6/8 ans

Plaine de jeux : « M’man, regarde comme je grandis »

Quel enfant n’a pas des étoiles dans les yeux à la simple évocation de ces trois mots magiques : plaine de jeux ? Un environnement ludique où il va pouvoir se défouler, mais aussi grandir. D’un point de vue moteur, mais pas seulement. Reportage et décryptage.

Plaine de jeux : « M’man, regarde comme je grandis »

Premiers jours du printemps et des vacances dans un parc bruxellois. Pas de round d’observation pour Charlie qui, à peine arrivée, file sur une balançoire parce que « vite, il y en a une de libre ».
Alors qu’elle virevolte dans les airs en deux temps trois mouvements, le dialogue se noue naturellement avec les autres enfants. Sans a priori, comme s’ils se connaissaient depuis toujours. La gamine y va des ses conseils d’experte pour aider les plus jeunes à apprendre à se balancer : « Tu mets bien les jambes en avant, puis en arrière. Tu sais, quand j’étais petite comme toi, je n’y arrivais pas non plus. C’est ma maman qui devait me pousser ».
Ici, bien plus que leurs prénoms - qu’ils ne s’échangent pas d’ailleurs -, c’est l’âge qui compte : « T’as quel âge, toi ? 6 ans ? Non, mais t’as 6 ans et demi ou t’as 6 ans normal ? ». Quelques mois qui font toute la différence. Et qui permettent à chacun de se situer par rapport aux autres.

À lire : Où dénicher une plaine de jeux ? À Bruxelles, à Liège ou à Namur. Ou encore dans les Domaines provinciaux.

Une araignée pour grimper vers le ciel

Assise sur un banc, impossible de ne pas se prendre au jeu, de ne pas se passionner pour leur petit manège. Cette fois encore, le bouquin restera dans le sac. Quel parent ne rêve pas d’être une petite souris pour pouvoir observer, à la cour de récré ou en classe, la manière de son enfant se comporte en groupe ?
À la plaine de jeux, le spectacle ne se déroule plus à huis clos, mais est « papa-maman admis ». L’occasion est belle aussi de jauger les progrès psychomoteurs de son rejeton. Comme la maîtrise avec laquelle Charlie fait décélérer sa balançoire et saute à terre : tiens, ça c’est nouveau !
Sans savoir quelle mouche l’a piquée, la gamine file désormais vers la grande araignée, une structure en élastique qui s’élève à plusieurs mètres de haut. Le mois dernier encore, elle n’osait pas s’y aventurer jusqu’à la cime. Voilà que, lentement mais sûrement, elle en prend la direction : j’observe ses pieds et la manière dont elle évolue me rassure.
La voilà au sommet. Elle me cherche du regard et se paie même le luxe de lâcher une main - aïe, mon estomac se noue tout de même - pour me faire signe et s’assurer que j’ai bien assisté à son exploit. Un flash qui me fait remonter cinq ans en arrière, du temps ou elle se déplaçait encore à quatre pattes dans le salon. Magique tout de même, la progression d’un petit d’homme.
Pas de temps pour une séquence nostalgie du côté de Charlie qui, entre-temps, s’est rapprochée du plancher des vaches avec la même aisance qu’à la montée. Deux gamins qui viennent de poser les pieds dans la toile la mettent au défi d’arriver en haut avant elle. Je ne dis rien, mais je me méfie un peu des deux lascars. Elle aussi, visiblement, qui leur lance avec flegme : « Non, non, maintenant je ne monte plus. Je vais un peu rester sur le 1er étage ». Rassurant de constater qu’audace et sociabilité n’empêchent pas le « voyant rouge » de s’allumer.

