Vie de parent

Port du masque des P5 et P6 :
« Le jour où on en aura vraiment marre,
on aura qu’à faire la révolution »

Une journée masquée. Une, pour celles et ceux qui ont anticipé l'obligation du port du masque à partir de ce mercredi pour les P5 et P6, sauf avis médical contraire. On a rencontré parents et enfants pour en parler. Côté parents trois mots reviennent. Impuissance, Incompréhension et craintes. Celles d’éventuelles mesures plus restrictives, notamment. Côté enfants, le ressenti semble beaucoup plus léger. Même si on sent un ras-le bol et certainement un vent de révolte poindre, l’esprit, ce matin, est plutôt à la rigolade. Pour combien de temps ?

Port du masque des P5 et P6 :  « Le jour où on en aura vraiment marre, on aura qu’à faire la révolution »

Sans grande surprise, devant les portes des écoles, les parents ont deux sujets de conversation : la crainte de l’annonce imminente de la fermeture des écoles et le port du masque. Tiens, d’ailleurs, cette première journée ? Plutôt bien vécue dans l’ensemble. Commençons même par des remarques cocasses de P3-P4 que l’on sent presque jalouses et jaloux. Sur un air de « Nous aussi, nous sommes assez grand·e·s et responsables pour porter le masque. On fait presque la même taille, pourquoi pas nous ? ». De là à militer pour le port du masque, il n’y a qu’un pas…

Un spectacle navrant

Les P5-P6 arrivent triomphants, arborant le masque comme de bons élèves. Comme pour montrer au gardien d’abord, aux surveillant·e·s ensuite, puis aux enseignant·e·s à l’intérieur de la cour, que la règle est assimilée et appliquée. Spectacle navrant pour certains parents. Samia regarde ses deux enfants masqués se faufiler entre les barrières.

« J’aurais bien voulu ne jamais voir ce genre de scène. Je sais bien que c’est en vigueur ailleurs, j’ai beau retourner la logique dans tous les sens, je ne vois pas ce qui justifie et légitime une telle mesure. Les élèves forment des bulles depuis la rentrée. Pourquoi, là, maintenant, le 23 mars, il faut impérativement qu’ils et elles portent ce masque pendant sept heures d’affilée ? On les jette comme ça, sans les préparer. Ils en ont à peine parlé avec leurs profs. C’est comme ça. Allez, question suivante. »

Consternant. Débile. Absurde. Illogique. Le champ lexical converge ce matin chez les parents pour décrire l’incompréhension qui règne autour de ces mesures. Pour rappel, au plus tard pour ce mercredi, le port du masque devra être effectif et obligatoire pour tou·te·s les élèves de 5e et 6e année primaires. Présentée comme efficace et nécessaire par les autorités sanitaires, on sent bien que cette mesure porte à discussion, comme vous l’avez illustré dans les commentaires sur la page Facebook, suite à la lettre ouverte du psychanalyste Jean-Yves Hayez.

Juste une question d’habitude ?

Dans son analyse objective de la situation, Jean-Yves Hayez invite parents et profs à bien préparer les enfants. Certain·e·s d’entre vous rappellent d’ailleurs qu’il vaut mieux éviter le catastrophisme auprès des enfants. Une majorité d’entre vous nuance cette actualité soudaine. Rappelant qu’ailleurs, le masque est obligatoire à l’école dès l’âge de 6 ans et que depuis septembre dernier, les élèves ont même fini par l’oublier.

Beaucoup de parents expatriés rassurent, comme Aurélie : « Nous habitons à Hong-kong. Mes filles portent le masque depuis l’année dernière. C’est juste une question d’habitude. Elles n’y pensent même plus ». Argument réfuté par Catherine, pour qui, ce n’est pas parce que ça se passe ailleurs que ça doit nécessairement faire loi : « On nous martèle depuis le début que le risque de complications pour les enfants est très très faible et qu'ils transmettent moins le virus. Nous sommes occupés à tomber dans des travers que je trouve inacceptables. Si certaines personnes trouvent utile de mettre un masque à leurs jeunes enfants, ils sont libres de le faire, mais en aucun cas, je veux que mon enfant soit obligé d'en porter un. On ne peut pas tout faire passer comme absurdité au nom d'une prétendue sécurité ».

La bonne nouvelle, c’est qu’un débat est très sain et doit être entretenu. Jean-Yves Hayez explique qu’il est important tant pour les parents que leurs enfants de « partager avec eux notre vécu, nos opinions et notre savoir. Nous pouvons certes corriger quelques erreurs, combler quelques lacunes, mais il s’agit essentiellement de construire un savoir en commun, respectueux des opinions de chacun ».

