe dans sa vie ? Quelle est la charge émotionnelle de sa décision ? A-t-il peur d’avouer ou de décevoir ? Et, bien sûr, évitez de prendre le sujet pour vous.
Laurent Belhomme constate que le plus délicat pour la famille est d’être confrontée à un défi qui touche à l’énonciation de soi. Il s’agit même d’une petite révision dans le système familial. « J’aurais tendance à ne pas donner de conseil pour ne pas être un prescripteur de plus. On ne va pas lui dire comment il faut faire. Ça ne sert à rien de vouloir court-circuiter son malheur. À lui de mesurer les conséquences de son choix. Et puis, relativisons : on peut avoir le droit de perdre du temps », observe le psychologue.
Les experts interrogés conseillent aux familles de se servir des autorités plus compétentes pour faire face à leur situation, en s’appuyant autant sur ce qu’ils éprouvent que sur ce qu’ils pensent. Il faut garder en tête que les plus malheureux peuvent être aussi ceux qui réussissent. Parce que, pour eux, il va falloir aller au bout d’un choix qui ne correspond pas forcément à ce qu’ils voulaient au départ.

Et après ?

Pour la suite, on peut mettre tout en œuvre pour aider le jeune à s’approprier le défi, s’organiser et bien sûr relativiser : arrêter ses études en 1re année, ce n’est pas forcément quelque chose de grave. Qu’un étudiant ait besoin d’une année de réflexion, non plus. Cela peut-être une expérience très enrichissante. Au lieu de se dire « Je ne veux plus y être », on peut le voir comme « Je veux être dans un endroit plus en phase avec ce que je suis, ce que je pense et ce que j’éprouve ».
Laurent Belhomme constate qu’il est très important que les familles et les jeunes adultes puissent s’autoriser à se sentir les autorités les plus compétentes pour faire face à une telle situation.
Il faut coûte que coûte mobiliser votre jeune sans le culpabiliser. De là, il peut se mettre en action et faire en sorte qu’il apprenne à travers elle. Il est capital de conserver une certaine dynamique, plutôt que de rester chez soi à regarder des séries à la télé toute la journée ! On peut suivre des cours de langues, partir à l’étranger, voir une autre famille, prendre du recul, et ainsi renforcer ses apprentissages. Cela permet même de conserver son statut d’étudiant.
On peut aussi se mettre dans un mécanisme de préparation et d’organisation de sa méthode de travail. Beaucoup de jeunes dans cette situation se trouvent via des activités solidaires. Par exemple, Solidarcité permet aux étudiants en pause de profiter d’une année off pour se construire, être en phase avec leurs valeurs citoyennes et repartir du bon pied.

Yves-Marie Vilain-Lepage

En pratique

Gare aux allocs !

Dès le 1er septembre de l’année de ses 18 ans et jusqu’à ses 25 ans, votre enfant doit suivre suffisamment d’heures de cours pour continuer à avoir le droit de toucher des allocations. S’il jette l’éponge entre le 1er janvier et le 1er mars : il devra en rembourser 60 %. Entre le 1er mars et le 1er mai : il devra en rembourser 50 %, puis 40 % s’il a une absence injustifiée à un seul examen d’une session complète.

Les mots qui plombent

Cette sortie de route prématurée, n’est pas le moment le plus agréable de la vie de votre grand enfant. Vous pouvez donc éviter certaines formules :

  • « Mais qu’est-ce que tu vas faire de ta vie ? »
  • « C’est ton choix, tu te débrouilles, j’ai d’autres soucis, hein »
  • « Je t’avais dit que ça n’était pas fait pour toi »
  •  « Tu es incapable d’aller au bout des choses»

En savoir +

Il est de plus en plus obligatoire d’être titulaire du CESS pour pourvoir décrocher un job ou une formation. Votre ado a quitté l’école sans l’obtenir ? Le Jury central est une façon de décrocher ce précieux sésame.

Elle en parle...

Se frotter à la réalité

« En rhéto, je savais clairement que je voulais travailler dans la mode. Une fois étudiante à La Cambre, j’ai très vite compris qu’il fallait que je m’oriente vers une filière plus ‘pratique’. Le design textile m’est apparu plus réaliste et avec des débouchés concrets. Cela ne correspondait pas à ce que je voulais vraiment. J’ai tout arrêté avant le master parce que tout devenait fort abstrait pour moi. Je ne voyais pas comment mettre en pratique ce que j’avais appris. Comment le confronter à la réalité de notre monde économique ? J’ai décidé de voyager et j’ai beaucoup appris. Une fois revenue en Belgique, j’ai jonglé entre petits boulots et trainings, plus courts et plus intéressants que des cours, car plus concrets. Je trouve que l’on n’est pas suffisamment formé à l’après. J’aimerais vraiment que l’on fasse plus de stages au cours de nos études pour se frotter à la réalité. »
Fanny, 26 ans

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