Vie de parent

Parent seul + enfant·s = précarité

À Bruxelles (32,8 %) et en Wallonie (30 %), une famille sur trois est une famille monoparentale. Dans le sud du pays, près de la moitié des familles monoparentales vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Être une famille monoparentale n’est pas un problème en soi, le risque accru de précarité l’est. Le 19 février, la Ligue des familles a interpellé les différents gouvernements du pays dans le cadre d’un débat organisé par la plateforme de lutte contre la pauvreté des enfants (et de leurs familles).

Parent seul + enfant·s = précarité

Le premier moyen de lutter contre la précarité des familles monoparentales est d’assurer un revenu suffisant aux parents solos. Pour cela, il y a deux approches essentielles à mettre en place. Premièrement, faciliter l’accès à l’emploi et à la formation, en prévoyant des places accessibles et suffisantes en crèche et dans l’extrascolaire. Il faut aussi lutter contre les préjugés envers les femmes monoparentales sur le marché de l'emploi (80 % des chefs de familles monoparentales sont des femmes) pour leur donner une chance équitable de formation ou de travail. Deuxièmement, il faut faciliter le recours aux droits : allocations familiales majorées, complément de chômage, mesures spécifiques. Une série de familles monoparentales se privent de revenus parce que les informations ne sont pas claires ou que les démarches relèvent du parcours du combattant.

Il y a un moment critique pour les parents solos : le moment où la famille devient monoparentale. Il faut alors prendre un grand nombre de décisions, rapidement, sans vue à long terme et à moindres coûts. Il faut, par exemple, réorganiser son emploi du temps, assumer plus de tâches en moins de temps, mais aussi parfois trouver un logement, déménager, faire des démarches pour obtenir des revenus de remplacements, entamer une procédure de divorce ou de demande d’allocations familiales pour orphelin, etc. Il est essentiel d’apporter rapidement une information (droits, services existants) accessible, compréhensible et utilisable pour ces familles.

« L’impression qu’on va se noyer »

« Quand on est seule à gérer, on doit tout faire en même temps, on a l’impression qu’on va se noyer. Les journées n’en finissent pas. Il y a quantité de démarches à effectuer tout en restant présente pour les enfants. On a l’impression d’être abandonnée par la terre entière. »

Comme l’illustre bien ce témoignage, la pression, qu’elle soit de temps ou d’argent, ressentie par les familles monoparentales est un autre gros souci. Tout ce qui est assumé à deux quand il y a un couple est assumé seul·e dans les familles monoparentales. Il est donc important de diminuer la pression qui repose sur ces familles.

Un des moyens est de leur assurer que les enfants sont bien pris en charge, à des horaires compatibles avec leur travail et à des coûts abordables. Nous parlons ici à la fois des crèches pour les jeunes enfants, mais aussi de l’école et de l’accueil extrascolaire pour les plus grands. Les familles monoparentales sont souvent pénalisées dans leur accès à ces différents services : les places en crèches sont fréquemment manquantes, l’accueil représente une charge financière importante dans le budget familial, la priorité est donnée à d’autres publics… Par ailleurs, l’enseignement est théoriquement gratuit. Or, on sait qu’il peut représenter des dépenses importantes pour un ménage. Le coût de l’accueil extrascolaire (la « garderie ») peut aussi être un frein à la prise en charge des enfants.

Les familles monoparentales ont aussi besoin d’un accueil bienveillant dans les structures généralistes qu’elles rencontrent : dans les caisses d’allocations familiales, à la commune, au CPAS, à l’ONEM, au Forem ou à Actiris, etc. Il y a donc un besoin de suivre des exemples déjà mis en place, notamment chez Actiris, pour former et sensibiliser les administrations aux réalités des familles monoparentales, pourquoi pas en collaboration avec des « expert·e·s du vécu » : des personnes vivant ou ayant vécu la monoparentalité.

La nécessité de structures spécifiques

Finalement, pour sortir de la précarité, ou pour ne pas y entrer, les familles monoparentales ont besoin de structures d’aides spécifiques. Il y a une nécessité de pouvoir offrir à ces familles un accueil et un accompagnement intégré : accueillir les enfants, recevoir des conseils juridiques, une assistance sociale, une aide aux démarches, un soutien psychologique… Ce qui excède ce que peuvent proposer nombre de structures de première ligne et nécessite une réelle expertise.

Des structures dédiées aux familles en situation de pauvreté et aux familles monoparentales plus spécifiquement existent déjà en plusieurs endroits. Il faut continuer à mailler le territoire de ces initiatives, mais aussi assurer leur pérennité financière. Or, une énergie considérable est souvent consacrée à la recherche de moyens pour (sur)vivre et assurer leurs missions. Ceci alors qu’il n’est plus à démontrer que ces projets et acteurs associatifs rencontrent pertinemment les besoins des familles.

Quand on parle de ces structures, la question de la proximité et de l’accès est essentielle : ce n’est pas tout d’avoir un service fixe dans une agglomération, un chef-lieu… Une structure par province, ce n’est pas suffisant. Surtout lorsque l’on sait que la mobilité est source de difficultés pour beaucoup de familles. Il faut aussi aller à la rencontre des familles qui sont éloignées des centres urbains.

Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles