Parents, enfants et internet,
parlons-en !

Comment bien vivre avec les nouveaux médias ? Question récurrente et difficile pour les familles confrontées très tôt aux supports numériques. La technologie rencontre les jeunes dès l’enfance. Voir les parents utiliser smartphones, PC ou tablettes donne également envie aux enfants de s’approprier rapidement ces objets si conviviaux. Une recherche-action menée par l’Ufapec et Media Animation pose quelques balises de cyberéducation.

Parents, enfants et internet, parlons-en ! - Thinkstock

L’union des fédérations des associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec) a cheminé avec une cinquantaine de parents âgés de 40 ans en moyenne. Les participants ont tracé les contours d’une éducation à Internet transposable aux autres familles. Au fil des soirées, les parents se sont rassurés mutuellement.
« J’ai l’impression d’être venue la première fois avec plein de peurs, explique une maman. Lorsque les enfants sont à l’ordinateur, je pensais qu’ils cherchaient à s’éloigner de moi. Mais je me suis rendu compte qu’ils étaient en contact avec leurs amis, qu’ils écoutaient de la musique ou qu’ils cherchaient des informations sur les sujets qui les passionnent. »
Une autre maman dit avoir fait un travail sur elle-même : « Je voyais Internet comme le mal du siècle et je me suis dit : il faut savoir l’apprivoiser, le prendre comme il est et l’utiliser à bon escient. »

La prévention plutôt que la peur

Il est vrai que la tendance dominante est de valoriser un discours « contre » les risques plutôt qu’une approche « avec » les risques. Ceux-ci existent (comme dans la vie en 3D) et sont identifiés : exploitation commerciale ou nuisible des données personnelles, contenus violents et pornographiques, cyberprédation, cyberharcèlement et usage immodéré au détriment de la vie sociale.
La recherche-action insiste sur l’accompagnement dès le plus jeune âge. Plutôt qu’éduquer par la peur, mieux vaut sensibiliser l’enfant aux valeurs fondamentales du respect, de la solidarité, de la tolérance. Trois pistes de réflexion et d’action se sont imposées :

  • encourager les échanges entre les familles pour appréhender un univers assez méconnu ;
  • activer une éducation critique basée sur la confiance et le dialogue. Consacrer du temps pour comprendre ce que les enfants font sur Internet, comprendre le sens que cela revêt pour eux et parler avec eux de ce qu’ils y vivent ;
  • bien comprendre l’outil et se former pour accompagner efficacement son enfant. Savoir comment Internet et les réseaux sociaux fonctionnent, parfois avec l’aide des enfants eux-mêmes, dans une position d’humilité et de lâcher prise.

Autorégulation mirage

Deux publications récentes (voir En Savoir +) sont sur la même longueur d’ondes. Ces trois idées-forces n’ont rien de révolutionnaire, mais leur seule concrétisation nécessite déjà du temps et de la persévérance. L’essentiel est d’éduquer en amont et d’éviter ainsi d’intervenir en urgence ou lorsque des habitudes sont prises. En accompagnant vos enfants sur Internet, pensez à transmettre trois messages : tout ce que l'on y met peut tomber dans le domaine public, tout ce que l'on y met y restera éternellement, et tout ce que l'on y trouve est sujet à caution parce qu’il est impossible de savoir si c’est vrai ou si c'est faux.
La clef d’une bonne éducation numérique est de ne pas laisser l’enfant seul face aux nouveaux médias. L’industrie et les opérateurs télécoms incitent à l’individualisation et à la responsabilisation des jeunes cybernautes, sachant que parents et école sont souvent démunis face à une technologie obsessionnellement évolutive. Divina Frau-Meigs souligne que « le secteur commercial continue de pousser les limites du socialement tolérable ou acceptable. L’autorégulation n’est pas une solution conclusive à l’égard de la production à risques, qui rapporte trop au secteur industriel. » La sociologue rappelle notamment qu’avant 8-11 ans, une majorité d’enfants ne perçoit pas la publicité comme un message commercial.
Pour notre part, nous rappelons la règle des 3-6-9-12 chère à Serge Tisseron, recommandée par Yapaka, programme de prévention de la maltraitance, et adoptée par les pédiatres français :

  1. Pas d’écran avant 3 ans, ou tout au moins les éviter le plus possible ;
  2. Pas de console de jeu portable avant 6 ans. Aussitôt que les jeux numériques sont introduits dans la vie de l’enfant, ils accaparent toute son attention ;
  3. Pas d’Internet avant 9 ans, et Internet accompagné jusqu’à l’entrée en secondaire. (pas facile quand des écoles proposent des devoirs sur PC en 3e primaire) ;
  4. Internet seul à partir de 12 ans, avec prudence. Définissez d’emblée des règles d'usage avec l’enfant.

Et si votre enfant tombe sur un contenu choquant ou violent, demandez-lui ce qu’il a ressenti. La verbalisation facilite la digestion des images. Plus que jamais, la famille reste le socle de l’éducation aux nouveaux médias, faute d’initiatives éducatives spontanées émanant des acteurs politiques ou économiques.

Patrice Gilly

EN SAVOIR +

  • L’étude de l’Ufapec Les enfants du Net et leurs parents.
  • Qui a peur du grand méchant web ? de Pascal Minotte, publication conjointe des éditions Fabert et Yapaka.be. L’auteur plaide pour une prévention d’Internet intégrée à une démarche globale d’éducation aux médias continue tout au long de la scolarité et incluse dans le programme scolaire. Un support de présentation du livre et des questions qu'il suscite permet d'organiser une rencontre sur le thème.
  • Socialisation des jeunes et éducation aux médias, de Divina Frau-Meigs, Ed. Erès, un ouvrage d’analyse sur l’environnement médiatique des jeunes. Télévision et Internet prescrivent des modèles et des représentations : ces médias ont tendance à dévaloriser les adultes et à placer les enfants aux manettes de contrôle. L’auteur étudie le type de socialisation distillé à travers des contenus violents, publicitaires et pornographiques. Elle mesure également les effets des médias sur les capacités cognitives, telles l’attention, la mémoire, l’émotion et l’action. Une référence.
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