Course-poursuite pirate contre princesse

Séquence suivante et nouveau copain pour Charlie du côté des modules de jeux composés de toboggans et autres passerelles suspendues. Complicité et saine compétition, cette fois : « Le premier sous le toit de la petite maison, là-bas, a gagné. Et on disait que moi j’étais un pirate et toi la princesse, d’accord ? ».
Top départ. Et hop, voilà les deux mômes partis. Montée en s’aidant de l’échelle de corde. Passage en équilibre sur un petit pont mouvant. Tunnel à franchir à quatre pattes. Descente le long d’une rampe de pompier. Remontée par un mini-mur d’escalade avec des prises. « Gagné ! », s’écrie la princesse. « Ah non, t’as triché, t’es partie trop vite », lui rétorque le pirate.
La discussion ne s’éternise pas, car déjà une autre attraction a capté leurs regards : le carrousel, où deux places viennent juste de se libérer. Ils s’installent et profitent tout naturellement de l’huile de bras d’un papa qui pousse sa gamine en lui parlant russe. « Dis, c’est pas notre langue, ça », fait remarquer la fillette à son acolyte.
Le temps file et l’heure du bain approche. Malheur, il va falloir abandonner ce lieu magique où, l’air de rien, tout est conçu pour s’amuser tout en aidant les enfants à grandir (voir ci-contre).
« Quoi tu pars déjà ? On s’amusait bien pourtant. Ça me rend un peu triste », lui lance le garçon qui ne quitte plus sa nouvelle copine d’une semelle. Une déclaration qui n’a pas l’air d’émouvoir Charlie qui, encore tout en sueur, tourne les talons avec déjà, un autre objectif derrière la tête : « Avant de rentrer, on va passer sous mon arbre, là-bas. Tu sais bien, celui où j’ai fait mes premiers pas. C’est papa qui me l’a dit… »

Dangereuses, les plaines de jeux ?

La plaine de jeux est aussi un lieu où l’enfant va apprendre à évaluer les risques et les dangers. Avec un maximum de sécurité puisque l’exploitant est soumis à des règles. Décryptage.

Boris Jidovsteff, professeur au département des sciences motrices à l’Université de Liège, plante d’abord le décor et nous explique la raison de cette longue histoire d’amour entre (presque) tous les gamins et la plaine de jeux.
« Ce lieu est l’exemple typique d’un milieu adapté à l’enfant, où tout est organisé pour lui, afin de lui donner envie de bouger. Parce qu’ils sont bien pensés et bien agencés, avec des espaces adaptés pour les plus petits et pour les plus grands, les modules que l’on retrouve dans les plaines de jeux, en plein air comme celles qui sont couvertes, génèrent donc l’activité d’elle-même. »
Lorsqu’on évoque avec lui la peur qu’éprouvent certains parents à l’idée que leur marmot s’y fasse petits ou gros bobos, le professeur souligne que, là comme ailleurs dans la vie, le risque zéro n’existe pas. Faire de ces espaces de jeux des « zones capitonnées » ne rendrait donc pas service à nos enfants, car évaluer les dangers et agir en conséquence fait aussi partie des apprentissages. Quitte à tomber, sans se faire trop mal, évidemment.

Des normes pour amortir les chocs

Rassurons les plus inquiets : tout n’est pas permis en matière de plaine de jeux. Depuis 2001, une législation oblige les exploitants de ces lieux (publics comme privés) à les sécuriser un maximum. Quelques exemples : le sol en dessous des engins (herbe, sable, écorce, gravier fin, caoutchouc, selon les hauteurs) doit amortir suffisamment les chutes ; l’extrémité d’un toboggan ne peut dépasser une certaine inclinaison ; des dimensions minimales et maximales sont aussi prévues en ce qui concerne l’éloignement des barreaux ou la taille des maillons des chaînes et ce, pour éviter les coincements de doigts ou de tête...
Autres obligations : l’aire de jeux doit être séparée de la rue ou du parking par une clôture (naturelle ou non). Les coordonnées de l’exploitant doivent être visibles pour permettre de signaler une défaillance du matériel.
Terminons en signalant que les équipements doivent aussi être regroupés par catégories d’âge, ce qui a toute son importance. Ainsi, un module accessible aux 5 ans et plus ne le sera pas physiquement aux plus jeunes : ces derniers ayant, par exemple, des jambes trop petites pour gravir tout seuls le premier échelon du module et s’aventurer plus loin. D’où l’importance d’aiguiller votre rejeton vers des équipements qui correspondent à son âge.
Pour le reste : observez leurs agissements du coin de l’œil, surtout pour les plus jeunes et les plus téméraires, et soyez prêt à intervenir si nécessaire. Et faites-leur confiance !

Anouck Thibaut

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Misez… sécurité, une brochure à télécharger.

En bref

Grimper et se balancer : ça fait grandir

Petit topo des apprentissages que votre enfant va développer à la plaine de jeux :

  • Coordination des mouvements et force musculaire
  • Localisation dans l’espace
  • Équilibre
  • Sensations de mouvement
  • Persévérance
  • Imagination et créativité
  • Sociabilité et vie en groupe

Bon plan

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