La Ligue en action

Pascaline et Nicolas… de la ville
aux champs de Florée

À l’origine, la famille de Pascaline et Nicolas habitait Namur, en plein centre-ville, où ils travaillent. D’un point de vue pratique, mais aussi en termes de mobilité, cette formule avait plusieurs avantages. Le couple n’aurait peut-être pas remis en question ce choix de vie si un événement bien quotidien n’était survenu dans leur vie familiale.

Pascaline et Nicolas… de la ville aux champs de Florée - © Bea Uhart

« Un jour, se souvient Pascaline qui nous accueille dans une belle demeure en pierres du pays, nous avons surpris notre fils Balthazar, 9 ans, en train de rouler à vélo dans le couloir d’entrée et, quelque temps après, en équilibre sur le mur qui séparait notre jardin de celui de la voisine. Et comme si cela ne suffisait pas, il grimpait allègrement avec les enfants d’à côté sur notre seul arbre qui ployait sous leur poids. Face à leur envie de bouger, nous nous sommes dit que la ville avait ses limites ! ». Et voilà ce petit vélo qui va les amener dans une nouvelle vie…

La Baraque, une bénédiction

Une nouvelle vie qui, pour Pascaline, est un retour aux sources. Depuis des décennies, sa famille trouve ses racines à Florée, petit village de mille habitants sur la commune d’Assesse.
« Plusieurs de mes cousins y vivent encore, et maman y avait gardé une maison que nous occupons désormais. Quand elle a voulu changer de locataire, elle nous a proposé de venir à la campagne. »
Nous voici devant une demeure aux beaux volumes, avec de grandes fenêtres et un perron surmonté d’une inscription qui ne cadre guère avec l’ensemble : La Baraque. « On raconte que ce bâtiment a été construit au XVIIIe siècle par le régisseur du château de Wagnée, situé juste à côté, où vit mon oncle, explique Pascaline. Quand il a eu fini les travaux, le régisseur a écrit au châtelain parti à l’étranger pour lui dire qu’il s’était fait construire une baraque. Le nom serait resté, puisqu’il figure même sur le perron ». Le prêtre qui a marié le couple leur a révélé que « barak » en hébreu signifie « bénédiction ». Pascaline le prend comme un signe positif.

Garder une ouverture sur le monde

Pascaline, Nicolas et leur quatre enfants, Ulysse (3 ans), Fanny (4 ans), Balthazar (9 ans) et Violette (11 ans), apprécient le cadre vert, ce rapport privilégié à la nature. « J’aime pouvoir leur offrir cette vie au naturel qu’ils demandaient inconsciemment… Je sentais qu’ils avaient besoin d’être lâchés et il faut de l’espace pour cela. Ici se déploie la possibilité pour les enfants de rêver, de créer, de s’imaginer un destin. »
De grands arbres, des prés, des champs, des paysages à perte de vue : la nature est omniprésente et les alentours constituent un environnement sain, préservé, sauvage comme une virginité reconquise. Florée a un caractère rural authentique, niché au milieu de ces vastes étendues. Les habitants ne vivent pas les uns sur les autres, le voisinage de Pascaline et Nicolas se limite à un vétérinaire, un fermier et l’oncle.
« Pour la première fois de ma vie, j’ai dû acheter une voiture si je ne voulais pas rester confinée chez moi, confie Pascaline. C’est une nouvelle sensation. Au niveau de la mobilité, notre vie a beaucoup changé ». Après avoir vécu dans un centre urbain, à proximité des écoles, entourée de services et bénéficiant d’une large offre de loisirs, on imagine aisément que la famille ait pu craindre une forme d’isolement.
« Nous avons été encouragés dans ce déménagement en trouvant d’emblée une école en immersion dans la commune de Gesves, à six kilomètres d’ici, explique Pascaline. Nous avons laissé Violette dans son école de Namur pour qu’elle puisse terminer ses primaires avec ses amis, d’autant qu’elle va étudier ensuite en Flandre. On peut vivre dans un bled, mais c’est important de cultiver une ouverture sur le monde. Pour rester vivant, il ne faut pas s’enfermer. Les rencontres font grandir, dynamisent notre vie, nous portent plus loin et plus fort. Moi-même, j’ai suivi mes primaires en néerlandais. »
Raison pour laquelle la famille a gardé l’habitude de se déplacer dans les grandes villes environnantes et à l’étranger d’où Nicolas tire une partie de ses racines. À l’heure d’internet, c’est presque intuitif pour des raisons professionnelles et sociales. Les rencontres sont tellement immédiates qu'elles prennent le pas et l'emportent sur les distances. Internet a fait du monde un village, non ?

Une petite communauté

L’avantage d’un village, c’est qu’on connaît vite tout le monde ! Des nouveaux venus sont rapidement identifiés et les habitants y vivent rarement repliés sur eux-mêmes comme dans une tour à appartements, par exemple, où les contacts sont plus compliqués.
« Personne dans le village ne nous a particulièrement accueillis, nous dit Nicolas. Dès notre arrivée, ce sont surtout les cousins qui nous ont accueillis. L’un d’eux a offert un pâté régional gigantesque, produit par leur fils dans un atelier de viande bio du village, et une autre cousine, un beau bouquet de fleurs. Nous connaissions aussi un entrepreneur du village qui a réalisé certains travaux chez nous, ajoute Nicolas. Et puis, les enfants permettent aussi de rencontrer des gens grâce aux échanges à l’école. »
Les activités communales ne manquent heureusement pas : fête villageoise à Florée comme à Assesse, expositions, bibliothèque, etc. « Mon oncle nous a présentés à certaines personnes, sourit Pascaline, lors des fêtes traditionnelles d’été ». Les commerces jouent un peu la proximité et la convivialité comme le coiffeur, le boulanger…
L’accueil à l’administration communale d’Assesse où s’est domiciliée la famille de Pascaline et Nicolas reflète bien cette proximité et cette convivialité, qui tranche avec l’impression d’anonymat ressentie dans de plus grosses administrations (même si cela se transforme lentement depuis que les villages se muent en villages-dortoirs).
« Une personne du service d’accueil à la population m’a immédiatement dit où elle habitait et m’a invitée à passer en cas de problème ». Oui, après quelques mois seulement, Pascaline et Nicolas sont heureux de leur nouvelle vie. « On ne se sent pas comme des étrangers, juste comme une génération nouvelle dans un lieu marqué par le passé. Mes tantes sont contentes que nous redonnions vie à ce patrimoine. Même l’entrepreneur a été touché que la famille revienne, que la maison revive ».

Michel Torrekens

Ça bouge !

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« Les crèches et les écoles sont de formidables lieux de socialisation et d'entraide. Arrivée à Bruxelles à la naissance de mon premier enfant, j'étais isolée au départ, et nos meilleurs amis aujourd'hui viennent pour la plupart de ces réseaux. On y a rencontré d'autres familles sans attaches familiales en Belgique et on recrée une communauté d'entraide. Ça va au-delà de l'amitié. »
Aude

« Nous vivons en location dans une ferme qui comporte plusieurs logements. Il a fallu quelques semaines pour tous se rencontrer. Nous avons choisi de leur proposer un pot de bienvenue pour faire connaissance. Ce geste n'est pas dans leurs pratiques. Nous en organiserons un autre entre voisins pour fêter les nouveaux arrivés. »
Thomas

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