3/5 ans

Parlons de zizi à nos petits

Pour éviter des dégâts à l’adolescence, mieux vaut commencer à éduquer tôt à la sexualité. Dès la maternelle ? Oui, ce n’est pas simple, mais c’est possible.

Parlons de zizi à nos petits

« Le problème actuel, c’est que les enfants grandissent avec des grandes inégalités au niveau de leurs connaissances. C’est discriminant pour certains. On voit chez les ados et même chez les 18-25 ans des fossés de connaissances au niveau de l’anatomie humaine, des IST (infections sexuellement transmissibles) et des contraceptifs », constate Anne-Sophie Marcq, sexologue.
Si aujourd’hui, des sexologues ou centres de planning familial tentent de combler les lacunes des connaissances de nos grands, nos petits seront peut-être mieux armés car un cours d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) est prévu pour eux dès la maternelle ! Les cours sont même annoncés dans le décret missions de … 2012.
Problème : leur contenu n’est précisé nulle part. Ce qui laisse les écoles très libres et parfois démunies. « Je ne parle pas de vie relationnelle et sexuelle à mes petits de maternelle, confie Samia, institutrice. Je trouve que c’est un peu tôt et ce n’est pas simple à aborder. Si un jour le sujet vient sur le tapis, je ferai appel à l’infirmière du PSE ». Apparemment, elle est loin d’être la seule à faire l’impasse sur cette matière.
Le Centre d’expertise et de Ressources pour l’Enfance dénonce un vrai manquement : « On constate que les cours d’EVRAS ne se donnent en général qu’à partir de la fin de la primaire. Or à sa naissance, l’enfant nait déjà sexué. Un cours d’éducation à la vie relationnelle et sexuelle a donc tout son sens dès la maternelle », précise Christine Acheroy, chargée de mission au Cere.
Mais rassurons tout de suite les plus prudes : les instits n’expliqueront pas aux petits de 2 ans et demi comment faire des bébés. « C’est vrai, précise-t-on au Cere. On observe une certaine réticence des parents par rapport aux cours d’EVRAS. Les parents ont peur du mot ‘sexuel’. Mais on ne va pas bourrer la tête d’enfants de maternelle avec des choses qui ne sont pas de leur âge ! On ne va pas non plus aborder les choses de manière purement médicale. La vie relationnelle, affective et sexuelle va bien au-delà du médical ».

« Exprimer ce qu’on ressent, c’est déjà de l’EVRAS »

Alors, concrètement, comment aborder toutes ces questions, parfois délicates, avec nos petits ? « Chez les plus jeunes, l’EVRAS commence par une approche de son corps, de son ressenti, de la relation à l’autre. Savoir dire ‘J’aime bien quand tu me touches la main’ ou ‘J’aime pas ça’. Exprimer ce que l’on ressent et entendre ce que l’autre ressent. Tout ce relationnel à travailler fait partie de l’éducation sexuelle au sens large, explique Christine Acheroy. À chaque étape du développement de l’enfant, on peut écouter ses questions, y répondre à sa hauteur pour avancer avec lui. Et c’est important d’utiliser de vrais mots quand on leur parle : vulve, vagin… Plus tôt on commence, mieux l’enfant connaît son corps. On voit la différence en fin de primaire entre les élèves à l’aise avec les mots et avec leur corps et ceux qui ne le sont pas. Leurs discussions et attitudes sont assez différentes ».
Et à la maison ou en famille aussi, on ne doit pas hésiter à parler vie affective et sexuelle à ses enfants ou du moins répondre simplement à leurs questions s’ils en ont. Internet ne peut pas tout leur apprendre. La sexologue Anne-Sophie Marcq précise : « Ça fait partie des valeurs et de l’éducation à transmettre aux enfants. Mais comme les parents ne sont pas toujours à l’aise avec ces sujets, certains n’en parlent pas du tout. C’est important que l’école joue son rôle. Ça ne veut évidemment pas dire que les parents peuvent démissionner pour autant. Mais ils doivent respecter leurs propres limites et dire s’ils ne sont pas à l’aise avec ce sujet. L’école est là pour éviter des disparités dans les connaissances ».

Le sexe n’est pas sale

Au Cere aussi, on invite les parents qui le peuvent à répondre aux questions de leurs enfants mais en se renseignant avant. « Les parents, et les adultes en général, ont tendance à projeter à tort leurs schémas mentaux sur certains comportements d’enfants. Du coup, ils s’inquiètent pour rien : quand un enfant se touche le sexe ou qu’un garçon se met du vernis sur les ongles, il est dans la découverte de son corps et c’est normal. Il n’a pas les mêmes schémas de pensée que ses parents. C’est important de se documenter. Plus les parents connaissent le développement de l’enfant, plus ils peuvent comprendre son évolution et savoir qu’à 2 ans, c’est normal de se toucher le corps ».
Bien réagir pour éviter des paroles maladroites ou erronées, un challenge que parents et instits connaissent bien. « Si un enfant se frotte le bas du ventre ou met son doudou entre les jambes et que son parent lui dit d’arrêter ou que c’est sale, l’enfant peut grandir avec cette idée que le sexe est sale, explique la sexologue. Je crois que les instits de maternelle ne doivent peut-être pas forcément donner un cours sur l’EVRAS mais au moins savoir réagir de façon adéquate ».
Et on a trouvé une instit modèle qui applique déjà ces conseils à sa classe de petits. Elle avait surpris un petit garçon la main dans la culotte d’une copine. La gamine n’avait pas l’air traumatisée mais l’instit a pris un moment pour en parler. « J’ai expliqué que chacun avait son corps à lui, que c’est normal d’être curieux mais qu’il faut toujours demander à l’autre s’il est d’accord. J’ai parlé du respect de l’intimité aussi. Parce que c’est important. Et quand un enfant se touche le sexe en classe, je lui explique qu’il a le droit de faire ça, mais en privé ».

Estelle Watterman

Sur le même sujet

Pour le bonheur de vos enfants, faites l’amour

Pascal De Sutter y croit dur comme fer : des parents heureux donnent des enfants heureux. Et quand il dit « parents heureux », il pense aussi parents heureux en amour, au lit. Une évidence ? Pas tant que ça. Il propose d’explorer les sens, dans toutes leurs dimensions.

 

Un centre PMS, pour qui, pour quoi ?

De l’entrée en maternelle à la sortie de la rhéto, les centres PMS offrent un suivi psychologique, médical et social aux élèves. Mais concrètement, qu’est-ce que votre centre PMS peut faire pour vous ? Rencontre avec Christophe Demil, directeur du centre PMS WBE de Molenbeek.