Vie de parent

Parents, vous n’êtes pas seuls

Que voulez-vous ? De quoi auriez-vous eu besoin au moment de la séparation ? Que vous manque-t-il aujourd’hui ? Comment peut-on vous aider ? On vous a interrogés, on est descendu sur le terrain pour voir ce qui se fait, ce qui marche plus ou moins bien. La plupart des parents séparés s’accordent sur un point : ils se sentent seuls. C’est un sentiment encore plus marqué dans la catégorie particulière des familles monoparentales, et plus encore pour les femmes. Noémie Simon, experte en droit familial, va diriger la Maison des parents solosun espace d'accueil et d'écoute qui ouvrira ses portes en mai 2019 à Bruxelles. Elle a dirigé l’étude de la Ligue des familles qui recense leurs besoins, très proches de ceux de tous les parents séparés.

Parents, vous n’êtes pas seuls

Vous souffrez d’épuisement et de solitude

« Ce qui m’a le plus frappée, c’est la question de l’isolement. Oui, les familles monoparentales se débattent dans les difficultés financières, elles doivent assumer plus de charges avec moins de revenus. Mais ce qui ressort en priorité, c’est l’isolement social, celui des femmes, principalement. Difficile de sortir, de faire des activités, de faire baby-sitter les enfants. Être soutenu·e par un réseau familial et amical permet de mieux rebondir, mais vous n’en trouvez pas l’énergie. Certaines personnes se sont isolées pendant la vie commune, mais leur isolement était préexistant : il n’y a donc personne vers qui se tourner quand on se sépare. »

Vos trajectoires de séparations sont particulières et singulières

« En fonction de l’âge des enfants, nouveau-né, 10 ans ou ado par exemple, les situations sont radicalement différentes. Le nombre de séparations pendant la grossesse croît lui aussi, on se retrouve parfois à discuter de la présence du père à l’accouchement ou du choix du prénom de l’enfant. Les parcours migratoires sont aussi à prendre en compte, avec des séparations entraînées par des décisions administratives. »

La séparation est un parcours du combattant

« Le premier grand défi, c’est d’obtenir des informations complètes. Vers qui se tourner ? Quelles sont les associations qui peuvent aiguiller ? Beaucoup de femmes découvrent bien après la séparation toutes les possibilités d’aides existantes, comme les colis alimentaires ou vestimentaires, des langes, etc. Elles ne savaient pas non plus qu’il existe des lieux pour casser l’isolement, comme les Bébés-rencontres de la Ligue des familles. L’information passe beaucoup par le bouche-à-oreille : quand on est isolé, on n’y a pas accès. »

Vous avez du mal à obtenir de l’aide matérielle

« Les démarches administratives sont compliquées, chronophages et décourageantes. On court d’un service à l’autre, on perd son temps, on obtient des informations au compte-goutte. Quand on bénéficie de l’aide juridique de première ligne, on se retrouve à parler à des gens que l’on n’a pas choisi. Les démarches sont à effectuer pendant les heures de travail, il faut prendre congé. C’est la problématique du travailleur pauvre : vous gagnez trop pour avoir accès aux aides, mais trop peu pour pouvoir subvenir à vos besoins. »

Vous n’osez pas demander de l’aide

« Ce sont des freins psychologiques, la honte de pousser la porte d’un service social, ne pas vouloir se voir comme des assistés : la conséquence, c’est que vous n’actionnez pas l’aide à laquelle vous avez droit, vous n’osez pas demander de contribution alimentaire, vous avez faits seul·e et vous retrouvez parfois exclus de vos droits. »

Vous avez du mal à vous reloger correctement

« La séparation est souvent associée au moment où on déménage. Dans un cas comme dans l’autre, c’est compliqué : soit on doit partir dans l’urgence, soit on reste mais on se retrouve avec un loyer trop important à payer. Il faudra multiplier les démarches : sortir du contrat de bail, déménager, se délocaliser, changer de quartier, d’école, tout recréer, quitter la ville ou, au contraire, y rentrer pour éviter les trajets. De plus, les familles monoparentales sont discriminées sur le marché locatif : une seule fiche de paie et des enfants, ce n’est pas le profil favori des propriétaires. »

Vous souffrez

« Vous êtes dans un tourbillon émotionnel qui complique tout. Vous êtes totalement fragilisés et pourtant vous devez agir, réagir, gérer beaucoup de choses importantes en même temps. Il n’est pas rare qu’au cours d’un premier rendez-vous avec un professionnel les gens craquent et pleurent. »

Vous avez du mal à réussir votre mue

« Il faut faire le deuil du couple conjugal pour se transformer en une équipe parentale. Il est difficile de se mettre d’accord, d’être parents ensemble, les questions pratiques peuvent être très dures à régler, le quotidien se complique : couper les cheveux ou non, régimes alimentaires, sucreries, activités, etc. Tout est exacerbé, mais vous êtes obligés de continuer à dialoguer. Certains règlent tout par avocats interposés, cela leur coûte très cher. Les juges se mettent parfois en colère et doivent trancher des choses parce que les gens ne se parlent pas. »

Aya Kasasa

Mais au fait, parents solos, qui êtes-vous ?

« D’après le registre national, 87 % des parents solos sont des femmes. Cela représente 1 famille sur 3 à Bruxelles, 1 famille sur 4 en Wallonie. Mais ces chiffres comportent un biais : ils ne considèrent pas les cas d’hébergement égalitaire alterné, la résidence principale de l’enfant étant déclarée chez un seul des parents, habituellement la maman.
Pour réfléchir au dispositif d’aide le plus pertinent, j’ai choisi de considérer comme parents solos tous les parents qui se retrouvent à un moment donné seuls avec leur·s enfant·s, ce qui englobe les enfants en hébergement alterné. »