C’est là où le bât blesse pour la plupart d’entre vous. Difficile de faire appliquer l’injustifiable. Un papa nous relate la réflexion de son fils de 11 ans, ce matin, en route pour l’école : « Le port du masque empêche la propagation du virus ? Vous le portez depuis des mois et rien ne change ? Je suis en relation avec ma petite sœur de 8 ans qui, elle, est en contact avec toutes ses copines et ses copains pendant la journée. Et le soir, on se retrouve sous le même toit… tu vois où je veux en venir ? ». Ce papa de conclure que ce n’est pas aux parents de faire autorité sur quelque chose qui ne fait pas sens pour eux. Réflexion qui n’est pas sans nous rappeler celles que l’on relatait dans le dossier du Ligueur du 17 février dernier sur le manque de sens pour les parents. C’est d’ailleurs ce que nous rappelle Dorothée dans sa lettre ouverte publiée ce matin.

Rien n’est définitif, on essaye

Dans sa missive adressée à sa fille, Dorothée fait part de son impuissance. Impuissance partagée par de nombreux parents qui ont du mal à avaler cette énième mesure. Rose console, invitant à « dédramatiser le port du masque et [le] voir comme [une mesure] pour protéger les autres (et soi même). Si le parent [le] met de force et dans l'angoisse, l'enfant le vivra forcément mal aussi ». Hélène en appelle à ne pas se laisser emporter par l’émotion, rappelant que le ressenti d’un adulte, n’est pas celui d’un·e enfant de 11-12 ans.
 « Soyons prudent de ne pas le projeter sur ces enfants de 10-12 ans qui sont pour la plupart à même de comprendre la mesure et d'y faire face. Aux adultes de gérer les conséquences et peurs liés aux problèmes d'adultes. Et de relativiser un accessoire de santé publique temporaire sans en faire un symbole d'oppression. Il y a des ados et des étudiants en détresse de ne pas pouvoir aller à l'école ou aux études. Qui sont isolés, sans activité voire en hôpital psychiatrique. Et des instituteurs à protéger pour qu'ils puissent continuer à travailler. Bref, choisissons nos combats et soyons solidaires pour permettre à chacun de maintenir un lien avec les autres ».

De nouveau, on met une lourde responsabilité sur les épaules du parent. On lui impose de participer à une décision à laquelle il ne goûte pas forcément. Il doit assumer la légitimité ce cette décision. Par solidarité, le voilà de nouveau contraint. Vous êtes nombreux et nombreuses à craindre que ça ne s’arrête pas là. Comment se sortir et prendre du recul dans une telle situation ? De nouveau, en s’appuyant sur la force pure de ses enfants. Aux questions pleines de bons sens des enfants, répondez de façon sincère.

« Oui, je trouve ça stupide. Ça ne me plaît pas de t’envoyer à l’école avec ce masque et j’aurais préféré ne jamais te voir t’y rendre ainsi. Comme je n’aurais jamais aimé te voir mettre du gel, passer des barrières et te voir faire des mouvements limités dans la cour de récréation. Mais nous devons essayer de faire face ensemble. Essayer de trouver des solutions, essayer de combattre de façon solidaire. Ne t’inquiète pas, on s’en sortira. Ça ne durera qu’un temps ».

Très important, écouter et recueillir les sentiments de nos petit·e·s. Le laisser s’exprimer jusqu’au bout sans forcément chercher à rationnaliser coûte que coûte. Un enfant de cet âge peut entendre qu’un parent n’a pas toutes les réponses. Cette étape dans votre vie de parent, c’est aussi l’occasion aussi de les exercer à leur esprit critique. Et puis, peut-être qu’on peut s’appuyer sur l’enthousiasme débordant de cette jeune fille de 12 ans extralucide en cette matinée ensoleillée qui expliquait à ses frères et sœurs : « Le jour où en aura vraiment marre de porter le masque toute la journée, on aura qu’à faire la révolution ». C’est pas plus compliqué en fait…

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les conseils de Jean-Yves Hayez

Très prosaïquement, voici de quoi guider le parent dans sa façon d’agir :
► Faire preuve de compréhension et non d’irritation progressive.
► Remercier et valoriser les enfants pour leur participation à l’effort commun.
► Valoriser plutôt que stigmatiser.
► Discuter avec l’école sur la façon d’aménager la durée du port du masque, sans perdre pour autant le bénéfice de la mesure. Par exemple, prévoir des moments récréatifs, sans masque et avec les distances sociales respectées. À voir avec l’association des parents d’élèves de votre école peut-être ?