« Pour prendre du plaisir au musée,
les enfants doivent être actifs »

Dans son dernier ouvrage, Les enfants au musée ! (Rocher), Stéphanie Buhot livre aux parents une mine de conseils pour préparer la visite en famille d’une exposition et faire apprécier l’art aux tout-petits.

« Pour prendre du plaisir au musée, les enfants doivent être actifs »

À partir de quel âge peut-on emmener les enfants au musée ?
Stéphanie Buhot : « Je recommande de les emmener au musée dès leur plus jeune âge. Même lorsqu’ils sont encore bébé. Dans ce cas, il ne s’agit pas tant d’observer les œuvres que de se familiariser avec le lieu. De leur montrer qu’il est aussi naturel de se rendre dans une telle institution que d’aller à la bibliothèque, au cinéma ou au stade. »

Y a-t-il un bénéfice particulier à commencer tôt, avant même l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, autrement dit à un moment où les enfants s’expriment beaucoup à travers le dessin, la peinture ? Ont-ils alors moins d’a priori ?
S. B. : « Beaucoup d’enfants considèrent l’art comme quelque chose de compliqué. Mais cela n’est évidemment pas le cas si, depuis leurs plus tendres années, on leur parle des tableaux, on les invite à imiter les statues avec leur corps. Lorsqu’on les emmène au musée, les enfants devraient toujours avoir avec eux de quoi dessiner ou même un peu de pâte à modeler. En cherchant à ‘copier’ un tableau ou une sculpture ou tout simplement en s’en inspirant pour laisser libre cours à leur créativité, ils sont davantage attentifs, retiennent davantage ce qu’on leur raconte, ce qu’on leur explique. S’ils essaient de reproduire avec des feutres, sur une feuille ou un carnet, une œuvre pointilliste, ils comprennent beaucoup mieux cette technique consistant à peindre par petites touches juxtaposées que s’ils se contentent de regarder le tableau. Pour que les enfants prennent du plaisir au musée, il faut qu’ils soient actifs. L’enfant peut aussi prolonger sa visite en ayant un ‘cahier de musée’ dans lequel il collera, après chaque exposition, son billet d’entrée, ses dessins, une carte postale, un prospectus de présentation. Un cahier qui lui permettra de souvenir de ses sorties et lui permettra aussi de parler, plus tard, de ce qu’il a vu et ressenti à sa famille, à ses proches, à ses amis. »

Y a-t-il des expositions plus adaptées que d’autres ?
S. B. : « Il faut bien évidemment éviter de montrer aux enfants des œuvres trop violentes, comme ce peut être le cas par exemple chez Goya, ou qui présentent un caractère clairement sexuel, comme on peut en trouver parfois dans l’art contemporain. Certains petits pourraient être choqués. Pour éviter ce type de situation, on peut demander au personnel du musée s’il y a des passages de l’exposition qui ne conviennent pas à un jeune public. Si l’on va la voir en famille, l’un des parents peut aussi jouer le rôle d’éclaireur, entrer en premier dans les salles et s’assurer que rien, dans les œuvres présentées, n’est de nature à mettre mal à l’aise ou perturber les enfants. Si toutefois, malgré ces précautions, ces derniers tombent nez à nez avec un tableau, une sculpture, une photo, une vidéo qui les dérange, il ne faut pas les laisser seuls avec leur ressenti mais en parler, expliquer, replacer l’œuvre dans son contexte, sans pour autant en faire tout un drame. »

Pas besoin de grandes connaissances pour faire une bonne visite, mais de la curiosité et de l’envie  

Que répondre aux enfants qui s’étonnent de voir autant de personnages nus dans les œuvres d’art ?
S. B. : « Que les artistes, par exemple dans la Grèce antique, ne représentaient pas des hommes mais des héros, des personnages sacrés, qui avaient une anatomie parfaite que l’on pouvait présenter. Quand l’enfant est un peu plus grand, à partir de 8 ou 9 ans, on peut aussi lui dire que les peintres, dans l’art moderne, trouvaient ça très beau de représenter des femmes nues. Je ne parle pas là, bien sûr, d’œuvres qui revêtiraient un caractère pornographique. »

Comment préparer la visite ?
S. B. : « Les premières fois, il est bon d’indiquer à l’enfant les règles à respecter. On ne doit pas crier, on ne doit pas courir, on ne doit pas toucher, parce que cela abîme les œuvres. En revanche, on a le droit de s’asseoir par terre pour se reposer ou regarder un tableau, de ne pas aimer, de s’ennuyer (mais en silence), de poser des questions, de ne pas tout voir…
Comme il est préférable d’éviter les visites interminables, comme une journée entière ne suffirait pas à apprécier toutes les salles de certains musées, comme le Louvre, il est bon aussi - si l’on en a le temps - de choisir en amont, en se rendant sur le site internet de l’institution, ce que l’on a envie de voir en particulier : quels peintres, quels tableaux, quelle période, etc. On pourra éventuellement rechercher des éléments de présentation et de décryptage que l’on pourra, une fois sur place, partager avec son enfant. En veillant toutefois à ne pas lui donner l’impression, surtout s’il est petit, qu’un musée est un lieu où l’on doit forcément apprendre quelque chose. Il n’a pas nécessairement besoin de savoir à quel courant se rattache chaque œuvre. Cela pourrait même le paralyser, lui ôter tout plaisir. Devant un tableau, on peut se contenter d’évoquer ‘l’histoire’ qu’il raconte. Ou même d’inviter le jeune visiteur à raconter l’histoire que l’œuvre fait naître en lui. »

