Vie de parent

Pas de dispute pendant une semaine et je vous emmène au cinéma

Avouez que c’est tentant, dans un moment de faiblesse, de promettre une bricole à Zoé si elle arrête de taquiner Lisa. Ou de faire miroiter un cadeau si elles se tiennent bien à table en présence de belle-maman. Alors, gratifier un comportement exemplaire : éducation ou conditionnement ?

 Pas de dispute pendant une semaine et je vous emmène au cinéma - Shutterstock

Viviane, maman et belle-maman de cinq enfants
« Il n'y a pas lieu de donner des récompenses à des enfants. Quand on est enfant, on est enfant et on profite de son enfance. On est gâté par ses parents. On ne récompense pas un enfant parce qu'il est gentil, c'est quoi ce truc ? Pourquoi pas, alors, aussi le récompenser quand il est heureux ? On ne paye pas des sentiments, où va-t-on ? »

Béatrice, maman de trois garçons et deux filles
« Renforcement positif : la récompense. Mais ne faut-il pas mieux leur apprendre que la plus belle récompense est d'arriver seul à atteindre leurs objectifs, sans rien attendre en retour ? Et leur rappeler que nous, en tant que parents, nous sommes là pour les guider et leur faire savoir que ce qu'ils font est bien et les encourager à aller vers leur but sans rien attendre de personne. »

Annie, mère de deux enfants
« Encourager, oui. Mais pourquoi une récompense pour ce qui n’est qu’une bonne évolution vers l’âge adulte ! »

Sarah, maman de trois filles
« Les récompenses sont du domaine du dressage, non de l'éducation. »

Aboude Adhami : « Leurs bêtises nous disent quelque chose »

« Si vous observez des enfants dans une plaine de jeux, vous voyez très vite des tempéraments qui se dessinent clairement : l’un va tenter des expériences ; un autre, plus prudent, observera ce qui se passe autour de lui ; un troisième se laissera dépasser sur le toboggan sans rien faire tandis qu’un intrépide bousculera tous ceux qui se trouveront sur son chemin. Cela ne signifie pas que l’un est plus intelligent que l’autre ou qu’il a mieux intégré l’apprentissage de se défendre. Ce sont des personnalités différentes. Lorsque vous mettez en place un système de récompenses, par exemple une distribution de ‘soleils’ à l’école, qui, au bout de trois, donnent droit à un bonbon, qui valorisez-vous ? Celui qui fait semblant ? Celui qui, ne faisant rien, est certain d’obtenir un bonbon - c’est sans effort, de la bonhommie en quelque sorte. On lui dit ‘Assieds-toi’, il s’assied. ‘Lève-toi’, il se lève. Et il est récompensé. Et celui qui est un peu plus roublard, veut prendre des risques, se marrer un peu, qui trouve que la vie a du peps, qui veut découvrir comment les choses se passent, lui ne reçoit pas de ‘soleils’, et donc, pas de bonbon. Qu’est-ce qu’on récompense ? Si on ne s’en tient qu’à cela, c’est simpliste. Ça vaut la peine de se demander : qu’est-ce qu’on valorise par la récompense ? Trois soleils, un bonbon, c’est quoi ? Le fait que tu ne nous ais pas embêté ?
Lorsqu’un enfant n’est pas sage, ses bêtises disent quelque chose de lui. Si un enfant pose un acte et que vous le faites taire, vous ne mettez pas de mots dessus, vous le faites taire avec son acte. Pourtant, il n’a pas d’autre choix de manifester ce qui le taraude par un autre acte. Ce qu’il demande, c’est un peu d’attention. En lui disant : ‘Tais-toi’ ou ‘Tu peux jouer avec ta Playstation si tu as trois soleils’, vous le laissez seul à ravaler sa frustration. »

Bernard Filleul : « Il faut tenir parole »

« La notion de politesse n’est pas la même dans toutes les familles. On peut dire à un enfant : ‘Je suis très fier de toi, tu as agi comme un grand, bravo’. Mais, faut-il lui donner un cadeau parce qu’il a dit bonjour en entrant dans une pièce ? Non, vous êtes dans un processus d’apprentissage, et ce que vous transmettez n’est que normal. Même chose pour des enfants qui se disputent : ça aussi, c’est un comportement normal. Par contre, je peux récompenser le fait qu’ils aient fait un effort et que, grâce à ça, l’après-midi a été agréable. Pour moi, c’est différent. Je ne vais pas donner un cadeau aux enfants quand ils ne se sont pas disputés. Par contre, je vais les sanctionner négativement quand ils se disputent et qu’ils se font du mal. Parce que ça ne se fait pas.
Quoi qu’il en soit, il faut être très vigilant à tenir sa parole, que ce soit dans la sanction positive ou négative. Si on dit à un enfant qu’il va être puni, il faut qu’il le soit. Si on lui dit qu’il va être récompensé, il faut qu’il le soit. Sinon, il y a une perte de confiance dans la relation. C’est pour cela que les parents doivent choisir une punition qu’ils sont capables de soutenir, et qui fait sens pour eux. Mais souvent, ils font peur, menacent ou promettent et ne font rien. L’enfant se sent alors trahi et ce, dans les deux cas.
Il faut aussi que la récompense ou la sanction corresponde à l’âge de l’enfant. Quand vous donnez un sou à un petit, c’est une super-récompense ! Si vous lui donnez un billet, ce n’est qu’un morceau de papier qui ne brille même pas ! La vraie récompense avec le sou, c’est d’aller au magasin et acheter quelque chose avec ce sou. L’enfant se sent reconnu, il se sent un plus grand aussi. »

Caroline Van Nespen et Estelle Watterman

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Faut-il récompenser votre enfant ?

Il y a des moments où ça vous prend d’un coup, une vague de tendresse vous envahit, une folle envie de faire savoir à votre gamin, à votre fille que vous tenez fort, très fort à lui, à elle. Cette envie irrépréssible, vous la dites souvent avec des mots, mais parfois aussi avec des objets (En lui offrant, par exemple, le jeu vidéo - ou le petit pull, c’est selon ! - qui lui fait de l’œil depuis si longtemps). Mais donner une récompense à son enfant, ce n’est pas lui faire plaisir ! C’est volontairement marquer un moment où vous trouvez qu’il a fait quelque chose de bien. Ou pour l’inciter… à faire quelque chose de bien.

 

Si tu finis toute ton assiette, tu auras un dessert !

Une cuiller pour papa, une cuiller pour maman, une autre pour le chat et une encore pour éviter de jeter la fin du plat, une dernière parce qu’il faut des forces pour grandir, et puis aussi parce qu’il y a des enfants qui meurent de faim tous les jours et qui n’ont pas la chance d’avoir une belle assiette devant eux… Il existe mille « bonnes » raisons de demander à un enfant de terminer son assiette. Mais est-ce vraiment nécessaire de pousser nos petits à tout manger ?

 

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