6/8 ans

Pieds plats, n’en faisons pas
tout un plat

Mariusz est revenu de la visite médicale très contrarié. Sur le rapport, le médecin scolaire a indiqué qu’il a les pieds plats et conseille à ses parents de les faire contrôler. Ses camarades se sont un peu moqués de lui mais sa maman l’a rassuré. Les pieds plats ne sont pas une pathologie. On peut vivre avec !

Pieds plats, n’en faisons pas tout un plat

26, 33 et 100. Non, ce ne sont pas chiffres à cocher lors de votre prochain Lotto mais ceux de la structure de nos pieds. Dans chacun d’entre eux, 26 os qui tiennent grâce à 33 articulations et près de 100 muscles, ligaments et tendons. S’ils ne soutiennent pas correctement le poids du corps, c’est l’effondrement de la voûte plantaire : le pied plat.
Un pied plat est un pied dont la plante repose presque entièrement au sol, le talon tourné vers l’extérieur. La voûte plantaire est étalée, affaissée. Il s’agit d’un désordre fréquent et normal chez les bébés et les jeunes enfants jusqu’à l’âge de 7 ans : les tissus qui se trouvent sous le pied sont encore mous. L’appareil neurologique et musculaire n’est pas encore mature.
Ce caractère physiologique va s’estomper avec la croissance osseuse, les tissus se raffermir pour former une voûte qui absorbera les chocs. Cette déformation est très souvent accompagnée d’une déviation en valgus (vers l’extérieur) de l’arrière-pied. C’est pour cela que le terme le plus souvent employé est celui de « pied plat valgus ».

Quand faut-il intervenir ?

Généralement, votre enfant est né avec ou il y est prédisposé, et ses pieds resteront plats jusqu’à l’âge adulte. Jean-Paul Kaleeta, chirurgien orthopédiste à l’Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola, insiste sur l’importance du diagnostic : « Dans les cas extrêmes, le pied plat très prononcé est symptomatique et le patient se plaint de douleurs. C’est dans ce cas la conséquence d’autres problèmes : maladies, problèmes osseux, architecture du pied… Il faut alors diagnostiquer. Un traitement chirurgical peut s’avérer nécessaire et l’intervention aura lieu de préférence à l’adolescence ».
Ne vous précipitez pas trop tôt sur des semelles ou des chaussures spéciales. Il ne sert à rien de porter des chaussures orthopédiques. Pas de dépenses inutiles, donc, mais si le cas est avéré, le médecin pourra prescrire à votre enfant le port d’orthèses plantaires pour corriger la malformation (les fameuses semelles orthopédiques) ou de la rééducation, pour renforcer la plante et la musculature du pied.
Le docteur Kaleeta recommande de la mesure aux parents : « Cela ne sert à rien de prescrire des semelles quand les enfants n’ont pas mal. Bien des joueurs de foot aux pieds plats poursuivent tranquillement leur carrière sportive ! ».
Il se peut que le spécialiste prescrive des orthèses sur mesure, dans le cas de pieds plats flexibles. Elles se glissent dans les chaussures et soutiennent la voûte en absorbant les chocs. Elles soulagent et réduisent les problèmes qui pourraient survenir à l’avenir sur les chevilles, genoux, hanches et lombaires.

