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Pouce ou tétine ?

Téter est un réflexe naturel et apaisant que le tout-petit a déjà dans le ventre de sa mère. Faut-il pour autant lui offrir une tétine pour satisfaire son besoin de succion ? Rencontre avec le pédiatre Alain Bachy.

Pouce ou tétine ?  - Thinkstock

« Le bébé ont besoin d’une succion bien au-delà du temps qu’il passe au sein. La succion non nutritive débute déjà in utero. Le plaisir de l’enfant est essentiellement oral, et le restera encore pendant au moins deux ans ». Voilà, c’est dit, et qui plus est par un pédiatre, le docteur Alain Bachy. Alors, ne contrarions pas le plaisir de nos tout-petits car le réflexe naturel de succion entraîne la sécrétion d’une hormone de détente appelée endorphine. C’est dire si elle est utile au nouveau-né.

Les avantages de la tétine

Mais faut-il plutôt laisser le nouveau-né sucer son pouce ou lui donner accès à une tétine ? « La tétine présente des avantages, explique le pédiatre. L’enfant la quittera plus facilement que son pouce. Si la tétine est source de confort pour l’enfant, c’est moins le cas pour les parents, c’est vrai. Quand l’enfant perd sa tétine la nuit, je le reconnais, avant l’âge de 8 à 10 mois, il a du mal à la retrouver. Il pleure jusqu’à ce qu’on se lève pour la lui rendre. Je conseille aux parents fatigués d’en disposer plusieurs dans le lit afin que le petit remette la main dessus ».
La tétine préférée au pouce, c’est un avantage aussi pour les dents. Il y a moins de risque que l’arcade dentaire et l’os alvéolaire soient déformés (et non le palais comme on le croit parfois).
Autre avantage et pas le moindre : l’usage de la tétine pendant la nuit réduirait le risque de mort subite du nourrisson. C’est ce que montrent des études américaines. Selon l’une des hypothèses avancées, la tétine empêcherait le bébé de suffoquer lorsqu’il se retrouve le nez écrasé contre le matelas.
Un inconvénient, cependant : la tétine pourrait, au cours du premier mois de la vie, nuire à l’allaitement maternel. Le docteur Bachy tempère : « Si l’usage de la tétine est bien géré, cela ne pose pas de problème. Il s’agit de donner la tétine au bébé après l’avoir mis au sein. Mais il est vrai que certains partisans de l’allaitement rechignent à voir une tétine dans la bouche d’un enfant de moins de quinze jours. »

Réconfort

La tétine, ce petit bout de caoutchouc ou de silicone qu’on appelle aussi « tututte », « tototte », « tchoupa » (en espagnol) ou encore « suce » (au Québec) rime donc avec réconfort. Elle aide le bébé à se calmer, à s’endormir, à apaiser ses maux de ventre ou de dents. Mais attention à la « tétine sourdine » ou à la « tétine bouchon » comme on l’appelle parfois. Elle ne doit pas systématiquement prendre le relais des paroles ou des bras apaisants des parents. Trop utilisée, trop tétée, elle entraverait même le développement du langage chez l’enfant. Tétine en bouche, il est difficile pour le tout-petit de babiller, d’imiter ou de faire des bulles, activités importantes s’il en est !
« La succion est une des rares ressources dont dispose de manière autonome un jeune enfant pour venir à bout d’une tension, se protéger et se réconforter », affirme le célèbre pédiatre américain T. Berry Brazelton dans son livre L’âge des premiers pas (Payot, 1999). C’est que la vie des bébés est plutôt bousculée si l’on pense aux changements à intégrer. La tétine l’aide à aborder en douceur ce tournant dans son existence.
80 % des bébés sont sevrés vers l’âge de 3 mois, maman reprenant le chemin du boulot après le congé de maternité standard.
À l’âge de 6 mois, autre cap. Bébé prend conscience qu’il existe distinctement de sa mère. Il découvre la solitude et la peur d’être abandonné. Là aussi la tétine se révèle un soutien. C’est une période angoissante où les enfants, même s’ils faisaient leurs nuits, se réveillent à nouveau.
Autre transition au cours de laquelle la tétine se révèle salutaire : l’introduction d’aliments semi-solides dans l’alimentation. A défaut de téter son repas, il garde quelques repères avec sa tétine. « La tétine permet au tout-petit de faire la transition entre le sommeil et la veille, entre l’absence et la présence des siens, entre des étapes de l’existence, précise encore le pédiatre, Alain Bachy. Ce n’est pas le seul objet transitionnel. Il y a les doudous qu’on suçote aussi, les poupées. Mais c’est un objet important. Il a longtemps été dévalorisé. On associait la tétine aux classes inférieures ! La tendance s’est heureusement inversée à partir des années 1970. »

Ça suffit !

Les pédiatres recommandent d’envisager le sevrage de la tétine vers l’âge de 1 an. Les enfants la lâchent volontiers quand ils sont occupés à rire, jouer, ramper ou à se risquer à marcher. On peut aussi la leur ôter en douceur. « Il ne faut surtout pas les en priver du jour au lendemain, explique le Dr Bachy. On peut demander aux enfants de la laisser à la maison, de la réserver pour la nuit. Cela se fait parfois naturellement. Certaines crèches refusent qu’on y emmène des tétines. C’est trop compliqué à gérer pour elles. Après l’âge de 2 ans, son usage doit être limité à la maison, sauf cas particuliers. »
Certains moments peuvent être propices à l’abandon de la tétine. Elle peut être « rendue » au Père Noël, à Saint-Nicolas, à la Poule de Pâques ou… au pédiatre. Avec l’entrée en maternelle, c’est une option qui peut aussi s’envisager. On peut souligner aussi que les copains et copines n’en ont pas ou plus besoin, ou relever que tel personnage de dessin animé l’a jetée depuis longtemps.

Quel modèle ?

« Silicone ou caoutchouc se valent, commente le Dr Bachy. Je constate que les enfants préfèrent les tétines bombées. Une fois que l’enfant a adopté un modèle de tétine, il ne faut surtout pas changer ». Les tétines adoptent pour la plupart une partie bombée qui favorise un développement harmonieux du palais et un côté plat pour un bon appui de la langue quand bébé avale. Les tétines se déclinent en catégories, selon l’âge de l’enfant et la taille de sa bouche : premier âge, 3 mois, 6 mois et 1 an. Certains modèles présentent des collerettes « aérées ». Le dispositif réduit l’accumulation de salive autour de la bouche. C’est un avantage lors de la poussée dentaire.

Véronique Janzyk

TUTUTTE EN PRATIQUE

  • Si vous allaitez, n'imposez pas trop vite la tututte à votre tout-petit. Dans les premières semaines de vie, cela pourrait perturber le réflexe de succion et donc l'allaitement.
  • N’attachez pas la tétine autour du cou, du poignet de bébé, voire à son lit.
  • N’accrochez pas non plus un doudou à la tétine (pensez à la traction sur les dents !).
  • N’utilisez pas d’épingle de sûreté. Bébé risquerait de se blesser. Mieux vaut recourir à une attache-tétine sécuritaire composée d’un cordon court, d’une dizaine de centimètres qui s’accroche aux vêtements.
  • Vérifiez chaque jour l’état de la tétine. Il convient de la remplacer si elle est fendue ou trouée. On estime sa durée de vie à deux mois.
  • Passez sous l’eau la tétine tombée par terre plutôt que de la suçoter.