Parents d’accueil un temps, un élan pour toujours

Catherine et Éric voulaient un troisième enfant. Victor et Arthur voulaient une petite sœur. Yasmina est entrée dans leur vie à l’âge de 4 ans et demi et fait partie intégrante de la famille. Mais elle garde contact avec sa maman biologique, chez qui elle retournera peut-être un jour.

Parents d’accueil un temps, un élan pour toujours

Pour Victor, Yasmina, c’est sa petite sœur. Et puis c’est tout. Ils n’ont pas la même maman ni le même papa biologique et elle n’est arrivée sous leur toit que lorsqu’elle avait 4 ans. « Elle est drôle et gentille. Elle peut être parfois chiante. Et on se dispute pour la télécommande... Comme avec mon grand frère. C’est ma sœur, quoi ! », explique Victor un peu désarçonné par les questions sur sa relation avec « sa sœur ».
Yasmina (11 ans aujourd’hui) fait partie de la famille de Victor (14 ans), Arthur (18 ans) et de leurs parents depuis sept ans. « Parfois, on fait des trucs à deux. On regarde la télé. On va se chercher un snack. Quand les parents ne sont pas là, je fais à manger et on mange devant la télé. Puis, parfois, on est chacun dans notre coin », raconte Victor avec une banale évidence.
Les deux garçons voulaient « juste une sœur, car on était déjà deux frères ». Leurs parents, Catherine et Éric, avaient envie d’agrandir la famille, sans passer par une nouvelle grossesse, ni par des procédures d’adoption. Ils se sont tournés vers l’asbl Odile-Henri (Bruxelles) qui recrute et encadre les placements d’enfants en famille d’accueil.

Une démarche progressive

Première étape : rencontrer plusieurs fois les travailleurs sociaux pendant six à neuf mois et répondre aux critères de sélection pour pouvoir devenir famille d’accueil. « Ça faisait un peu peur au début. On avait cette image des services sociaux qui contrôlent et normalisent la vie des gens. Mais ce fut très riche. Tout peut être dit. On n’est jamais jugés en tant que parents quand on leur dit comment on éduque nos enfants. Il y a une complicité permanente. On peut poser toutes nos questions sur le plan psychologique, scolaire… C’est un luxe d’être entourés tout le temps », explique Catherine, mère d’accueil de Yasmina.
Quelques mois plus tard, le couple et leurs deux garçons ont leur réponse : il y aura un troisième enfant dans la famille. Mais ils ne savent pas qui, ni quand, ni pour combien de temps. Après deux garçons, ils voulaient une fille. Sur la liste d’enfants en attente, il y avait justement Yasmina : « On nous a montré une photo. Mais elle n’est pas venue tout de suite. Son arrivée à la maison s’est faite petit à petit », raconte Catherine.

Du temps aussi pour l’accroche

La première fois, Catherine et Éric sont allés voir Yasmina pendant une heure au home. La deuxième fois, ils y sont retournés une après-midi, pour jouer avec elle. « C’était d’abord une sortie au parc, puis une journée. Elle nous a ensuite accompagnés au restaurant. Une autre fois, elle est venue faire des courses avec nous. Plus tard, elle a passé une nuit à la maison… Elle est venue avec son sac, ses photos. La première nuit, on était tellement contents ! Ça devenait dur de la ramener au home », raconte Catherine encore émue.
La suite ? Yasmina tombe malade quand elle rentre au home. Un autre jour, elle s’accroche au cou de son papa (d’accueil). La famille d’accueil s’attache à Yasmina, et vice versa. « Elle m’appelait Catherine, puis elle a demandé à m’appeler maman. C’était un moment très important. »
L’attente est longue pour le couple avant que Yasmina puisse revenir et rester plus souvent « à la maison ». Mais pour les services de placement, ce délai est nécessaire pour que l’accroche se fasse entre l’enfant et la famille. « C’est long. On était impatients de la garder. Mais ils ont raison. Cette période de neuf mois, comme une grossesse, est nécessaire pour s’apprivoiser, se renifler et faire naître l’amour des deux côtés », admet aujourd’hui Catherine.

Une nouvelle dynamique

Pendant que les liens se tissent et se renforcent entre l’enfant et la famille, Yasmina garde contact avec sa mère biologique, parfois en présence de ses parents d’accueil. « La rencontre avec l’autre maman m’a rassurée. On connaît son histoire, son passé. Il y a un va-et-vient avec sa famille. Et ça la construit. Elle grandit au milieu de deux mamans. Et si, un jour, sa maman est ‘réparée’ et reprend sa fille, eh bien tant mieux », affirme Catherine.
À 4 ans et demi, Yasmina intègre sa famille d’accueil pleinement et vit avec elle au quotidien. « Le fait que Yasmina soit une fille, ça change complètement la dynamique de la famille. Mais nos gamins, ils s’entendent comme frères et sœur. Ils s’engueulent et ils s’aiment », assure la désormais mère de famille nombreuse. Catherine trouve aussi en Yasmina une alliée féminine. « On finit même par se trouver des ressemblances. C’est elle qui me ressemble le plus. Elle avait besoin de s’identifier à une femme, une maman », se réjouit-elle.
« On a le sentiment énorme de faire en sorte qu’un enfant ne reste pas toute son enfance dans un home où il lui manque l’essentiel : l’exclusivité, être l’objet d’attentions d’un papa ou d’une maman », avance la mère d’accueil. Une magnifique aventure pour ce couple heureux et satisfait de permettre à Yasmina de s’épanouir davantage.

Stéphanie Grofils

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