Un signe indicateur : l’usure de la chaussure

« Les enfants ont tendance à ne pas se plaindre. Les parents consultent quand ils remarquent que l’enfant marche mal, tombe, fatigue rapidement, que l’usure de la chaussure est ‘anormale’. Ou parce qu’ils sont repérés par la médecine scolaire ou le pédiatre. »
Pour en savoir plus, la rédaction du Ligueur a poussé les portes de l’Institut supérieur d'Ergothérapie et de Kinésithérapie à Bruxelles (ISEK), pour un cours donné par Jacqueline Walschaerts, podo-orthésiste, spécialiste en semelles orthopédiques.
« Il y a deux tendances : les pédiatres qui décident ou non d’intervenir. Et souvent, des mamans inquiètes qui insistent pour que leur enfant soit appareillé. Lorsque le médecin diagnostique une pathologie que l’on peut corriger par le port d’une semelle, le duo médecin-orthésiste entre en jeu pour quelques années durant. »
La durée du traitement dépendra du poids de l’enfant, de sa musculature, de ses activités sportives éventuelles, etc. Les semelles pour enfants sont des semelles de correction et l’on entame en règle générale les traitements vers l’âge de 7 ans. Elles sont réalisées sur base d’une empreinte. « L’enfant devra impérativement les porter tous les jours, même en été : c’est fastidieux », souligne Jacqueline Walschaerts.
Il est indispensable de savoir reconnaître les signes de gravité d’un pied plat valgus chez l’enfant, afin de pouvoir le surveiller cliniquement et radiologiquement.

Aya Kasasa

Une maman en parle...

Plein le dos !

« Avec Jemilah, nous en sommes déjà arrivées à trois paires de chaussures par saison. Elle a les pieds en dedans : les chaussures sont déformées, les talons s’usent à toute vitesse. Ce n’est pas trop grave : en fait, ce qui nous inquiète surtout, maintenant qu’elle a 8 ans, c’est qu’elle commence à se plaindre du dos. »
Latifah, 38 ans

En pratique

Exercices et conseils

Les pieds plats influent sur la manière de marcher, de se tenir debout et de courir. Le risque de douleurs aux hanches, dos, genoux et aux chevilles devient plus important chez les personnes aux pieds plats. Quelques exercices de rééducation à pratiquer sans modération et autres conseils :

  • Encouragez votre enfant à marcher pied nus sur des surfaces telles que le sable, le gazon, à pédaler ou à pratiquer la danse.
  • Alterner la marche sur l’avant-pied, puis le talon.
  • Évitez de lui acheter des chaussures d'occasion, qui auront déjà pris la forme du pied et de la voûte plantaire du propriétaire précédent.
  • Dès que l’on ressent une douleur aux pieds, aux genoux ou au dos, il est conseillé de consulter un orthopédiste.

Quelles chaussures choisir ?

Le pied plat modifie les points d’appui lors de la marche. Porter des chaussures non-appropriées peut aussi contribuer à la pathologie, surtout si elles ne fournissent pas un support convenable de la voûte. Jacqueline Walschaerts dévoile les caractéristiques d’une bonne chaussure :

  • Elle est de préférence à lacet. Les scratchs sont acceptables, mais l’enfant doit pouvoir les serrer.
  • Elle est de type bottine : haute, montante et maintient bien la cheville.
  • Elle a un contrefort suffisant : le talon est bien rigide.
  • Elle permet de dérouler le pied sans qu’il se torde.
  • Si votre enfant ne jure que par des baskets, prenez-les de type sport, rigides et enveloppantes.
  •  Le prix ne garantit pas la qualité : vous pouvez vous procurer de bonnes chaussures dans des grandes surfaces consacrées aux vêtements et accessoires de sport pour un prix raisonnable.

Consultez pour être remboursés

Un conseil à rappeler : il faut consulter pour être rassuré et surtout remboursé par votre mutuelle. Un podologue n’est pas médecin et certains fournissent des semelles dont le coût peut aller au-delà de 200 € ! N’oubliez pas que la mutuelle intervient si la prescription est faite par le médecin. Et lors de la consultation, le spécialiste pourra peut-être déceler une cause particulière.

En savoir +

  • ISEK - Implantation Bandagiste-Orthésiste-Prothésiste, rue des Goujons, 11 à 1070 Bruxelles - 02/522 38 59 - isek-bopco@he-spaak.be
  • www.semelles.be : le site du Centre d'appareillage du pied. Une équipe multidisciplinaire vous conseille dans plusieurs communes bruxelloises. Vous trouverez aussi des adresses utiles pour la Wallonie.