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Pour maigrir, un ado doit manger plus…

Manger plus, mais mieux ! Tel est le secret qu’il faudrait révéler à tous les parents soucieux de la ligne de leur tête brûlée, qui a la capacité de vider le frigo en un temps record. Jean-Michel Philippart de Foy, docteur en médecine et licencié en nutrition humaine met en garde contre les fausses croyances en matière d’alimentation.

Pour maigrir, un ado doit manger plus…

« Nombreuses sont les mamans qui viennent en consultation avec leur ado et qui me disent : ‘Il faut faire quelque chose docteur, ma fille est grassouillette, mettez-la au régime, elle doit arrêter de manger’. Or, explique Jean-Michel Philippart de Foy, si votre enfant est rond, ce n’est pas parce qu’il mange trop, mais parce qu’il mange mal. Et c’est au parent de rectifier le tir ! »
Si le spécialiste lance un pavé dans la mare, ce n’est pas un hasard. Il y a réellement un changement à opérer dans les mentalités, parce que la société relaye des fausses croyances en matière alimentaire et celles-ci peuvent s’avérer dangereuses pour la santé physique et psychique de nos chérubins boutonneux.

Bannir les restrictions

Depuis toujours, les filles sont élevées avec le message qu’il faut faire régime pour rester mince. Impossible d’ouvrir un magazine féminin sans tomber sur les derniers conseils miracles qui préconisent de se nourrir exclusivement de soupes et de supprimer les pâtes, parce que c’est bien connu, il ne faut plus manger de féculents après 18h... La preuve, ça marche ! Maman perd du poids, sa fille s’y met aussi et fait fondre avec joie ses petites rondeurs, sous les félicitations de sa maman qui pose ainsi, sans le savoir, les bases de potentiels troubles alimentaires chez sa progéniture.
Parce que le danger est bel et bien là : la perte de poids conforte dans l’idée que la restriction est la solution. Comment faire alors pour ne pas grossir à nouveau ? Si on remange normalement, comment ne pas reprendre ces kilos, voire plus ? Et voilà l’ado, induit en erreur en matière d’alimentation, bombardé d’injonctions de minceur et de mauvaises informations via les médias et catapulté dans le cercle vicieux des troubles liés aux restrictions alimentaires qui peuvent déboucher à l’extrême sur des troubles du comportement alimentaire du type anorexie ou boulimie.
À la base du problème, on retrouve de nombreux parents mal informés déplore Jean-Michel Philippart de Foy. « Certaines mamans, elles-mêmes au régime, pensent qu’elles règleront les éruptions cutanées ou les troubles digestifs de leur jeune en supprimant les aliments au gluten, les produits laitiers ou autres aliments dénoncés dans les magazines. Je ne dis pas qu’il n’existe pas des intolérances ou des allergies, mais il ne faut pas opérer de telles restrictions alimentaires sans analyse médicale préalable. Souvent des tests cutanés ou une simple prise de sang peuvent suffire. Et une fois pour toutes, les restrictions sont définitivement à bannir ! »

La solution ? Manger mieux !

« Mon fils reste assez tard dans sa chambre à surfer sur son ordinateur pour faire ses devoirs, me dit-il, témoigne cette maman. Résultat, il traîne la patte le matin et est souvent en retard pour partir aux cours. Comme il n’a pas le temps de prendre un petit déjeuner, je lui achète des biscuits aux céréales qu’il mange sur le chemin de l’école. Cela dit, il ne fait que suivre l’exemple de son père qui n’avale qu’un café avant de partir. »
Et c’est là que le bât blesse. Rappelez-vous que vous, parents, vous êtes les premières références de votre enfant et que la seule manière de bien le faire manger est de lui donner le bon exemple. Votre ado est en période de rébellion, il aura plus tendance à se goinfrer de « junk food » que de boire de la soupe et croquer une pomme, il vous revient donc de veiller à ce qu’il ne dérape pas trop.
Le compromis sera de faire preuve de flexibilité, tout en maintenant un cadre autour de ce glouton en puissance. Autrement dit, pas besoin de lui supprimer ses tartines au Nutella au petit déjeuner (oh, malheureux !), mais incitez-le à introduire un œuf ou un morceau de fromage, histoire qu’il ait une dose de protéines.
La base sera évidemment de lui donner les bonnes habitudes pendant son enfance. Mais il s’agira avant tout d’être impliqué dans l’alimentation de votre ado. Pas question de lui laisser quartier libre au moment des repas ou de le laisser piocher dans les armoires à biscuit au retour de l’école.
« L’idéal est en fait de prendre le temps de vous asseoir avec votre jeune et de partager un vrai repas avec lui, aussi bien au petit déjeuner qu’au goûter, sans parler du soir. Et de lui proposer des aliments que vous aurez choisis en connaissance de cause », conseille le docteur Philippart de Foy.
Cela implique éventuellement que toute la famille doive se lever vingt minutes plus tôt pour prendre le temps de manger correctement. Même si l’idée peut déplaire à certains, elle est pourtant essentielle à la bonne alimentation de tous. Tout le monde s’y retrouvera, même papa et maman qui veulent perdre quelques kilos superflus.

