Pourquoi les femmes et les hommes ont-ils des regards différents ?

Un petit humain lorsqu’il naît est un être plein de possibles, dont les goûts, les valeurs, les manières d’être, ne sont que très partiellement  déterminés génétiquement et sexuellement. C’est par  l’éducation et la socialisation qu’il  développera certaines aptitudes, adoptera certains comportements et développera une vision du monde spécifique.

Pourquoi les femmes et les hommes ont-ils des regards différents ?

Une personne n’est pas réductible à une seule dimension, celle d’être née biologiquement femme ou homme. Il y a d’autres variables souvent tout aussi pertinentes pour comprendre ses choix et positionnements. Néanmoins, l’appartenance sexuée reste un incontournable de toute enquête scientifique ou de tout sondage d’opinions.
En effet, pour une série de questions, notamment des questions liées à l’éducation,  les visions et appréhensions des choses varient selon cette appartenance. Ceci parce que, malgré des changements sociétaux conséquents, les expériences de vie des femmes et des hommes continuent d’être marquées par une série de spécificités. Ce n’est donc pas tant l’appartenance à un sexe biologique déterminé qui crée des différences de vécu et de représentations entre les hommes et les femmes, mais bien les rapports entre les sexes établis par la société ainsi que les rôles et comportements qui leur sont culturellement attribués, et ce dès leur naissance. 

Une éducation differenciée à la maison

Les messages envoyés aux petits garçons par les parents, les enseignants, les adultes diffèrent de ceux envoyés aux petites filles sur toute une série d’aspects. Ainsi, très vite,  certains jouets et jeux seront interdits ou fortement déconseillés aux unes ou aux autres, même s’ils les attirent et les intéressent.

Certains comportements et attitudes sont encore perçus comme plus spécifiquement masculins ou féminins et, partant de ces stéréotypes, encouragés ou réprimés selon qu’ils sont le fait d’une petite fille ou d’un petit garçon (comme le fait de pleurer, de faire attention à son apparence, d’obéir, de se bagarrer, de crier…). Les attentes et demandes des parents peuvent aussi varier selon le genre, notamment en termes d’aide à apporter à la maison : même s’il y a évolution, ce sont encore plus souvent les filles qui seront sollicitées à ce niveau.
À l’adolescence, les sorties et les rapports avec l’autre sexe ne seront pas régulés de la même manière pour les jeunes filles et les jeunes hommes. Le contrôle parental sur la sexualité des jeunes filles reste important.

Le regard sur le corps des femmes

Le regard de la société sur le corps et la sexualité de la femme est à la fois contrôlant et violent. L’enquête Santé et bien-être des jeunes (HBSC-SIPES-ULB 2010) montre que 60% des filles sont mal dans leur peau à l’adolescence (contre 30% des garçons) et ceci en grande partie à cause de leur apparence physique. La publicité, la mode, grand nombre d’émissions et de séries télévisées, de productions du net… renforcent les stéréotypes liés au genre d’où, pour les filles, cette pression à être conformes à un certain nombre de normes physiques.   

Des expériences de vie particulières

Concernant le choix d’un métier, des enquêtes sur les orientations scolaires montrent que celles-ci restent marquées par des représentations sexuées. Aujourd’hui, il est toujours difficile pour un homme de s’engager dans des études qualifiées de féminines et pour les femmes de faire le chemin inverse. Choisir une orientation non « conforme » aux catégories sexuées relève de la transgression d’une norme et d’une mise en danger de son identité. Avec notamment comme conséquence que certains métiers se pratiquent encore dans des environnements presque exclusivement masculins ou féminins. Ajoutons que, dans une série de domaines, les femmes sont désavantagées par rapport aux hommes.
En matière de vie familiale, le partage des tâches entre les hommes et les femmes progresse, mais les femmes assument encore une grande partie des tâches ménagères et d’éducation. Elles sont en première ligne pour les soins quotidiens, les contacts avec l’école, les confidences.  Par ailleurs, 85% des familles monoparentales sont des familles où la mère est la seule adulte présente, avec toute la responsabilité en termes de pratique de l’autorité que cela suppose. Paradoxalement, dans le même temps, les hommes sont plus nombreux qu’auparavant à prendre du temps pour exercer leur fonction parentale et revendiquent de plus en plus ce droit. D’autre part, les rapports entre parents et enfants varient selon leur âge et leur sexe.

La parole autorisée

Tous ces éléments précités expliquent en grande partie pourquoi les femmes et les hommes sont amenés à porter des regards divergents sur certains thèmes et problèmes de la vie.
Dans l’espace médiatique, la parole autorisée sur les sujets « sérieux » est encore souvent accaparée par la gent masculine malgré l’existence d’expertes tant dans les sciences, le sport, la politique ou l’éducation. Modestie des femmes, paresse journalistique?
Le Ligueur s’est autorisé à donner la parole aux unes et aux uns, tantôt parents, tantôt enfants. Des paroles qui montrent qu’aujourd’hui, chacune, chacun commence à prendre ce qu’elle veut, ce qu’il veut et ce qu’elle trouve, ce qu’il trouve dans l’éducation. Un monde plus conscient et plus égalitaire à encourager !

Anne-Marie Dieu, sociologue, vice-présidente de la Ligue des familles

Lu pour vous

Féminin/masculin : mythes scientifiques et idéologie, sous la direction de Catherine Vidal, Editions Belin, 2006.

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