Vie de parent

Peut-on faire disparaître une photo du web ?

Depuis mai 2014, près de 5 000 Belges ont adressé à Google une requête de « droit à l’oubli ». Parmi eux, d’anciens ados devenus plus sages ou travailleurs. Mais peut-on vraiment et facilement faire disparaître une donnée embarrassante de la Toile ?

Peut-on faire disparaître une photo du web ?

Qui n’a pas déjà regretté d’avoir publié des propos ou une photo sur internet ? En 5 mois, près de 5000 Belges ont adressé une requête de « droit à l’oubli » auprès de Google : au total, ces demandes concernent 15000 références, dont la moitié environ a déjà été supprimée.

Depuis mai 2014, les internautes peuvent demander aux moteurs de recherche (Google, Bing, Yahoo…) de retirer certains contenus (infos, photos…) qui apparaissent dans la liste de résultats. C’est ce qu’on appelle le droit à l'oubli sur les réseaux numériques (décision de  la Cour de justice de l'Union européenne).

Une bonne nouvelle pour nos ados qui, portés par leurs émotions, ne mesurent pas toujours bien le poids des mots, le choc des photos…

A-t-on vraiment le droit à l’oubli ?

Si notre ado a publié un contenu qu’il regrette sur internet, ou que d’autres on diffusé des photos ou des propos embarrassants, on peut toujours adresser sa requête en remplissant le formulaire en ligne, censé être accessible. Mais encore faut-il que Google ou autre moteur de recherche y donne suite. « Ça reste Google qui filtre les demandes.

Dans certains cas évidents, où c’est nécessaire, le moteur de recherche va supprimer le contenu. Mais ce n’est pas automatique. Dans de nombreux cas, Google pourra refuser de le faire, au nom de la liberté d’expression et d’information, qui est son job », explique Jean-Benoît Hubin, avocat spécialisé dans le droit des médias aux FUNDP. Un moteur de recherche pourra toujours refuser de supprimer un contenu dont il n’est pas responsable, justifiant qu’il ne peut pas censurer une autre personne qui s’exprime.

« Avant l’arrêt du 13 mai, on était un peu à la merci de Google. Juridiquement, il y a donc un progrès, mais le droit à l’oubli ne règle pas tout. Google garde une très grande marge de manœuvre. Le droit à l’oubli est encore à un stade embryonnaire et les critères sont très flous ».

Et pendant ce temps, sur les médias sociaux, on like, on partage et un contenu embarrassant peut se propager très rapidement. Dès qu’une photo ou une info circule, n’importe qui peut l’enregistrer et la ressortir à tout moment. Droit à l’oubli ou non.

A-t-on encore une vie privée ?

Est-il encore possible de garder des infos secrètes ? Pas vraiment, non. Aujourd’hui, il est impossible de contrôler ce qui est publié sur internet. Les internautes, messieurs et mesdames Toulemonde, se surveillent les uns les autres sur les réseaux sociaux. Et quand on a une info, on la partage le plus possible. C’est ça, être people aujourd’hui : c’est partager, interagir sur les médias sociaux. Et être people, nos ados en raffolent.

Alors, sa vie privée, ce que l’on décide de ne pas rendre public, ça devient compliqué de le garder pour soi, surtout quand on a plus de 300 amis sur Facebook. Les copains, mais pas seulement, ont accès à ma vie privée. Ils peuvent entrer dedans et ont tout le loisir de diffuser une info ou une photo qui me concerne. La meilleure chose à faire si on ne veut pas que quelque chose se sache, c’est simplement de ne pas le faire. C’est le meilleur moyen de préserver son e-réputation. Cela vaut pour les ados mais aussi pour les parents.

Stéphanie Grofils

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Quelques chiffres

Rien qu’en Europe, Google a déjà enregistré quelque 500 000 requêtes de suppression de résultats de recherches depuis le mois de mai, dont 170 000 ont été exécutées. Chaque jour, la société reçoit près de 1 000 formulaires, qui sont ensuite examinés par des experts.

Contenus supprimés

Certains banquiers cités nommément sur la toile ont ainsi voulu faire oublier leurs déconvenues financières, mais ces demandes ont été refusées, selon Google.

Une victime allemande d’abus sexuel a, en revanche, obtenu gain de cause. Les robots de Google, qui domine très largement l’univers des moteurs de recherche, ne référencent désormais plus son nom sur les pages web incriminées.

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