Vie de parent

Pénurie des enseignant·e·s :
quelles causes et quelles conséquences pour vos enfants ?

Un tiers des fonctions enseignantes sont en pénurie pour cette rentrée 2019. Les disciplines où les besoins sont les plus criants sont la géographie, les langues modernes, les cours de philosophie et de citoyenneté et les maths. Quelles causes, quelles conséquences ? Le Ligueur vous livre les conclusions de ses premières recherches.

Pénurie des enseignant·e·s : quelles causes et quelles conséquences pour vos enfants ?

C’est une information qui nous vient du journal Le Soir. Si l’on entend parler d’une pénurie de profs depuis longtemps, elle ne s’est encore jamais manifestée dès la rentrée scolaire. Traditionnellement, le manque d’enseignant·e·s apparaît en cours d’année, lorsque, par exemple, des profs tombent malades et que les directions ne parviennent pas à les remplacer. Cette année, le phénomène s’aggrave puisque la pénurie se fait ressentir dès le mois de septembre. Des écoles se retrouvent sans profs pour assurer aux élèves le début du cursus scolaire.

Des jeunes enseignant·e·s particulièrement mal loti·e·s

Fait intéressant, les causes de cette problématique ne se trouvent pas du côté des diplômé·e·s en filières pédagogiques. Selon les chiffres de l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur (ARES), paradoxalement, ces derniers n’ont pas baissé ces dernières années, mais plutôt augmenté de 16 % entre 2008 et 2018 ! Ce n’est donc pas le manque d’envie de devenir enseignant qui expliquerait la pénurie, mais plutôt la difficulté à le rester.

Jean-Yves Woestijn, le responsable du service titres et fonctions à la Communauté française et président de la chambre de la pénurie, confirme cette hypothèse : « Deux causes principales sont à l’origine de la pénurie. Tout d’abord, l’image sociale de l’enseignant·e s’est dégradée au fil des années. Aujourd’hui, dans certaines écoles, ce métier est vraiment difficile et pénible à exercer. Les jeunes diplômé·e·s n’ont peut-être pas envie de s’aventurer dans une profession qui n’est plus aussi légitimée qu’avant. Par ailleurs, la fonction enseignante dans les premières années est très compliquée. Les profs n’ont aucune stabilité de l’emploi : non seulement ils doivent parfois enseigner dans trois écoles différentes pour avoir un temps plein, assurer les déplacements à leurs frais sans être remboursés (certains enseignent dans des villes différentes, ils doivent donc payer leur voiture et leur essence), mais en plus, n’ayant pas de statut prioritaire au sein des écoles, ils peuvent perdre leur emploi d’une année à l’autre sans raison particulière. Face à ces difficultés, beaucoup d’enseignants quittent le métier dans les cinq premières années ».

Par ailleurs, la population scolaire a également cru ces dernières années. Des études de l’ARES montrent un boom démographique des élèves de 7 % en dix ans (1998-2008). Bernard Hubien, secrétaire de l’Ufapec, commente : « Cette croissance de la population scolaire demande une réponse. On a commencé par essayer de créer de nouvelles places pour les élèves. Mais il faut aussi des enseignants pour donner cours à ces nouveaux élèves. Parfois, des institutrices maternelles se retrouvent avec 30-32 enfants dans leur classe, ça n’est pas normal ».

Quels risques pour vos enfants ?

La pénurie de profs est en train de s’installer, il est donc difficile d’en énumérer les conséquences sur vos enfants. On peut néanmoins les anticiper. En partant du constat qu’une pénurie amène les élèves à devoir passer les heures de cours dans la salle d’étude plutôt qu’en classe, quelles répercussions cela pourrait-il avoir sur leur parcours scolaire ? Les associations de parents craignent principalement le stress chez les jeunes, notamment pour les épreuves significatives.

Bernard Hubien confirme et ajoute : « Si un élève obtient son certificat CE1D, par exemple, qu’il n’a pas vu toute la matière requise et qu’il choisit de changer d’école, il pourrait être pénalisé dans sa nouvelle classe ».

Alix Dehin

Des mesures peu retentissantes 

La pénurie de profs a fait l’objet de nombreuses discussions au sein du cabinet Schyns. Cette dernière a d’ailleurs pris, durant la législature passée, plusieurs mesures pour améliorer la situation. Jean-Yves Woestijn en cite quelques-unes : « Tout d’abord, lorsque la pénurie dans une fonction a été prouvée, l’école peut engager un professeur qui n’a pas le titre requis. Ensuite, il est désormais possible d’enseigner au-delà de 65 ans, voire même jusque 67 ans, pour les fonctions en pénurie sévère. Troisièmement, si l’école ne trouve vraiment personne, elle peut aussi engager un éducateur supplémentaire pour encadrer les élèves dans la salle d’étude : il ne donnera pas cours, mais il renforcera l’équipe de surveillance des élèves. Enfin, nous avons lancé une campagne de publicité l’an passé sur internet et à la radio qui s’appelait Pourquoi pas prof ? ». Elle visait à attirer plus de profs au sein des écoles. Mais cette dernière n’a pas eu un grand retentissement ».

Si ces mesures sont louables, elles n’ont pas encore eu d’effets notables. Il faut savoir qu’elles ne répondent pas aux vraies questions qui fâchent dans le corps enseignant, à savoir la revalorisation de l’image sociale de l’enseignant et l’instabilité de statut du jeune enseignant. Reste donc à espérer que le prochain ou la prochaine ministre de l’Enseignement s’attaque à ces deux problématiques en priorité…