Les filles sont plus « à risque »

Lola a vu sa poitrine se développer vers ses 10 ans, elle a eu ses premières règles à 12 ans, a commencé à se mettre du vernis et à se maquiller à 14 ans. Grégoire, quant à lui, a beau avoir le même âge et du poil qui lui pousse sur le menton, les seules choses qui l’intéressent, c’est son ballon de football et sa PS4. Ce duo fait cliché, et pourtant... Lola et Grégoire ne suivent pas le même rythme d’évolution psychique, rien de nouveau à cela. Mais ce qu’il faut encore savoir, c’est qu’ils sont également inégaux face à la nourriture.
Physiquement parlant, un garçon a une morphologie différente de celle d’une fille. Son équilibre hormonal lui permet de ne pas accumuler du tissu gras de la même façon. Il est donc moins concerné par les rondeurs disgracieuses tant détestées par les ados. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne donne pas du fil à retordre à ses parents.
Connaissez-vous beaucoup de garçons qui vous réclament du poisson et des légumes ? La phrase fétiche de nombreux hommes pourrait être « La verdure, c’est pour les lapins ! ». Les mamans devront faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et d’imagination pour faire avaler à leur fils (et à leur tendre mari au passage) autre chose que de la viande et des féculents. Mais ce n’est rien à côté des problèmes qui peuvent surgir chez les jeunes adolescentes, en admiration devant le dernier clip dénudé de Miley Cyrus.
« Entre 12 et 15 ans, les filles ont une certaine tendance à tout d’un coup faire attention à ce qu’elles mangent, explique Jean-Michel Philippart de Foy. Elles se préoccupent de leur santé, mais surtout de leur esthétique. Elles commencent à se demander si elles ont d’assez jolies fesses, si leur jeans leur fait de jolies cuisses ou encore si leurs jambes sont assez fines sous la jupe. Et c’est là que se trouve le danger, parce que c’est bien souvent à ce moment-là qu’elles commencent les régimes bidons en consultant les grands ‘experts’ en nutrition de 14 ans que sont leurs copines. Seulement, celles-ci ne font que relayer les croyances de leur maman, inspirées par les régimes à base de soupes et sans féculents proposés dans les magazines féminins. »
Et c’est la catastrophe. Elles entrent alors dans le fameux cercle vicieux des régimes de restrictions, à fortement déconseiller puisqu’ils dérégulent les centres de la faim et de la satiété. Résultat, on a encore plus faim, on craque et surtout on finit par brûler moins de calories. Évidemment, comme on ne craque pas sur une soupe mais sur des corn-flakes ou des biscuits, l’adolescente devient de plus en plus grassouillette. Sans parler des risques de faire du yoyo avec son poids.
Vous l’aurez donc compris, chers parents, il vous revient d’aiguiller votre jeune glouton sur les voies d’une bonne alimentation, en commençant par donner le bon exemple, c’est à dire en mangeant à chaque repas, de manière conviviale et détendue. Exit les régimes bon marché, mangez plus et mieux, votre enfant vous remerciera.

Julie Robin

Des pistes contre l’anorexie

L’anorexie des ados est une pathologie complexe intégrant une dimension familiale, sociétale et personnelle. En ce sens, elle peut cristalliser certains déséquilibres familiaux, selon le docteur Philippart de Foy. « Les troubles de conduite alimentaire ne sont pas des troubles de l’alimentation au sens strict, mais l’expression des troubles psychologiques dont la prise en charge est essentielle par une équipe pluridisciplinaire spécialisée. Ils englobent des troubles plus larges que l’on peut éviter, voire rectifier en respectant deux grands principes de vie :

  • Chercher l’équilibre, avoir une structure et des limites au sein du foyer. À savoir, un parent qui prend sa place pour dire ‘non’ aux anxiétés et au ‘trop plein d’amour’ de l’autre parent pour ses enfants, qui veut que tout soit parfait. Or, cette tendance à la perfection qui peut mener à l’étouffement est anxiogène pour les jeunes.
  • Éviter les fausses croyances, autrement dit ne pas envoyer le message aux enfants que manger représente un danger, que ce soit autour des calories ou de certains types d’aliments soit-disant toxiques. Quand un petit loup voit sa maman qui ne mange que des salades à table et qui grossit malgré tout, cela le perturbe, d’autant plus qu’il ne la voit pas craquer en cachette sur des crasses.

Une bonne alimentation, c’est...

Une règle d’or : chaque fois que l’on mange de la viande, du poisson ou des féculents, il faut manger le double de légumes, en y ajoutant un bol de potage.

Au petit déjeuner : ne pas interdire le pain avec la pâte à tartiner, mais ajouter une touche de protéine (un œuf à la coque, un morceau de fromage, une tranche de jambon).

Au lunch : préparer des tartines en favorisant les protéines (jambon, fromage) et en ajoutant tomates et salade dans la mesure du possible. Dans l’idéal, que ce soit le week-end ou en vacances, le lunch sera un repas chaud avec un peu de féculents, en favorisant les protéines et les légumes.

Au repas du soir : il est très important de manger des féculents, dans la mesure où ils permettent de dormir correctement. Le fait d’être reposé le lendemain garantira plus de chances de ne pas craquer sur les aliments indésirables, à savoir ceux qui sont gras et sucrés.

À noter

Un repas n’est pas équilibré s’il est exclusivement composé de légumes. D’ailleurs, quand un spécialiste en alimentation parle à une femme, il lui dira : « Si vous mangez 100 grammes de légumes, vous devez prendre 50 grammes de poisson ou de viande en accompagnement ». À l’inverse, il devra dire à l’homme : « Ajoutez le double de légumes à la quantité de viande que vous consommez ».

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