12/15 ans

Parlez-lui de sexualité aussitôt que possible

Quand, comment, pourquoi parler d’amour et de sexualité à son jeune? Une question qui s’impose après avoir lu l’article ci-contre sur les jeunes filles pubères. Psychanalyste formée par Lacan et Dolto, Claude Halmos est bien placée pour aborder ces questions. Sans bêtifier, mais en ne faisant pas du jeune un adulte avant l’âge.

Parlez-lui de sexualité aussitôt que possible - Shutterstock

Le Ligueur : Les parents se demandent s’il doivent aborder les questions d’amour et de sexualité déjà à 12 ans et plus…
Claude Halmos
 : « Il faut d’abord les écouter et cela commence tôt. Il faut qu’entre 2 et 4 ans déjà, l’enfant ait été informé de la sexualité car, déjà à cet âge, il a entendu des choses par ses frères et sœurs, à l’école, aux informations quand on parle du sida, etc. Il se pose des questions. Il faut l’informer et l’avertir des règles : l’interdit de l’inceste, l’interdit de la sexualité entre l’adulte et l’enfant, mais aussi le respect de l’autre, ce à quoi s’attachait beaucoup Françoise Dolto. Elle disait que les adultes n’ont pas à se mêler des jeux sexuels, à condition qu’ils se passent entre enfants du même âge, consentants tous les deux, issus de familles différentes et qu’ils ne se passent pas en public. Je ne touche pas mon sexe au milieu des invités, je ne m’exhibe pas tout nu devant eux. Les jeux sexuels font partie de la découverte du corps, mais il faut que l’enfant connaisse ces limites. »

Un climat de confiance

L.L : On connaît la pudeur des 12-15 ans, leur volonté parfois farouche de refuser l’intrusion parentale dans leur vie intime. Comment se positionner dès lors comme parent ? 
C.H
 : « Attendre le dialogue permet de respecter davantage la pudeur du jeune. Cela dépend aussi de l’enfant et si on lui a donné l’occasion de s’exprimer ou non depuis qu’il est petit. Si, à 6 ans, l’enfant ne sait toujours pas comment on fait les bébés, il ne faut pas s’imaginer qu’il va vous poser des questions à 13 ans. S’il a l’habitude d’en parler, s’il sait que la sexualité fait partie des sujets que l’on peut aborder, il posera sans problème des questions. Il y a une relation de confiance qui s’est installée. Après, il est important de lui laisser la liberté d’évoquer ce qu’il a envie. Sauf dans un domaine : la protection par rapport au sida. Il est important de réexpliquer aux adolescents, tout comme aux adultes, les risques du sida et l’obligation absolue d’utiliser les préservatifs. »

L.L : Quand parler, mais aussi, de quoi parler ? Peut-on tout aborder avec son jeune adolescent ? Et lui, jusqu’où est-il censé nous raconter ses aventures ?
C.H
 : « Il faut que les parents se rendent compte que, tout comme l’enfant n’a pas à savoir ce qui se passe dans leur chambre, eux non plus n’ont pas à savoir ce qui se passe dans la chambre de leur ado, à partir du moment où il n’y a pas de danger. Et cela va au-delà de la chambre… Les questions du genre (ton moqueur) : ‘Et alors, tu n’as pas une petite ami(e) maintenant ?’, ‘Oh, la petite, elle commence à avoir des seins’ sont obscènes et humiliantes pour un jeune car il y a, à son égard, une condescendance de l’adulte. C’est une intrusion qui peut être violente. C’est comme si eux vous demandaient si vous avez une maîtresse… »

Quand l’amour fait mal

L.L : Parler n’est déjà pas simple quand l’amour va, mais que dire face à leurs déceptions, leurs chagrins d’amour ?
C.H : «
 Encore une fois, cela s’aborde bien avant de vivre un chagrin d’amour, lorsque l’enfant vit des chagrins d’amitié. Il bute sur le désir de l’autre qui ne correspond pas au sien. Le parent peut aider un enfant à accepter cela, en l’accompagnant dans cette découverte. Plein d’adultes arrivent en psychanalyse parce qu’ils sont en panne dans leur vie sociale et affective : ils n’ont pas été accompagnés dans cet apprentissage de la relation à l’autre. Quand un enfant n’est pas aimé par un autre, n’a pas été invité à un anniversaire, c’est douloureux pour lui, mais le rôle du parent est de lui expliquer que cela arrive et va lui arriver d’autres fois, que cela ne veut pas dire qu’il n’est pas bien. L’amour est subjectif. On peut être la plus belle femme du monde et ne pas être aimée. Un jeune qui a relativisé cet échec face au désir de l’autre sera mieux armé pour vivre la relation amoureuse et sexuelle. »

Propos recueillis par Michel Torrekens

EN SAVOIR +

Auteur de Dis-moi pourquoi. Parler à hauteur d’enfant (Éditions Fayard), Claude Halmos a créé, il y a six ans, dans Psychologies Magazine un courrier des enfants qui connaît depuis un incroyable succès. C’est ainsi que nous découvrons dans son ouvrage, les questions de jeunes enfants, mais aussi de Sophie et Amandine, 14 ans, Jules, 12 ans, Éléonore, 16 ans, soucieux de la découverte de l’autre. 

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