16/18 ans

Pour ou contre la pilule ?

Elle est jeune, jolie - peut-être même sexy - et attire le regard de nombreux garçons. Votre princesse n’est plus une petite fille, vous devez bien l’admettre. Une vie intime, elle en a peut-être déjà une. Ou alors, ça ne saurait tarder. Pour éviter les grossesses non désirées, vous vous demandez si elle devrait prendre la pilule. Moyen de contraception le plus utilisé dans le monde, la pilule a ses adeptes mais aussi ses détracteurs. Pour ou contre, les avis divergent.

Pour ou contre la pilule ?

POUR

Laurence, maman de Helena, 17 ans

« Ma fille prend la pilule depuis quelques mois. C’est même moi qui la lui ai proposée et qui la paie tous les mois. Je ne savais pas si elle oserait m’en parler elle-même, c’est pourquoi j’ai préféré prendre les devants. Elle a une relation stable avec un garçon depuis plusieurs mois et j’imagine que, à son âge, ils ont peut-être tous les deux envie d’aller plus loin. Elle me dit qu’ils n’en sont pas encore là, mais comme ça, le jour où ils passeront cette étape, elle sera bien protégée. Si elle changeait de petit copain toutes les semaines, la situation serait peut-être différente. Mais Helena est une fille sérieuse, tant à l’école que dans ses relations. Je ne pense pas que prendre la pilule va l’inciter à avoir plus rapidement des rapports sexuels. Elle le fera quand elle sera prête. Et au moins, je suis ainsi sûre qu’elle ne risque pas de tomber enceinte. Lorsque nous sommes allées chez le gynécologue, celui-ci lui a aussi bien rappelé qu’il était malgré tout indispensable de mettre un préservatif pour se protéger des infections sexuellement transmissibles. Pour moi, parler librement de sexualité et de contraception permet d’éviter les mauvaises surprises. Je préfère que ma fille se sente à l’aise de me poser ouvertement ses questions, plutôt qu’elle n’ose pas et se retrouve dans une situation problématique.

CONTRE

Alina, maman d’Alexandra, 16 ans

« À 16 ans, je trouve que ma fille est bien trop jeune pour prendre la pilule et surtout pour avoir des rapports sexuels. Je vois bien qu’elle grandit et qu’elle gagne en maturité, mais il est bien trop tôt pour envisager des rapports intimes avec un garçon. Nous ne parlons pas beaucoup de sexualité à la maison, ce n’est pas vraiment dans notre culture, mais lorsque nous le faisons, j’essaie de transmettre à ma fille l’idée que la première fois est quelque chose d’important et qu’elle doit attendre d’avoir trouvé un garçon spécial, qui la mérite. Ce n’est pas qu’une question de religion, c’est aussi un instinct de protection : je n’ai pas envie que ma fille ait le cœur brisé par un garçon qui a les hormones en ébullition. En lui donnant la pilule, j’aurais l’impression de lui dire ‘Vas-y !’. De plus, je pense que les jeunes filles qui prennent la pilule ont tendance à se croire protégées contre tout, alors que ça ne protège pas des maladies et des infections.
Bien sûr, je ne me fais pas d’illusions : si elle veut avoir des rapports, elle en aura. Mais au moins, je lui envoie le message que je ne cautionne pas ces rapports. Dans deux ou trois ans, si elle a un petit copain sérieux et une relation durable, nous pourrons en rediscuter.

L’avis de Collectif Contraception

Elisa Keryn, assistante sociale : « Nous recevons beaucoup de jeunes filles qui veulent prendre la pilule. Certaines viennent accompagnées de leur mère, mais c’est plutôt rare. En majorité, elles viennent seules ou avec une copine. Elles ne veulent pas que leurs parents soient au courant ou ce n’est pas dans la culture de leur famille, et elles doivent garder cela secret.
Pour ou contre la pilule, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Chaque famille a ses règles et ses valeurs, et il convient de les respecter. Cependant, les parents doivent être conscients qu’interdire à leur fille de prendre la pilule ne l’empêchera en aucun cas de passer à l’acte si c’est ce qu’elle souhaite. Je suis parfois effarée devant l’ignorance de certains jeunes. Car c’est cette ignorance qui les met en danger !
À partir du moment où on se rend compte que son enfant est dans une situation où les relations sexuelles sont possibles, il faut agir. Les parents doivent anticiper - et accepter ! - qu’un jour leur ado aura des relations sexuelles. Ils doivent les informer, se rendre disponibles pour les écouter, tout en respectant leur vie privée et leur intimité. Ce n’est pas toujours évident lorsque soi-même on n’a pas été élevé ainsi, mais cela fait partie de la responsabilité parentale d’aujourd’hui. »

Propos recueillis par Gaëlle Hoogsteyn

En chiffres

  • En Belgique, l’âge moyen du premier rapport sexuel est de 17 ans.
  • 44 % des jeunes de 15 à 18 ans ont déjà eu une relation sexuelle et 16 % ont plus d’un partenaire.
  • La pilule est le moyen de contraception préféré des femmes. Il est choisi par 61 % des femmes dans le monde. 
  • 42 % des adolescentes sexuellement actives ont déjà eu recours à la pilule du lendemain. En dix ans, ce chiffre a été multiplié par 4.
  • L’oubli de pilule est responsable de 10 % des demandes d’avortement chez les adolescentes.
Source : enquête Health Behaviour in School-aged Children

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Enquête : les ados face au sexe (leligueur.be - mars 2013).

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