12/15 ans

Parlez argent à vos ados

En Belgique, les décisions financières prises après de longues discussions ne sont pas la norme : seules trois familles sur dix parlent régulièrement argent à la maison. À l’heure des transactions virtuelles, transmettre des connaissances et des valeurs autour de l’argent pourrait être un des meilleurs services à rendre à vos enfants. Chez vous, quelle est la tendance ?

Parlez argent à vos ados

Orphée, 15 ans, est offusquée. Dorénavant, elle va gérer le forfait de son portable. En clair, payer les factures. Chez David, c’est l’explosion de joie : bientôt 12 ans, il va toucher son premier argent de poche. Quant à Chiara, 14 ans, elle va ouvrir un compte en banque, « comme toutes ses copines ».
La gestion des premiers budgets, c’est à l’adolescence. Or, les résultats d’une enquête de l’OCDE menée en 2015 dans 29 pays montrent que seul 1 jeune sur 10 âgé de 10 à 18 ans est « capable de résoudre des problèmes financiers sortant de l’ordinaire », et que seuls 15 % peuvent « au mieux prendre des décisions simples concernant des dépenses quotidiennes et identifier l'objet de documents financiers courants, comme des factures ».
Pour comprendre les notions de planification, de risque, d’épargne et même de taux d’intérêts, la FSMA (l’Autorité des services et marchés financiers) a lancé un programme d’éducation financière et un site, qui fournit des informations et propose des outils d’aide à la décision.
Au-delà des aspects pratiques, la question demeure relativement taboue, et son appréhension a changé au cours du temps. Avec notre système financier de plus en plus sophistiqué, il n’est plus nécessaire de garder ou de manipuler physiquement l’argent. Nos portefeuilles rétrécissent pour abriter des cartes de débit, les transactions bancaires se font en ligne sur les téléphones et même les montres : nos ados achètent leurs places de concert depuis le bus ou lors de la pause sandwich à l’école.

Démonter les idées reçues

Ce qui perdure, c’est la perception que nous avons de l’argent. Pourquoi ne pas entamer la discussion avec vos ados par cette question ? « Parlez-en le plus simplement possible », conseille Christian Junod, ancien banquier spécialiste en placements financiers reconverti dans l’animation des ateliers sur la relation à l’argent. L’argent n’est pas qu’un moyen d’échange : on y projette bien des choses. Ces projections créent des croyances qui deviennent la source inconsciente de nos comportements. On entre dans le règne de l’irrationnel ! Pour démonter les idées reçues, on peut distinguer trois types de comportements :

► Les écureuils :

  • Projections positives : l’argent, c’est la sécurité, la liberté, le confort ou l’autonomie. Chez les jeunes, ce sera un symbole de réussite ou de leur propre valeur.
  • Comportement : je retiens l’argent. Thésauriser, accumuler le matériel.
  • Croyance : j’amasse, je peux dépenser, donc je suis. Ils recherchent leur sécurité intérieure à l’extérieur d’eux-mêmes : ils pensent qu’économiser va les rassurer, calmer leur peur de manquer. Mais l’argent devient un but et non une conséquence, il ne réduit pas l’anxiété.

► Les saboteurs :

  • Projections négatives : l’argent, c’est sale, c’est compliqué, c’est la cause d’injustices.
  • Comportement : j’évite l’argent. Plus grands, lors des premiers jobs par exemple, ils vont accumuler les actes manqués : mal remplir les formulaires, oublier les délais, ne pas comptabiliser leurs heures correctement. 
  • Croyance : je me protège, j’évite les problèmes.

► Les adeptes des montagnes russes :

  • Projections mixtes : l’argent c’est bien, mais c’est dangereux.
  • Comportement : je retiens et j’évite. Ces profils alternent des phases d’économies et de dépenses compulsives. Ils attirent des personnes malhonnêtes, des profiteurs, ou ils accumulent les coups durs.
  • Croyance : j’ai de la malchance, l’argent est toujours en fuite.