Faut-il soi-même s’y connaître pour pousser la porte d’un musée avec son enfant ?
S. B. : « Non, il n’est pas nécessaire d’être un connaisseur pour pouvoir emmener son enfant au musée. En revanche, il est préférable de faire preuve de curiosité, de se montrer actif. Si on lui dit ‘Je n’y connais rien, on va regarder et voir s’il se passe quelque chose en nous’, cela peut marcher… ou pas du tout ! On se donne davantage de chances en se préparant un minimum, en recherchant des clés pour comprendre et apprécier. Et ce n’est pas grave du tout si l’on n’a pas, sur le moment, la bonne réponse à apporter à l’enfant qui nous interroge, il suffit de lui dire qu’on va la chercher ensemble. »

Beaucoup de musées proposent désormais aux enfants des dispositifs (audioguides*, tablettes, ateliers, mini-expos ludiques, etc.) censés leur rendre plus agréable la visite. Faut-il y recourir ?
S. B. : « D’un musée à l’autre, la qualité de ces propositions peut varier grandement. Les ateliers, dont certains se pratiquent en famille, peuvent être une bonne manière d’entrer dans une exposition ou de la prolonger. Mais attention, il faut souvent réserver ses places longtemps à l’avance ! Les audioguides, eux, peuvent aussi avoir de l’intérêt à compter de 8 ans. Plus jeunes, certains enfants ont tendance à s’amuser avec l’outil, en appuyant sur les boutons, sans forcément être en mesure de profiter des explications. À condition de ne pas être utilisées en permanence, les tablettes numériques, elles, peuvent apporter une touche ludique à la visite. Les enfants peuvent être invités à retrouver et photographier certaines œuvres à la façon de détectives. Mais on peut aussi, sans tablette, proposer soi-même un jeu sur le principe du ‘cherche et trouve’. » 

Comment initier notre enfant à l’art s’il n’aime pas ou si soi-même on n’aime pas aller au musée ?
S. B. : « Il existe de nombreux ouvrages souvent bien faits (lire l’encadré). Il faut aussi se rappeler que l’art est partout autour de nous, dans les parcs, où l’on croise nombre de statues, dans les rues, où il suffit de lever la tête. Pas besoin d’aller au musée pour découvrir l’Art nouveau ou l’Art déco quand, dans notre ville, de nombreux bâtiments relèvent de ces courants… Et si, à l’inverse, ce qui pose problème, c’est surtout le manque d’appétence pour l’art, il faut garder à l’esprit qu’il existe toutes sortes de musées, notamment ceux dédiés aux sciences, qui, souvent, proposent aux enfants de réaliser eux-mêmes des manipulations et des expériences pour une visite vraiment active. »  

* Le musée Magritte de Bruxelles, par exemple, propose des audioguides avec des explications spécifiques destinées aux enfants.

Propos recueillis par Denis Quenneville

En savoir +

Diplômée de l’École du Louvre, Stéphanie Buhot a publié en 2011 Ma poussette à Paris (Jacob Duvernet), qui est aussi le nom d’un blog qu’elle continue de tenir. Elle a également écrit Paris avec les enfants. C’est malin (Leduc).

À lire

Des livres pour les initier à l’art

Les éditions Palette se sont spécialisées dans les ouvrages de vulgarisation de l’art à destination des enfants. Leur catalogue, très riche, offre des entrées par thèmes, par courants, par artistes. On y trouve des livres-puzzles ou encore des cahiers avec gommettes repositionnables pour reconstituer ou décomposer l’œuvre, ce qui oblige l’enfant à l’observer attentivement. Une autre collection particulièrement réussie, « Détails en pagaille » invite, explications à l’appui, le jeune lecteur à retrouver différents détails dans un tableau.

L’auteure Marie Sellier a publié, notamment à la Réunion des musées nationaux, des ouvrages rédigés avec beaucoup de délicatesse et de vivacité dans lesquels elle retrace, à chaque fois, la vie d’un artiste (Chagall, Matisse, Renoir, Toulouse-Lautrec, Picasso, Degas, Pompon, etc.). Certains de ses livres sont consacrés à un musée parisien en particulier (Le Louvre, Orsay, Musée Guimet, Musée Branly, etc.).

Les éditions L’Élan vert donnent, avec leur collection d’albums illustrés « Le Pont des arts », la possibilité d’entrer dans une œuvre par le biais de la fiction. Tel personnage de tableau devient le héros de l’histoire. Il prend vie dans un décor conçu par un illustrateur de renom, en s’inspirant de l’univers de l’artiste en question (Léonard de Vinci, Mondrian, Klimt, Chagall, Seurat, etc.).

Le Petit Léonard est un magazine mensuel d’initiation à l’art destiné aux enfants à partir de 7 ans. On y évoque la vie des peintres, l’actualité des musées. On y trouve aussi des explications sur des œuvres et des courants.

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