Phobie scolaire : de la crise
au retour à l’école

Elle s’appelle Séverine et est la maman d'Ethan, 10 ans, et Quentin, 13 ans. L’aîné n'a jamais aimé l'école mais s'y rend pour retrouver les copains. Jusqu’au jour où il est saisi de phobie scolaire. Pour l'aider à lutter contre ses peurs et à supporter les cours, Séverine et son mari ont fait appel à une équipe mobile, Tandem’o liée à Rhéseau (réseau hennuyer pour l’épanouissement et la santé mentale des enfants, adolescents et usagers assimilés) pour essayer de le motiver. Témoignage.

Phobie scolaire : de la crise au retour à l’école

« La 1re secondaire s’est passée tant bien que mal, raconte Séverine. Sachant que Quentin ne pouvait pas doubler, il a fourni peu d'efforts, juste suffisamment pour obtenir la moitié des points. Après deux mois de vacances, il a repris l'école comme d'habitude, toujours heureux de retrouver les copains, mais pas pressé d'ouvrir ses cours.
Après ce premier jour d’école, au moment du coucher, je me suis aperçue que Quentin pleurait, paniqué à l'idée de retourner le lendemain à l'école. Il m’a expliqué qu'il était séparé de son meilleur copain. On a tenté, mon mari et moi, de demander un changement de classe.
Les jours suivants, il s’est rendu à l'école, mais il vomissait sur la route, pleurait, se plaignait de vertiges... Le dimanche soir, il était en proie à une véritable crise d'angoisse avec pleurs, difficultés à reprendre sa respiration, tremblements, douleurs abdominales, migraines... Après qu’on l’ait rassuré longuement et conclu qu'il n'irait pas à l'école le lendemain dans cet état-là, il s’était calmé.
Quentin était déjà suivi par une pédopsychiatre pour des troubles de l'attention. J’ai appelé cette dernière au secours pour convenir d’un rendez-vous rapidement. En attendant, son papa et moi, nous nous sommes efforcés de le conduire à l’école, mais les symptômes réapparaissaient aussitôt. Son état nous inquiétait : il devenait de plus en plus triste, il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Même après avoir retrouvé son copain, rien n’avait changé.
Que lui arrivait-il ? Pourquoi ? Était-il harcelé ? Se trouvait-il nul ? Avait-il été témoin de quelque chose ? Quentin refusait de parler de ses problèmes... Je ne me laissais pas abattre, évoquait ces problèmes autour de moi. La pédopsychiatre nous a alors renseigné une équipe mobile en santé mentale appelée Tandem’o qui se rend à domicile ou à l'école des adolescents en crise. Celle-ci est composée d'une psychologue et d’un éducateur spécialisé pour les ados.
Première réunion avec cette équipe, la psychologue du PMS, le directeur d’école, Quentin et nous. Après discussion, le directeur a souhaité que Quentin choisisse des cours qu'il aime afin de l'aider à revenir tout en douceur vers l’école. Il a commencé ce lent retour avec dix heures par semaine. Après plusieurs réunions, l'organisation pour compenser les cours s’est mise doucement en place. Les différents rendez-vous avec la pédopsychiatre, un psychologue comportementaliste et une spécialiste de la gestion mentale lui ont permis de reprendre petit à petit confiance en lui. Mais on ignorait toujours la cause de cette subite phobie scolaire.
Après quelques semaines, Quentin s’est senti mieux, il a demandé à reprendre une matière supplémentaire. La difficulté à travailler seul à la maison est toujours présente, mais cela a toujours été comme ça. Il ne va pas changer du jour au lendemain... Actuellement, il va mieux, se rend à nouveau seul à l'école et suit les cours sans angoisse.
Je souhaite que mon histoire puisse rendre espoir à d'autres parents qui connaissent peut-être la même situation. Qu’elle les aide à surtout ne jamais baisser les bras et à chercher conseils auprès des professionnels tout en écoutant leur enfant. »

Séverine

En savoir +

Dans le cadre de la nouvelle politique en santé mentale pour enfants et adolescents, des équipes mobiles de crise et de longue durée ont été créées dans chaque province. Dans la province du Hainaut, c'est l'équipe Tandem’O qui accompagne les jeunes et leurs familles qui font face à des difficultés et qui, pour différentes raisons propres à chaque situation, ne se mobilisent pas vers le réseau de soins classiques ou pour qui le réseau de soins classiques a déjà été mis en œuvre mais s'avère insuffisant.

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Apprendre, ça s'apprend !

La gestion mentale (ou pédagogie des moyens d'apprendre) s'intéresse plus au comment apprendre et moins à ce qu'il faut apprendre. Elle apprend donc à apprendre.
Puisqu'elle part du principe que chacun fonctionne différemment et a des besoins cognitifs propres, la gestion mentale est une démarche fondamentalement positive. Celle-ci décrit de manière très précise les processus mentaux à mettre en place pour effectuer les tâches demandées, à savoir faire attention, mémoriser, comprendre, réfléchir et imaginer, qui sont autant de gestes mentaux. Si tous ces gestes sont descriptibles, ils peuvent être enseignés au même titre que n'importe quelle matière. On les considère souvent comme « évidents », mais ils nécessitent eux aussi un mode d'emploi.
Se connaître est essentiel pour s'aimer. Par la connaissance et la valorisation de son fonctionnement cognitif, associée à la connaissance des mécanismes mentaux, l'apprenant peut reprendre confiance en ses capacités.
La gestion mentale vise l’autonomie de l’individu en le rendant conscient de ses habitudes mentales, afin qu’il puisse les utiliser au mieux et les enrichir s’il le souhaite. Cette prise de conscience se fait par le dialogue pédagogique.

Et la psychologie comportementaliste ?

Elle permet d'annihiler un comportement inadéquat. Elle suggère que tout symptôme, comme l’anxiété, la phobie, par exemple, est la marque de ce comportement inadapté qui s'est implanté chez la personne au fil des années, renforcé par l'expérience quotidienne. Une thérapie comportementale lui permettra ainsi de se débarrasser de ces comportements problématiques, inadéquats, répétitifs, grâce à la mise en place de stratégies plus adaptées, mais aussi d'exercices à faire chez soi.

 

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