L’argent de poche, premier budget à gérer

La relation à l’argent commence dans la famille constate Christian Junod dans son livre Ce que l’argent dit de vous. Les ados sont potentiellement influencés : ils calqueront leur attitude sur celle des parents ou, au contraire, s’en démarqueront, par rejet. L’argent de poche est un excellent moyen d’aborder la question. Vous vous demandez à partir de quel âge leur en donner? Il n’y a pas de règles, cela dépend des enfants, des moyens et de la culture familiale. Le tout est de dialoguer dans la sérénité.

Gérer la consommation des forfaits ou des cartes prépayées est une occasion de parler budget, car 6 jeunes sur 10 ne paient ni l’appareil, ni les frais d’utilisation.

« Vers 6-8 ans, on peut déjà donner une petite somme toutes les semaines, et espacer quand il sera plus grand. Laissez-les faire leurs expériences : évitez de décider à leur place. N’interdisez pas d’acheter des bonbons, par exemple. Trop souvent, les parents souhaiteraient que leurs enfants soient déjà très raisonnables, comme s’il leur revenait de les rassurer. Ce ne sont pas de petits adultes : ils ont besoin de se construire, d’apprendre la frustration. Tout est dépensé ? Il va falloir attendre ! Si cette tendance se confirme, voyez à quoi cela répond. Est-ce pour partager ? Pour acheter des marques ? Parler, non pour les influencer, mais pour les aider à comprendre leur fonctionnement et, plus tard, à gérer ».

Les dangers de l’argent virtuel

Cartes de crédit, cartes à puces, smartphones, montres et aujourd’hui… VeryChip, les micro-puces humaines ! Les possibilités de paiement sans contact se multiplient, et certains ont déjà accepté une puce insérée sous la peau pour régler leurs achats. « Un véritable danger pour nos adolescents, selon Christian Junod. D’abord parce qu’il est essentiel d’avoir une bonne représentation de ce qu’est l’argent pour mieux l’appréhender : attention aux dérives, aux manipulations. Les jeunes ne doivent pas être dupes : tous les moyens de paiement virtuel sont en réalité des moyens de contrôle. Il faut évoquer avec eux les questions éthiques : on trace d’abord les achats et ensuite, s’ils acceptent les codes-barres humains, on tracera les personnes en temps réel pour toujours mieux les pousser à la consommation ». Et pourquoi ne pas revenir au simple au bon sens : épargner pour s’offrir ce qui fait tant rêver ?

Aya Kasasa

En pratique

Yongo, une plateforme éducative

L’objectif de Yongo ? Apprendre aux enfants à mettre de l’argent de côté par eux-mêmes. Lancée par AG Assurances et soutenue par le Gezinsbond et la Ligue des familles, cette plateforme accompagne les parents en leur proposant des articles sur l’éducation financière. Elle permet aussi d’ouvrir des comptes et de permettre aux enfants d’épargner pour un but concret.

ALLER + LOIN

Lire

Apprenez à gérer, mais sachez que le bonheur est ailleurs que dans votre compte en banque : Ce que l’argent dit de vous / Interrogez votre relation à l’argent pour une vie plus sereine, Christian Junod, Éditions Peyrolles.

Jouer

Gère tes pépettes, Monopoly, Anti-monopoly, La bonne paye : paniers percés ou radins assumés, des jeux de société qui dévoileront dans la bonne humeur les attitudes et croyances de chacun face à l’argent !

Des parents en parlent…

Le goût du luxe

« Matthias est très préoccupé par son image. Vêtements ou chaussures, il reçoit ce que nous estimons être suffisant. Pour s’offrir des marques, il prend sur ses économies ou son argent de poche. »
Chrystel, 42 ans

Cigale ou fourmi ?

« David recevra de l’argent de poche lorsqu’il aura 12 ans. Évidemment, il y a toujours quelqu'un de la famille qui allonge des sous... Ça nous agace un peu, mais c'est aussi la vie. Du coup, il amasse sa petite fortune selon la générosité de ses vassaux familiaux… »
Grunhilde, 33 ans

Le coût du virtuel

« Je remarque que les jeux sont le tremplin idéal pour préparer - voire endoctriner - cette jeune génération à accueillir les sous virtuels comme quelque chose de tout à fait normal : on amasse pour acheter des sésames qui servent à détruire ou à se fortifier, ou à devenir plus beau. »
Jérôme, papa de Micha, 13 ans

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