Vie de parent

Papillomavirus :
on vaccine les garçons aussi ?

En septembre 2019, la Fédération Wallonie-Bruxelles va étendre la vaccination contre les papillomavirus. Et au nom, notamment, de l’équité entre les sexes, la rendre accessible gratuitement aussi aux jeunes garçons. Dans les bureaux de la Fédération des centres pluralistes de planning familial (FCPPF), on s’interroge et on insiste pour que dépistage et suivi demeurent au centre des préoccupations.

Papillomavirus : on vaccine les garçons aussi ?

Vacciner ou non ? Les parents wallons et bruxellois continuent à se poser la question. Et demeurent circonspects : si la vaccination contre les infections causées par le papillomavirus humain est toujours encouragée et offerte gratuitement dès la pré-adolescence, elle ne rencontre pas autant de succès que dans le nord du pays. C'est que le vaccin n'est préventif que pour certains types de VPH...

Les associations se mobilisent

Pour mieux informer les parents, le milieu associatif a décidé de collaborer pour publier une brochure commune qui donnera de plus amples informations. Du côté de la FCPPF, on prépare une brochure de réflexion approfondie, dans le but de donner une information permettant aux parents « de poser un choix éclairé, de prendre la mesure de la situation, de décider seulement après avoir pu étudier toutes les options qui s’offrent à eux, précise Lola Prat, en charge du plaidoyer à la fédération. Le plus important, c’est d’abord de se faire dépister. Et si on a contracté un VPH, être au courant des options pour se soigner ».

Vaccin à tout prix ?

Pour les spécialistes du planning familial, il faut élargir le débat, sortir de la pression du vaccin à tout prix. « Le vaccin n’est qu’une option. Dans ce cas précis, parler d’une épidémie mondiale qui ne pourrait être enrayée que par un vaccin nous semble exagéré. Le plus important, c’est que les personnes prennent l’habitude de consulter régulièrement. Respecter le dépistage par frottis cervical, une fois tous les trois ans, et deux fois par an si le dépistage est positif, pour suivre l’évolution de l’infection et se faire administrer un traitement adéquat si nécessaire ».
Car généralement, 90 % de ces infections disparaissent par elles-mêmes. Quant aux HPV qui évoluent en cancer, cela se passe sur longue période, de dix à quinze ans ou même plus longtemps, selon les spécialistes, « des années au cours desquelles le patient atteint pourra se soumettre à un suivi régulier ».

Attention aux garçons

Les autorités sanitaires estiment que ceux-ci sont aussi à risques et doivent également faire l’objet d’une vaccination systématique : les cas de cancers les concernent aussi. « Les garçons peuvent être porteurs, explique Lola Prat, il faudrait généraliser le dépistage pour eux aussi. Il n’existe pas encore de système efficace pour ce faire : ils n’ont pas l’habitude de se faire suivre par un proctologue, comme les filles qui voient plus volontiers un gynéco. Ils ne consultent pas. En général, toute la question de la prévention et de la contraception ne les concerne pas encore suffisamment ».
Un autre souci, c’est que l’on ne connaît pas encore la durée de validité du vaccin : faudra t-il vacciner à nouveau toute la cohorte ? On n’a pas encore suffisamment de recul sur une maladie qui peut évoluer sur quinze à vingt ans.

Envisager le futur

Enfin, ce qui interroge, c’est aussi cette façon d’envisager la future vie sexuelle de nos enfants. Le vaccin contre les VPH doit avoir été administré le plus tôt possible avant leurs premières expériences amoureuses ou sexuelles. Dès 9 ans recommandent les autorités : que penser de cette façon d’aborder les questions autour de leurs vies affective et sexuelle à venir ? Pour vous aider à décider, la FCPPF sortira dans les semaines à venir un document de position qui vous accompagnera dans votre réflexion. Surveillez votre Ligueur !

Aya Kasasa

ZOOM

► QUOI ?

HPV, les papillomavirus humains
Une famille de virus qui comprend plus d’une centaine de types, désignés par un numéro. Les plus inoffensifs sont mieux connus sous la forme de simples verrues, mais malheureusement, il en est d’autres, qui provoquent des condylomes, des verrues génitales, ou des infections des organes génitaux, de l’anus ou de la gorge. Celles-ci peuvent évoluer en cancers, qui affectent le col de l’utérus, la vulve, le vagin, la verge, l’anus, la bouche et le pharynx.

► COMMENT ?

Par contacts sexuels
Ils sont transmis lors de rapports sexuels, même protégés, car de simples caresses intimes et le contact peau à peau leurs permettent de se propager. Malheureusement, c’est une infection discrète, qui ne s’accompagne d’aucuns symptômes aux stades précoces.

► OÙ ?

Surtout le col de l’utérus
Pas de panique : dans la majorité des cas, l’infection s’élimine spontanément. Mais dans certains cas minoritaires, elle persiste chez la femme sous forme d’infection chronique, au niveau du col de l’utérus, risquant de créer des lésions. Cette infection peut entraîner petit à petit des lésions pré-cancéreuses, et en cancer si il n’est pas traitée. L’évolution de l’infection en cancer peut prendre entre 10 et 15 ans.

► QUI ?

Les filles, et bientôt aussi les garçons
Depuis 2011, des programmes de vaccination sont organisés pour les jeunes filles entre 12 et 14 ans en FWB. Contrairement à la Flandres, où la couverture vaccinale atteint plus de 90% depuis 2016, la Belgique francophone se montre plus frileuse, avec seulement 36 à 50% des jeunes filles vaccinées en 2017. Selon une étude du Centre fédéral d’expertise des soins de santé, KCE, l’extension de la vaccination contre les HPV aux garçons aura un impact clinique et économique favorable. Le Conseil supérieur de la santé recommande depuis décembre 2017 de généraliser la vaccination aux ados de 9 à 14 ans.

+ D'INFOS

►  La piqûre de trop ? Pourquoi vaccine-t-on les jeunes filles contre le cancer de l'utérus ?, de Catherine Riva et Jean-Pierre Spinosa (Xena).
Le guide de vaccination du Conseil Supérieur de la Santé. 
► Par vaccin, par âge : le site d'information en matière de vaccins, Vacc.info
► Les fiches-infos de la Fondation contre le cancer

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