12/15 ans

Papillomavirus et cancer : se protéger dès l'adolescence

Le papillomavirus est le principal responsable des cancers du col de l'utérus. Mais on le soupçonne de plus en plus d'être une des causes des cancers de la bouche et de la gorge. Un vaccin permet de s'en protéger. Il est préconisé dans la prévention du cancer du col de l'utérus. Mais on manque encore de données pour le conseiller en vue d'une protection plus générale.

Papillomavirus et cancer : se protéger dès l'adolescence

Le virus du papillome humain (HPV) ou papillomavirus est un agent infectieux qui provoque des petites tumeurs de la peau et de certaines muqueuses (appelées papillomes) caractérisées par une hypertrophie des papilles du derme. La majorité de ces tumeurs sont bénignes, comme des verrues vulgaires, par exemple. Mais certains de ces papillomavirus - il en existe plus d'une centaine de variantes - sont associés à des tumeurs malignes, en particulier au cancer du col de l'utérus.
Les contaminations par HPV se font le plus souvent par contacts directs de peau à peau. Mais la transmission peut aussi être indirecte, par l'intermédiaire d'objets contaminés. C'est le cas, par exemple, pour les verrues plantaires, avec une transmission favorisée par la fréquentation de lieux publics comme les piscines ou les clubs sportifs.
Les infections génitales surviennent à l'occasion de rapports sexuels. Ce sont les organes sexuels féminins qui sont le plus fréquemment touchés. Mais d'autres pratiques sexuelles peuvent être contaminantes, que ce soient les rapports bucco-génitaux ou anaux. L'infection par HPV peut toucher aussi bien les couples hétérosexuels qu'homosexuels.
Le risque d'infection génitale est directement lié à l'activité sexuelle : plus le nombre de partenaires est important, plus le risque de contamination est grand. Le fait d'être déjà affecté d'une autre infection transmissible sexuellement, cause de lésions de la muqueuse ano-génitale, accroît le risque de contamination par le HPV.

Vacciner dès 13 ans

Toutefois, la grande majorité de ces infections ne produisent aucun symptôme et disparaissent dans les six à dix-huit mois, grâce à l'apparition d'une immunité naturelle. Ce n'est que chez une partie des sujets touchés que cette infection persiste : ils deviennent alors porteurs chroniques du HPV, sans en être conscients. Cette infection persistante et sournoise finit par provoquer des modifications cellulaires qui aboutissent à des tumeurs cancéreuses, par exemple au niveau de l'épithélium du col de l'utérus. Ce cancer se développe lentement : plusieurs années se passent entre les infections par HPV et le développement d'une tumeur maligne.
Aujourd'hui, on rencontre ce type de cancer chez des femmes plus jeunes qu'auparavant (fréquemment entre 35 et 45 ans). Probablement parce que les premiers rapports sexuels ont lieu plus tôt qu'auparavant et qu'un plus grand nombre de femmes ont plusieurs partenaires au cours de leur existence.
Le comportement sexuel du partenaire habituel de la femme peut aussi avoir une influence importante : s'il a de nombreux rapports extraconjugaux, il transmettra probablement plus souvent des virus HPV à sa compagne. Autre facteur de risque : la consommation de tabac double le risque de développer un cancer du col de l'utérus.
Depuis 2007, une nouvelle arme contre le HPV est disponible : le vaccin. Mais il ne s'agit pas d'une arme absolue, car il ne protège pas contre toutes les variantes du HPV. Heureusement, il protège contre les deux variantes le plus souvent associées au cancer du col de l'utérus.
Deux vaccins sont disponibles en Belgique. Tous deux protègent contre les HPV de types 16 et 18, que l'on rencontre dans 70 % des cas de cancer du col de l'utérus. L'un des deux protège aussi contre les HPV de types 6 et 11, responsables de 90 % des verrues génitales.
Les autorités de santé recommandent de vacciner les adolescentes avant leurs premières relations sexuelles, et donc avant le risque d'être en contact avec le HPV, car c'est à ce moment que la protection est la plus efficace, selon les données scientifiques disponibles. La Fédération Wallonie-Bruxelles a décidé de proposer systématiquement cette vaccination aux filles de 13-14 ans, dans le cadre de la médecine scolaire dans les établissements qu'elle subsidie. Dans ce cadre et avec l'accord de leurs parents, ces jeunes filles peuvent bénéficier gratuitement de la vaccination contre le HPV.
Pour les autres adolescentes et les jeunes femmes âgées de 14 à 26 ans n'ayant pas encore eu de contact sexuel, le Conseil supérieur de la santé (CSS) recommande une vaccination HPV par le médecin traitant, dans le cadre d’une consultation au cours de laquelle la contraception et les rapports sexuels protégés sont abordés.
Pour les jeunes filles du même âge ayant déjà eu des contacts sexuels, le CSS propose que la décision de vacciner ou non soit prise après une évaluation sur base individuelle par le médecin traitant, qui doit signaler que cette vaccination ne peut pas garantir de protection contre une pathologie importante au niveau du col de l'utérus.
Pour les femmes de plus de 25-26 ans, on ne dispose pas de données cliniques permettant d'affirmer que le vaccin HPV pourrait leur apporter une protection. Il en va de même chez les hommes, quel que soit leur âge.

Le dépistage reste indispensable

La vaccination à large échelle des jeunes adolescentes pourrait donc faire diminuer fortement le nombre de femmes atteintes d'un cancer du col de l'utérus dans les prochaines décennies. Mais il faut garder à l'esprit que ces vaccins ne protègent pas contre tous les types de HPV : il reste d'autres souches, responsables de 20 à 30 % des cancers du col, qui échappent au vaccin. C'est pourquoi il est indispensable de continuer à recourir à l'autre type de prévention, y compris chez les femmes qui ont été vaccinées : le frottis, qui doit être pratiqué tous les trois ans, à partir de l'âge de 25 ans et jusqu'à 65 ans.
Cet examen de dépistage est un geste simple et indolore : le médecin prélève quelques cellules du col de l'utérus, qui sont ensuite analysées en laboratoire afin de détecter d'éventuelles lésions précancéreuses. Cet examen se pratique au cabinet du gynécologue ou du médecin généraliste.
Si ce dépistage était réalisé tous les trois ans chez toutes les femmes entre 25 et 65 ans, 93 % des cancers du col de l’utérus pourraient être évités. Ce niveau idéal de prévention n'est cependant pas atteint car plus de 40 % des femmes n’effectuent pas un tel dépistage en Belgique.

► Et les autres cancers ?

La responsabilité du papillomavirus (HPV) dans le cancer de l'utérus est bien établie depuis des années. Mais qu'en est-il des autres cancers où on peut détecter la présence du HPV ?

On pense en particulier au cancer de la gorge. Certes, on sait que le tabac et l'alcool (et surtout les deux à la fois) sont les principaux responsables des cancers de ce qu'on appelle la sphère oropharyngée (la bouche et la gorge). Mais les oncologues suspectent de plus en plus un troisième larron : le papillomavirus.
Depuis quelques années, on constate une augmentation régulière des cancers de la bouche et de la gorge. Alors que le nombre de fumeurs a diminué dans nos pays depuis trente ans, comment expliquer cette tendance ?
« Les épidémiologistes ont eu tôt fait d’établir un parallèle avec la banalisation de certaines pratiques sexuelles observée depuis une trentaine d’années, observe la Fondation contre le cancer. Si le virus HPV, connu pour sa transmission par voie sexuelle, cause des cancers au niveau du col de l’utérus, on pouvait raisonnablement penser qu’il pouvait aussi en causer dans les autres muqueuses qu’il rencontre au cours de ces ébats variés. C’est bien le cas des cancers de la gorge et aussi de ceux de l’anus (marge anale), également en recrudescence. »
Ainsi, le cancer de la gorge a augmenté de 225 % aux États-Unis de 1974 à 2007 ; la moitié de ces cancers seraient liés à une contamination par le virus HPV. Cette proportion serait de 1/4 chez nous, précise la Fondation contre le cancer. On constate également que ce cancer apparaît chez des personnes plus jeunes. La recrudescence de la contamination serait liée au fait que les jeunes ont tendance à considérer les caresses bucco-génitales comme moins risquées que l’acte sexuel « classique ».
Une étude menée en Suède indique que ce phénomène serait surtout sensible au niveau des amygdales. Le nombre de nouveaux cas de cancer de l'amygdale résultant d'une infection liée aux papillomavirus a été multiplié par sept en trente ans, selon cette étude.
La question se pose dès lors de savoir si la vaccination contre les HPV, préconisée pour protéger contre le cancer du col de l’utérus, peut également protéger contre les autres cancers que causent ces virus. C’est probablement le cas mais on ne dispose pas encore d’assez de preuves pour conseiller une vaccination généralisée de tous les jeunes, y compris des garçons.

Jean-Paul Vankeerberghen

EN CHIFFRES

Près de 300 décès par an

Malgré les dépistages disponibles, qui permettent des traitements très efficaces des stades précancéreux, le cancer du col de l'utérus touche encore quelque 650 femmes par an en Belgique. Les chances de guérison sont alors très variables, en fonction de l'avancement de la tumeur au moment de sa découverte. L'envahissement d'autres organes est fréquent, ce qui augmente le risque d'issue fatale. Environ 270 femmes en meurent chaque année.

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